Chroniques Kabyles.
Le village agrandi est devenu une grosse bourgade aux constructions anarchiques à l'état d'inachèvement chronique.
Ferrailles et pneus dressés vers l'azur, crèvent le bleu intense et lumineux du ciel de Kabylie .
Armatures fantasmatiques, squelettes décharnés et rouillés laissent au ventre de la montagne de vilaines scarifications et pustules caoutchouteuses.
Le mont Djurdjura, dont les flancs sont éventrés, labourés, défigurés, se couvre dorénavant d'édicules sans grâce, ni beauté.
L'acné juvénile de la construction à tout prix, ingrat, informe et repoussant.
L'un des nombreux stigmates d'une société devenue sans repère.
En perdition architecturale, culturelle, historique, législative...
Parfois comme une anecdote drôlatique et sarcastique à la fois, la Terre tente de se rappeler à ses habitants d'un simple frissonnement de l'échine.
A l'instar d'un bovidé qui se fouette le dos à grands coups de queue rageurs pour se débarrasser des assauts vindicatifs de taons pilonneurs, elle frémit .
Tentant elle-aussi de se dégager, par un démaquillage abrupt, des "mouches" grotesques que l'on aurait déposées sur son visage telles les artifices fardés d'une beauté vulgaire et commune.
C''est ainsi qu'au détour d'une année pluvieuse, après 30 années de sécheresse, un assemblage disparâtre de parpaings, poutres et tuiles initiant un habitacle incertain a lentement mais surement entamé une migration vers le bas de son versant.
Hérissée plutôt que bâtie sur le côté gauche de la route qui serpente entre collines, monts et col de L'Djeva pour rejoindre Tizi Ouzou, la masure a délicatement glissé sur le flanc de la montagne, traversé le ruban ondoyant de l'asphalte pour finir par s'acrrocher en contrebas de l'artère routière, à mi-temps de la pente qui la sépare encore du fond du ravin.
Le ruissellement de plusieurs jours de pluie avait fini de sarcler la terre et d'arracher tous végétaux qui auraient survécu aux défrichages massifs et intempestifs des montagnards.
Essartages qui s'étaient poursuivis, au même rythme que l'inflation d'édification de maçonneries aussi laides qu'illégales.
Oliviers à l'abandon, sauf des chats qui se régalaient des fruits tombés à terre et cactus servant de haies protectrices en avaient fait les frais.
Les anciens avaient eu beau prendre les accents des pythonisses antiques et s'égosiller en prédisant moult catastrophes "naturelles" à leurs enfants qui s'obstinaient à ne pas respecter la Terre-Mère, les outrages avaient continué.
Et la bicoque n'était qu'un épisode cocasse avant de grands drames à venir, les lits des oueds s'étant encombrés de bâtisses et autres constructions légales ou non.
Ainsi lorsque l'eau rugira, dévalera la montagne et emportera tout sur son passage, les hurlements des leurs s'élèveront vers des cieux accusés de tous leurs maux.
Eux, pauvres cassandres, sauront qu'ils ne paieront que le prix de leur forfaiture.
Mais qu'importe, pourquoi encore se soumettre à des lois séculaires ou urbanistiques lorsqu'aucune loi, même fondatrice de la société des Hommes n'a été respectée, les dix années noires en apogée sépulcrale ?
La justice noyée, engloutie, dans le néant de l'hécatombe sanglante.
Gorges tendres et chaudes des nourrissons comme des vieillards, femmes jeunes ou moins jeunes, hommes de tous âges, les couteaux des égorgeurs avaient officié en de monstrueuses tauroboles.
10 années qui avaient imprimé le sceau indélébile du renoncement et de l'abjection.
Justice inexistante au tribunal que tentaient de convoquer les familles des fantômes et âmes errantes.
L'errance des vivants en écho, dans une société désagrégée, délitée inexorablement.
Aussi surement que le train de la vie passe sans escale dans leur existence.
Reste après cela, la loi de la débrouille, du " Je fais : malgré, avec, sans, contre..." mais sans référence à la loi.
Laquelle d'ailleurs ?
Grandes poignées de dinars opportunément placées dans les poches ou caisses de certain(e)s font depuis longtemps plus que demande en bonne et due forme.
Le montagnard kabyle à l'abandon, mis à l'écart, oublié, sous-citoyen d'un état oublieux de sa culture, arabisation forcée en ligne mire de cet échec, dichotomie d'une nation qui n'a pas reconnu ses enfants.
Chaque chose aurait ainsi son prix.
Mais on se passe souvent maintenant d'intermédiaire, de documents : on fait.
Sont-ils donc méprisants ou inconscients ?
Avec le "Mektoub" en excuse brandie et alibi cynique.
L'obscénité du " Après-moi le déluge..." en toute chose.
Ainsi, les hôtes de notre masure nomade et voyageuse n'ont pas quitté les lieux de leur prochaine perte.
Rêves perdus, vérités détournées, libertés enchainées, vies sabotées avant même que
d'exister...
Mais nombreuses et nombreux sont ceux qui tentent d'y survivre.
Entre chaleur et poussière, vent des montagnes et manque d'eau organisé.
Un unique et antédiluvien château d'eau hérité des français, n'y fait plus correctement son oeuvre.
Vétuste, mal entretenu, trop petit pour le nombre d'âmes qui s'est agrandi avec les années.
Aucune construction nouvelle dans un avenir proche n'a été pensée, envisagée pour venir le soulager de tant de demandes.
De nombreux "promoteurs", faisant fi de ces contraintes, car toute habitation trouvera preneur en ces temps de pénurie endémique de logements, ont investi la région, érigeant maints édifices qui plongent inexorablement le village dans le meilleur cycle des cités dortoirs à la Sarcelles, Aubervilliers ou la Courneuve.
Qu'importe.
La ville a été "découpée" en quartier de desserte horaire du précieux liquide vital.
De plus en plus court au fur et à mesure de l'inorganisation des constructions et de l'accroissement de la population.
Et gare à celles et ceux qui ne seraient pas à l'affût des tuyaux qui soufflent le nécessaire avertissement : - " L'eau est revenue !"
Et chacun de se précipiter pour refaire ses provisions dans d'immenses bidons, bassines, réservoirs de toutes sortes allant jusqu'à la plus humble bouteille de plastique.
Tout est utilisable, pourvu que les réserves soient refaites, car l'eau ne reviendra pas forcément le lendemain.
Ainsi quelques citernes ont fleuri sur les toits des plus prévoyants qui sont surtout les plus argentés.
Mais pour tous, de jour comme de nuit, les vigies de l'eau veillent.
C'est ainsi que certains quartiers s'animent la nuit.
On en profite pour faire sa vaisselle, sa lessive, prendre une bonne et véritable douche...
C'est dans une grosse bourgade comme celle-ci qu'est né Akli.
.../...
Ferrailles et pneus dressés vers l'azur, crèvent le bleu intense et lumineux du ciel de Kabylie .
Armatures fantasmatiques, squelettes décharnés et rouillés laissent au ventre de la montagne de vilaines scarifications et pustules caoutchouteuses.
Le mont Djurdjura, dont les flancs sont éventrés, labourés, défigurés, se couvre dorénavant d'édicules sans grâce, ni beauté.
L'acné juvénile de la construction à tout prix, ingrat, informe et repoussant.
L'un des nombreux stigmates d'une société devenue sans repère.
En perdition architecturale, culturelle, historique, législative...
Parfois comme une anecdote drôlatique et sarcastique à la fois, la Terre tente de se rappeler à ses habitants d'un simple frissonnement de l'échine.
A l'instar d'un bovidé qui se fouette le dos à grands coups de queue rageurs pour se débarrasser des assauts vindicatifs de taons pilonneurs, elle frémit .
Tentant elle-aussi de se dégager, par un démaquillage abrupt, des "mouches" grotesques que l'on aurait déposées sur son visage telles les artifices fardés d'une beauté vulgaire et commune.
C''est ainsi qu'au détour d'une année pluvieuse, après 30 années de sécheresse, un assemblage disparâtre de parpaings, poutres et tuiles initiant un habitacle incertain a lentement mais surement entamé une migration vers le bas de son versant.
Hérissée plutôt que bâtie sur le côté gauche de la route qui serpente entre collines, monts et col de L'Djeva pour rejoindre Tizi Ouzou, la masure a délicatement glissé sur le flanc de la montagne, traversé le ruban ondoyant de l'asphalte pour finir par s'acrrocher en contrebas de l'artère routière, à mi-temps de la pente qui la sépare encore du fond du ravin.
Le ruissellement de plusieurs jours de pluie avait fini de sarcler la terre et d'arracher tous végétaux qui auraient survécu aux défrichages massifs et intempestifs des montagnards.
Essartages qui s'étaient poursuivis, au même rythme que l'inflation d'édification de maçonneries aussi laides qu'illégales.
Oliviers à l'abandon, sauf des chats qui se régalaient des fruits tombés à terre et cactus servant de haies protectrices en avaient fait les frais.
Les anciens avaient eu beau prendre les accents des pythonisses antiques et s'égosiller en prédisant moult catastrophes "naturelles" à leurs enfants qui s'obstinaient à ne pas respecter la Terre-Mère, les outrages avaient continué.
Et la bicoque n'était qu'un épisode cocasse avant de grands drames à venir, les lits des oueds s'étant encombrés de bâtisses et autres constructions légales ou non.
Ainsi lorsque l'eau rugira, dévalera la montagne et emportera tout sur son passage, les hurlements des leurs s'élèveront vers des cieux accusés de tous leurs maux.
Eux, pauvres cassandres, sauront qu'ils ne paieront que le prix de leur forfaiture.
Mais qu'importe, pourquoi encore se soumettre à des lois séculaires ou urbanistiques lorsqu'aucune loi, même fondatrice de la société des Hommes n'a été respectée, les dix années noires en apogée sépulcrale ?
La justice noyée, engloutie, dans le néant de l'hécatombe sanglante.
Gorges tendres et chaudes des nourrissons comme des vieillards, femmes jeunes ou moins jeunes, hommes de tous âges, les couteaux des égorgeurs avaient officié en de monstrueuses tauroboles.
10 années qui avaient imprimé le sceau indélébile du renoncement et de l'abjection.
Justice inexistante au tribunal que tentaient de convoquer les familles des fantômes et âmes errantes.
L'errance des vivants en écho, dans une société désagrégée, délitée inexorablement.
Aussi surement que le train de la vie passe sans escale dans leur existence.
Reste après cela, la loi de la débrouille, du " Je fais : malgré, avec, sans, contre..." mais sans référence à la loi.
Laquelle d'ailleurs ?
Grandes poignées de dinars opportunément placées dans les poches ou caisses de certain(e)s font depuis longtemps plus que demande en bonne et due forme.
Le montagnard kabyle à l'abandon, mis à l'écart, oublié, sous-citoyen d'un état oublieux de sa culture, arabisation forcée en ligne mire de cet échec, dichotomie d'une nation qui n'a pas reconnu ses enfants.
Chaque chose aurait ainsi son prix.
Mais on se passe souvent maintenant d'intermédiaire, de documents : on fait.
Sont-ils donc méprisants ou inconscients ?
Avec le "Mektoub" en excuse brandie et alibi cynique.
L'obscénité du " Après-moi le déluge..." en toute chose.
Ainsi, les hôtes de notre masure nomade et voyageuse n'ont pas quitté les lieux de leur prochaine perte.
Rêves perdus, vérités détournées, libertés enchainées, vies sabotées avant même que
d'exister...
Mais nombreuses et nombreux sont ceux qui tentent d'y survivre.
Entre chaleur et poussière, vent des montagnes et manque d'eau organisé.
Un unique et antédiluvien château d'eau hérité des français, n'y fait plus correctement son oeuvre.
Vétuste, mal entretenu, trop petit pour le nombre d'âmes qui s'est agrandi avec les années.
Aucune construction nouvelle dans un avenir proche n'a été pensée, envisagée pour venir le soulager de tant de demandes.
De nombreux "promoteurs", faisant fi de ces contraintes, car toute habitation trouvera preneur en ces temps de pénurie endémique de logements, ont investi la région, érigeant maints édifices qui plongent inexorablement le village dans le meilleur cycle des cités dortoirs à la Sarcelles, Aubervilliers ou la Courneuve.
Qu'importe.
La ville a été "découpée" en quartier de desserte horaire du précieux liquide vital.
De plus en plus court au fur et à mesure de l'inorganisation des constructions et de l'accroissement de la population.
Et gare à celles et ceux qui ne seraient pas à l'affût des tuyaux qui soufflent le nécessaire avertissement : - " L'eau est revenue !"
Et chacun de se précipiter pour refaire ses provisions dans d'immenses bidons, bassines, réservoirs de toutes sortes allant jusqu'à la plus humble bouteille de plastique.
Tout est utilisable, pourvu que les réserves soient refaites, car l'eau ne reviendra pas forcément le lendemain.
Ainsi quelques citernes ont fleuri sur les toits des plus prévoyants qui sont surtout les plus argentés.
Mais pour tous, de jour comme de nuit, les vigies de l'eau veillent.
C'est ainsi que certains quartiers s'animent la nuit.
On en profite pour faire sa vaisselle, sa lessive, prendre une bonne et véritable douche...
C'est dans une grosse bourgade comme celle-ci qu'est né Akli.
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