Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
13 Mar

Mon P'tit Bout d'Femme...

Publié par Circé  - Catégories :  #Souvenirs et Petite Histoire

Besoin de souffler, de me poser, de recouvrer un peu de sérénité...

Trop longtemps que je n'ai vu mes petites merveilles qui me manquent tant.

 

Mes petites merveilles, celles qui me prolongent et me survivront. En elles, en leurs veines coule une partie de mon sang, de mon histoire...

Et de celle qu'elles construisent chaque jour en grandissant, au fur et à mesure de leurs expériences, de leurs rencontres, de l'éducation qu'elles reçoivent de la part de leurs parents.

 

Mes petites merveilles, mes petites filles.

 

La première, celle qui gardera toujours en mon coeur ce surnom de "petite merveille", c'est Juliette, la fille de ma fille aînée, ma première petite fille.

Rencontre tardive entre elle et moi, sa grand-mère.

Pour des raisons que je trouve bien stupides des années après, mais dont je dois l'avouer je suis largement responsable, mais découverte éblouissante et attachement indéfectible à celle-là, comme aux autres bien sûr. Mais elle est la première. La première de ma première, celle que je n'osais espérée, moi qui me croyais vouée à n'enfanter que des garçons.


Et je ne pensais pas que l'on pouvait aimer autant, sans conditions, n'être que source et ne rien attendre en retour, sinon que de voir grandir et s'épanouir ces graines plantées bien des années auparavant.

 

Les grands yeux de Juliette dans lesquels je me reflète, ceux qui sont tant semblables aux miens et qui voient le monde avec acuité, mais aussi poésie et humanité.


Et puis, il y a Morgane, "ma Fée Morgane", notre Fée, devrais-je dire puisqu'elle a transformé la vie de son père, l'un de mes fils si rebelle, blessé et  déboussolé. Etait-ce étonnant en ce cas qu'il joue au navigateur maudit, fuyant en eaux troubles les douleurs d'une âme tourmentée ?

 

Il n'y a trouvé que Charybde et Scylla, et aussi sirènes traîtresses qui l'ont entrainé en des geoles dont on ressort rarement indemne.


Mais même entre les écueils, il existe des chemins ténus, vers des terres plus hospitalières et douces, là où le malheur ne se rajoute pas au malheur. Mon fils s'est extrait du tourbillon. Il a découvert les rivages harmonieux et doux qui l'ont réhabilité en tant qu'homme et largué les amarres de son errance.

Morgane a concrétisé ce cadeau extraordinaire que lui faisait la vie ainsi que sa compagne qui l'a regardé   au fond du coeur et de l'âme, plutôt que du côté d'un passé qui n'avait plus cours.

 

Morgane, la Fée Morgane, qui enchante la grand-mère que je suis : Vive, intelligente, réservée, décryptant le monde de ses grands yeux sombres, fonçant à bon escient, enjouée et gaie, intrépide aussi...Une petite fille qui ose tout, l'escalade comme les calins, la confrontation et la méditation...Elle est !


Et me fait grand-mère Louve, chef de meute, matriarche aux aguets, prête à bondir sur celles et ceux qui oseraient s'attaquer à elles toutes, mes petites filles.

 

Et puis, il y a Justine, celle que je surnomme " Mon P'tit bout d'Femme ".

 

Celle-là me tourneboule et me chavire.

Il faut dire qu'à chaque fois, le temps me paraît aboli tant elle ressemble à sa mère. Malgré trente années d'écart, c'est toujours celle-là qu'il me semble avoir entre les bras, le visage de ma petite fille si semblable à celui de sa mère, ma fille.


Même chevelure couleur de blés murs, même regard améthyste, mêmes bras et cuisses potelées, même tempérament mutin et coquin. Cependant Justine est plus frondeuse que ne l'était sa mère, et sans complexe aucun.

 

Avec ce caractère bien trempé, les passes d'armes rhétoriques et réponses incisives ne sont jamais loin. Avec ses parents en premier lieu, mais pas seulement. Nul n'y échappe, même pas moi. Le tout ponctué d'un délicieux zézaiement qui ajoute un piquant supplémentaire au tempérament de la jouvencelle. D'où ce surnom de " Mon P'tit bout de Femme" qui m'est venu très naturellement.

 

Surnom qu'elle a bien évidemment rapidement contesté, avant que de me le concéder l'été dernier. Cette possession de sa personne que je faisais en commençant son surnom par "mon" lui avait déplu au plus haut point et elle me l'avait savoir :

- " Non, mamie, ze zuis pas ton P'tit bout de Femme, ze suis à moi..."

- " Non, à moi ..." lui rétorquai-je aussitôt, un rien amusée et provocatrice.

- " Non à moi !" insista-t-elle,

- " Non à moi ! " poursuivai-je, histoire de voir ou cela nous mènerait...

 

Deux ou trois échanges successifs sur le même ton et ma petite fille s'arrêta brusquement en plantant son regard rieur dans mes yeux :

- " Bon, d'accord Mamie, t'as gagné : on partage ?" 

 

Hilarité immédiate de ma part, pourtant un rien bousculée par ce "p'tit bout de Femme" de tout juste deux ans et demi à cette époque.

 

Imaginez alors les duels à fleurets mouchetés où tout peut être occasion à contestation entre elle et ses parents.

 

Du côté de sa mère, la nourriture et les vêtements sont les sujets de prédilection pour se disputer.

 

Ainsi le :

- " Justine, mange tes légumes s'il te plaît " se transforme en

- " Non z'aime pas les légumes d'abord, et puis toi t'en fais touzours des légumes et moi z'aime pas les légumes, na !"

- " Mais enfin Justine, tu sais bien qu'il faut en manger aussi pour bien grandir, allez juste un petit peu, pour goûter "

- " Non, ze te dis, z'aime pas les légumes "

- " Justine, il faut que tu y goutes avant de dire que ce n'est pas bon et puis de toute façon, tu ne sortiras pas de table avant que tu n'en aies mangé une bouchée ."

- " ....Et ben moi, puisque c'est comme çà, quand ze serai grande et que ze t'inviterai à manzer dans ma maison, et ben ze ferai exprès de te faire tous les légumes que t'aime pas, voilà ! "...

 

Du côté du père c'est plutôt sa volonté à vouloir s'occuper d'elle qui est battue en brèche. Et mon P'tit Bout de Femme, qui sait l'attachement de son père à sa petite personne, le fait marcher par le bout du coeur.

 

Ainsi s'il fait mine de vouloir appuyer sa compagne, ma fille, dans un désaccord comme celui sur la nourriture et qu'il intervient c'est souvent :

 

- " Toute façon, ze t'aime pas, toi, t'es pas zentil, tu grondes tout le temps..."

- " Mais Justine, je t'aime moi "

- " Ben moi ze t'aime pas, ze te dis..."

- " Ah bon, alors il va falloir que je parte de la maison et que j'habite ailleurs .."

- " Non, toi tu partiras pas d'abord, parce que t'es l'amoureux de ma maman et qu'après, elle sera triste, mais moi ze t'aime pas...!"

 

Prends çà au passage et mets ton mouchoir dessus, rajouterai-je à la place de la petite qui sait parfaitement combien son père lui est attaché. Ce qui ne l'empêche pas d'être à la fois ferme dans l'éducation de ses filles tout en étant un père attentif.

 

Pour continuer, elle lui conteste souvent le droit de l'histoire du soir lors du coucher. Tentatives de négociation qui peuvent se finir avec ce style de réponse :

- " Dans longtemps, longtemps, longtemps...si t'es très très zentil avec moi, tu pourras me lire une histoire, mais ce soir c'est Maman..."

 

Mais il ne faut pas croire qu'elle n'éprouve pas pour son père de l'affection. Seulement le papa est parfois malhabile et offre souvent à " Mon P'tit bout de Femme " l'occasion de se faire rabrouer, même involontairement.

 

Ce fut le cas dernièrement où le papa ayant accepté de lui offrir le livre qu'elle avait remarqué, elle s'écria en lui sautant au cou :

- " Oh, Merci, mon Papa chéri...", celui-ci se crût autorisé à lui répondre,

- " Papa tout court, cela suffira...", le boomerang fut immédiat,

- " Bon, ben merci, mon Papa tout court !!!"

 

Soupir et re-soupir, et elle vient de fêter ses trois ans...

 


 


100.jpeg

 


Commenter cet article

Le ch'timi 13/03/2011 23:34



Re- comme dirais une de nos connaissances...


Jalousement tien


bises


Patrick



Circé 14/03/2011 02:33



Patrick :


Sans doute cela le fera-t-il sourire de voir qu'il fait des émules. Bonne fin de nuit Patrick



monique LEMOINE 13/03/2011 23:07



En lisant et voyant ce que tu racontes sur ton petit bout de femme, et les autres, je reste sous le charme de l'innocence de l'enfance.


Cette période où l'on est capable de dire des choses tellement dures qu'il faut avoir cet âge pour que cela passe.


Plus tard, ce n'est plus possible  ! cela peut déclencher une rupture irréversible entre les deux parties.


 


Elle est tellement craquante cette petite fille, que je lui souhaite qu'une seule chose, rester capable d'être vraie.


 


Elle a tout pour elle, donne leur des bises de ma part,  heureuse et chanceuse grand-mère.


Monique



Circé 14/03/2011 02:32



Monique :


Tu as raison de souligner l'âge pour dire ce genre de choses. Sans doute est-ce une chose parfaitement intolérable à entendre à l'âge adulte et est-ce pour cela que cela bouscule autant, là
maintenant..


Ceci dit, elle peut aussi comme elle l'a fait lorsqu'elle a passé quelques jours avec moi l'été dernier, passer à côté d'un SDF un peu parti entre vapeur d'alcool et abandon d'un monde qui passe
à côté de lui sans le voir, lui faire un grand sourire, un petit coucou de la main en lui disant un grand " Bonzour Monsieur", pour que celui-ci, fort surpris émerge et finisse par sourire.


 


C'était un moment extraordinaire.



Le ch'timi 13/03/2011 22:23



Bonsoir Circé..



79.   Lorsque l'enfant paraît  -  (Victor
Hugo)


 






Lorsque l'enfant paraît le cercle de famille
Applaudit à grands cris ; son doux regard qui brille
               Fait briller tous les yeux,
Et les plus tristes fronts, les plus souillés peut-être ?
Se dérident soudain à voir l'enfant paraître,
               Innocent et joyeux.
 




Enfant vous êtes l'aube et mon âme est la plaine
Qui des plus douces fleurs embaume son haleine
               Qu'on ose pas toucher,
Quand l'enfant vient, la joie arrive et nous éclaire
On rit, on se récrie, on l'appelle et sa mère
               Tremble à le voir marcher...
 




Les yeux des enfants ont une douceur infinie,
Et leur petites mains, joyeuses et bénies,
               Ignorent le mal encore !
Jamais, vos jeunes pas n'ont touché notre fange,
               A l'auréole d'or !
 




La nuit lorsque tout dort, quand l'esprit rêve, à l'heure
Où l'on entend parfois une petite voix qui pleure,
               Sur des ailes d'azur,
Sans le comprendre encore, vous explorez le monde.
Double virginité : corps où rien n'est immonde,
               Ame où rien n'est impur !
 




Il est si beau l'enfant avec son doux sourire,
Ses deux grands yeux ouverts qui ne savent pas mentir.
               Dans le mal triomphant :
Préserve-moi Seigneur, d'été sans fleurs vermeilles,
De cage sans oiseaux, de ruche sans abeilles,
               D'une Maison sans enfants ...






Bises


Patrick



Circé 13/03/2011 22:30



Patrick :


Billet à peine paru et voici que le premier commentateur.


Merci pour ce beau texte d'Hugo.



Archives

À propos

" Pourquoi une Femme entière ne serait-elle qu'une moitié ? "