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08 Apr

Les Hirondelles (I)

Publié par Circé  - Catégories :  #Souvenirs et Petite Histoire

 

Le mois d'avril en est déjà à son premier quart.

Le printemps est bel et bien annoncé, en dehors du calendrier obligé.

Partout les couleurs ressurgissent.

Les corolles des jonquilles et narcisses s'épanouissent.

Les jacinthes odoriférantes exhalent leurs effluves printanières tandis qu'un tapis de violettes recouvre les sols mousseux des pelouses tout juste sorties des derniers et tardifs frimas de l'hiver.


L'or des forsythias fascine les yeux fatigués par tant de jours passés, gris, sombres et froids. L'air s'est attiédi.

La voute céleste, lumineuse et teintée d'azur me le confirme : Le Printemps est bien là.


Pourtant, il me semble imparfait.

Ressemblant à une image papier glacé, photographie sans vie, la reproduisant cependant mais sans le nécessaire souffle vital qui s'y rattache.


Car au ciel, une remarquable absence.

Au ciel, un singulier silence.

Nul « paraphe noir » si cher à Aragon n'envahit, ni ne zèbre le firmament.

Nuls vols et trisses singuliers n'emplissent l'air.


Du sud où elle a migré l'automne venu, l'aronde, l'hirondelle n'est pas revenue.

 

Sur les rivages plus accueillants de la Mer Méditerranée est-elle restée ?

Ou bien a-t-elle regagnée les terres lointaines des peuples dogons et bambaras où en Divine Messagère du démiurge Faro, maître des eaux et du verbe, elle apporte en son nom prospérité et fécondité ?


Je ne sais, mais nos cieux sont orphelins.

Pour combien de temps encore ?


Dans mon enfance, le retour des hirondelles signifiait bien évidemment le Printemps.

Mais qui disait Printemps disait aussi vacances.

De Pâques bien sûr, et surtout d'été.


Vacances signifiant également pour moi, départ de la grande ville pour regagner le village où mon grand-père officiait en tant que receveur des postes et Télécommunications.


Il y occupait avec ma grand-mère ainsi que mes oncle et tante un petit logement de fonction, tout en ayant par ailleurs en location une petite maison.

Maison qui servait beaucoup, les vacances venues, à nous accueillir, nous les petits enfants, mais également toute notre vaste famille.


Pour l'heure, une grande cour nous attendait à l'avant de la bâtisse administrative qui jouxtait à la fois la place du village et par conséquent l'église et la mairie.

Interdite cependant, aux enfants que nous étions, tant que le bureau de poste était ouvert.

C'est à dire de 08h30 à 12h et de 14h à 17h30 .

Un rêve aujourd'hui quand au service rendu lorsque l'on sait que le nombre d'habitants ne dépassait pas à cette époque les quatre cents âmes !


A l'arrière un grand jardin séparé en deux parties.

Un puits en son milieu et l'allée qui permettait d'y accéder en marquaient les limites.


A la gauche du puits, un potager et un verger .

Pommes, poires, mûres, framboises, fraises... étaient au rendez-vous des gourmands.

J'avais pour ma part un goût prononcé pour les fraises ventrues, bien rouges et bien sucrées que mon grand-père aimait à faire pousser.

Il le savait et me réservait toujours trois plants particuliers.


Une attention, lien que d'aucun qualifierait volontiers de préférence, si ce n'était que j'étais son premier petit enfant tout autant que pendant longtemps sa seule et unique petite fille.

Sans compter que j'avais été élevée, guerre d'Algérie aidant, par mes grands-parents jusqu'à pratiquement l'âge de sept ans.

Une affection mutuelle nous unissait.

Qui n'a cessé de se concrétiser tout au long de mes premières 24 années de vie avant que la mort ne l'emporte.

Et il y avait eu tant de rires, de joie, de bonheur partagés.


Me revient à cet instant cette anecdote drolatique :

Mon grand-père m'accompagnant à la maternité pour mettre au monde mon premier enfant sous le regard interloqué des infirmières qui pensaient qu'il était mon mari.

Celui-ci, le vrai, était alité avec 40° de fièvre, victime d'une mauvaise angine.


Mon grand-père me faisant remarquer l'ahurissement du personnel soignant, c'est l'œil narquois et en se rengorgeant d'importance que nous avons tous deux franchi, dans un grand éclat de rire, le seuil de l'hôpital où allait voir le jour mon enfant, son premier arrière petit-fils.

J'en garde toujours un souvenir ému et gouailleur à la fois.

Il avait été là si souvent pour m'accompagner à des moments importants de ma vie...

   

Pour revenir au jardin, il y avait bien entendu comme dans tout bon potager qui se respectait, les rangées de poireaux bien alignées, les carottes touffues, haricots verts feuillus, plants de tomates, choux, courgettes, cornichons, radis et autres pommes de terre...

Sans oublier les plantes aromatiques .


A sa droite (du puits), un jardin d'agrément avec des fleurs, où les géraniums, lys, glaïeuls, zinnias, pétunias, bégonias, fuchsias...le disputaient aux nombreuses plantes vivaces.

Et aussi un espace repas contre le mur mitoyen du jardin et de la sacristie de l'église voisine. Les branches d'un figuier en dépassaient et de nombreux fruits tombaient souvent à terre.

Hélas les rayons du soleil n'allant jamais très longtemps jusqu'à cet endroit, ils n'étaient jamais mûrs et donc inconsommables.


Enfin, et à proximité immédiate, un vieux poirier où était accrochée une balançoire, où ne manquions pas de nous élancer pour aller de plus en plus en haut.

« Jusqu'au ciel » comme nous le disions alors.

Comme le disent aujourd'hui mes petites filles qui ont pris cette relève.

Et je les écoute ravie et le cœur serré d'émotion.


C'était le lieu où nous passions nos vacances.

A vrai dire, celui où nous prenions nos repas et où nous dormions, puisque nous étions sans arrêt par monts et par vaux.


Le chant des grillons, le bond des sauterelles, l'envol des papillons multicolores, le bourdonnement des abeilles, les chant du coq et meuglements des vaches de la ferme toute proche étaient bien entendu aussi de la partie.


J'avais pour ma part une affection toute particulière pour le vol et le gazouillis des hirondelles .

                          

                                                                                                .../...

 

 


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Tryphon 21/04/2010 11:33



Vu ce matin le premier martinet de la saison, au-dessus d'Orléans...



Bodard 11/04/2010 00:46



 Avec le printemps qui revient,on oublie la grisaille et la tristesse des jours passés et même si le soleil leur
permet de mieux supporter leurs difficiles conditions de vie,ils ne sont pas partis et is sont  toujours là ..les sans-abris ...et nous,on les oublie un peu.Jusqu'à l'hiver prochain,une
chose est sûre:ils ne mouront pas de froid.Et les climatologues qui nous annoncent un réchauffement de la planète!Ils manquerait plus que tous ces "sans" se plaigent.


Pardon!Circé d'avoir interrompu ton invitation à rêver mais je vais te confier un secret:j'ai rencontré des sans abris -poètes et un jour ,je m'y active,je les raconterai .


Merci pour ta ballade.Je t'embrasse.


Yves Bodard



monique LEMOINE 08/04/2010 12:28



C'est aussi le cinéaste Christian CARION qui dit comme notre Circé "qu'une hirondelle a fait le printemps".


Elles sont encore dans le Sud les hirondelles. Je rentre d'Andalousie avec 47 élèves qui ont découvert la culture espagnole dans un échange linguistique à l'ancienne sur le thème de la musique.


Nous avons séjourné 7 jours à El Puerto de Santa Maria, vivant au milieu des élèves du lycée Tejada et hébergé-es par des familles espagnoles très chaleureuses et adorables.


C'est là que j'ai retrouvé les hirondelles. Quel bonheur, le nez en l'air, de les entendre et les voir raser les toits. Petites criardes noires et fusellées elles sont encore dans ces cieux
cléments. 


Je les comprends de ne pas enconre quitter le Sud de l'Espagne. Nous avions tout de même 22 ° et la mer n'était pas plus froide qu'en Bretagne l'été. D'ailleurs quelques élèves courageuses
se sont baignées.


Notre printemps n'est pas encore installé. Même si la végétation pointe son nez, mon cerisier commence à ouvrir ses fleurs, mais la température reste médiocre.


Je ne sais s'il faut quitter le pull et l'écharpe, tandis que d'autres ont adopté les courtes manches.


Alors pensez ! pas folles les hirondelles !


 



Circé 08/04/2010 13:09



Monique : On dit aussi pas folle la guêpe...


Je n'en ai pas encore vu, par contre un gros bourdon s'est cogné ce matin contre la fenêtre de mon salon. Sont-ils donc idiots ou bien les premiers à se réveiller pour aller fôlatrer ?


Ma réponse est déjà trouvée.



Polyb 08/04/2010 11:27



L'hirondelle n'est pas revenue. Mais la mésange, le rouge-gorge, la tourterelle, le siffleur, prennent tous le chemin du printemps.


Une pensée tendre vers ton grand-père, ma belle Circé, et vers le mien par la même occasion.


...



Circé 08/04/2010 13:11



Polyb, cette nouvelle t'est entre-autres dédiée ainsi qu'à Tryphon, Nat, Michèle et Antoine.



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" Pourquoi une Femme entière ne serait-elle qu'une moitié ? "