Les Carabistouilles de Juliette (I)
Que de plaisir ou joie simple peut-on faire en tant que grand-mère - ou grand-père d'ailleurs - à ses petits-enfants !
Je n'ai pour l'instant pas grand-mal à satisfaire les curiosités et envies de ma première petite fille : Juliette.
Il est vrai aussi que je me suis déjà trompée, et que d'une joie supposée je n'ai eu en contrepartie que ce que je méritais pour cette erreur : chagrin et désillusion.
Cela a été le cas, il y a un peu plus d'une année par exemple, lors de la naissance de sa petite soeur.
Voulant lui faire plaisir puisqu'elle était en plein dans les histoires de fées et sorcières, je lui avais donc offert une jolie paire d'ailes en voile ainsi qu'une très belle baguette magique brillante à souhaits.
Mal m'en a pris très rapidement.
A peine rentrée dans sa chambre, elle a ainsi voulu tester son "cadeau" et les pleurs de colère et déception n'ont pas tardé.
C'est alarmé que son père a accouru à la rescousse de sa fille et a entendu ses explications :
- " Il est nul le cadeau de Mamie, elles marchent même pas ses ailes de Fée, je n'arrive pas à voler avec..."
C'est ce que j'ai entendu au téléphone très rapidement, partagée entre fou rire et désolation de l'avoir en quelque sorte trahie.
Elle venait de se rendre compte que sa grand-mère n'avait aucun pouvoir magique et toutes mes explications un peu vaseuses il est vrai ( on ne peut voler que dans les rêves ou avec le pouvoir des mots...) n'y ont rien fait.
Très récemment, elle en parlait encore , regrettant que sa baguette magique n'ait eu aucun pouvoir pour effacer la cicatrice que j'ai au creux de mon cou.
En dehors de cet épisode, il est des petits plaisirs que je lui offre sans vergogne lorsqu'elle vient à Orléans, puisque prendre le bus et le tram sont pour elle tout ce qu'il y a de plus "magnifique" m'a-telle encore dit dernièrement.
Ainsi que de se promener bien calée dans le siège enfant que je mets pour l'occasion à l'arrière de mon vélo.
Aussi, le plan est bien rôdé.
Juliette et moi consacrons ainsi une petite heure aux vadrouille et flânerie tant vélocypédique que transports en commun à chacune de ses visites.
A l'exception de toute autre personne, ni sa soeur, ni sa mère ne sont de la partie .
Pour l'instant l'apanage de l'aînée.
Je sens que les difficultés ne tarderont pas à se faire jour.
Car elle est très exclusive dans ses rapports avec moi, même si je prends bien garde à intégrer sa plus jeune soeur dans tout ce qu'il est possible de faire dans mes échanges et attachements de grand-mère envers ses petites filles.
La dernière grande envie de Juliette était de prendre le train en ma compagnie.
C'est le moyen que j'utilise pour rendre visite à mes enfants, et c'est souvent l'objet de pleurs de cette dernière qui a un peu de mal à me quitter.
Je lui avais donc promis que nous prendrions le train toutes les deux à ma prochaine visite.
Et c'est ce qui s'est passé la semaine dernière, période de vacances scolaires.
Je suis arrivée chez ma fille avec un lit de camp le mercredi soir, ai passé la nuit aux côtés de Juliette dans sa chambre pour repartir le lendemain matin en sa compagnie, sa mère nous rejoignant avec Justine en voiture.
Soirée donc en compagnie de mes petites filles et jeux.
Juliette qui avait eu très peur il y a peu d'un personnage de dessin animé conjure dorénavant sa peur en jouant la vilaine sorcière offrant des pommes.
Et comme je n'aime rien tant que l'anti-conformisme en matière de réponse, j'ai pour ma part pris le rôle d'une princesse un rien insupportable n'étant contente de rien et en particulier des pommes présentées à son bon vouloir :
- Trop verte, trop petite, pas assez mûre, véreuse, sale, pleine de poussière...
Bref j'ai décidé de lui présenter un autre aspect des contes à la manière des " Contes à l'envers" .
Un peu décontenancée au début, elle est très vite entrée dans le jeu et n'avait finalement que peu envie de passer à table.
C'est un peu contrainte et forcée qu'elle s'est donc retrouvée assise devant son assiette.
Ce qui chez ma petite fille qui a un tempérament bien affirmé, signifie confrontation avec ses parents et sa mère en particulier.
Ma fille est sans aucun doute une bonne mère, trop même, oserai-je dire.
Ce qui fait qu'elle se met une pression d'enfer et ressent chaque anicroche avec sa fille comme une remise en cause personnelle et en souffre beaucoup.
Le conflit commençait à s'installer entre mange, tiens-toi bien et les réponses ironiques de ma petite fille lorsque je suis intervenue gentiment mais fermement :
- " Juliette, je ne suis pas venue ici pour t'entendre te faire gronder sans arrêt. Et si tes parents te demandent de te comporter autrement c'est qu'il y a une raison. Aussi, moi ta grand-mère qui t'aime très fort, je ne suis pas d'accord du tout avec ce que tu es en train de faire."
Silence.
Quelques instants seulement.
Il s'avère que ma fille est souvent désarçonnée par les réparties et comportement de sa fille.
Elle a fini par consulter une pédopsychiatre qui n'a fait que lui confirmer ce que je subodorais depuis fort longtemps : Juliette est une enfant précoce.
Et elle en avait profité pour prendre une certaine ascendance sur ses parents souvent déconcertés par son niveau de langage et ses réparties, partagés entre sourires et soupirs d'exaspération ou d'étonnement.
En attendant, cela mène souvent leurs échanges vers un terrain conflictuel.
Aussi les conseils de fermeté qui leur ont été donnés à l'égard de leur fille sont-ils aplliqués à la lettre.
Un peu trop d'ailleurs, il me semble ce à quoi je m'en suis ouverte à ma fille une fois la petite dans les bras de Morphée.
En attendant, Juliette venait de gratifier sa mère qui la morigénait d'un :
- " Oh toi Maman, tu ne copies pas Mamie hein !"
Aussitôt reprise par moi pour lui notifier qu'elle devait obéir à ses parents.
Hormis donc quelques péripéties verbales, la soirée s'est passée sans autre encombre et Juliette était ravie de m'avoir à ses côtés pour la nuit.
Moi un peu moins, le lit de camp que l'on m'avait prêté pour l'occasion étant d'un confort plus que spartiate.
Aussi c'est dès que "l'Aurore aux doigts de rose" a daigné se montrer que nous nous sommes retrouvées debout, bien avant l'heure de notre départ, elle sommeil léger et en alerte, et moi tout juste sommeillant, n'arrivant pas à positionner ma carcasse dans cette toile un rien bruyante !
" L'aurore aux doigts de rose ", cette expression de l'Iliade et l'Odyssée pour signifier le lever du jour m'est toujours restée en mémoire, tant elle est représentative même sous nos cieux de splendide lever de soleil.
C'était le cas ce matin-là.
Et comment ne pas penser mythologie d'ailleurs alors que trône fièrement au mur de la chambre de Juliette, une reproduction du légendaire cheval Pégase ?
Ma petite fille est, il est vrai, une passionnée de chevaux et de légendes.
C'est ainsi que je me retrouvais à lui en conter sa naissance au moment où Persée tranchait la tête de Méduse, Juliette très attentive et Justine venue nous rejoindre calée au creux de mes jambes croisées en tailleur.
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Je n'ai pour l'instant pas grand-mal à satisfaire les curiosités et envies de ma première petite fille : Juliette.
Il est vrai aussi que je me suis déjà trompée, et que d'une joie supposée je n'ai eu en contrepartie que ce que je méritais pour cette erreur : chagrin et désillusion.
Cela a été le cas, il y a un peu plus d'une année par exemple, lors de la naissance de sa petite soeur.
Voulant lui faire plaisir puisqu'elle était en plein dans les histoires de fées et sorcières, je lui avais donc offert une jolie paire d'ailes en voile ainsi qu'une très belle baguette magique brillante à souhaits.
Mal m'en a pris très rapidement.
A peine rentrée dans sa chambre, elle a ainsi voulu tester son "cadeau" et les pleurs de colère et déception n'ont pas tardé.
C'est alarmé que son père a accouru à la rescousse de sa fille et a entendu ses explications :
- " Il est nul le cadeau de Mamie, elles marchent même pas ses ailes de Fée, je n'arrive pas à voler avec..."
C'est ce que j'ai entendu au téléphone très rapidement, partagée entre fou rire et désolation de l'avoir en quelque sorte trahie.
Elle venait de se rendre compte que sa grand-mère n'avait aucun pouvoir magique et toutes mes explications un peu vaseuses il est vrai ( on ne peut voler que dans les rêves ou avec le pouvoir des mots...) n'y ont rien fait.
Très récemment, elle en parlait encore , regrettant que sa baguette magique n'ait eu aucun pouvoir pour effacer la cicatrice que j'ai au creux de mon cou.
En dehors de cet épisode, il est des petits plaisirs que je lui offre sans vergogne lorsqu'elle vient à Orléans, puisque prendre le bus et le tram sont pour elle tout ce qu'il y a de plus "magnifique" m'a-telle encore dit dernièrement.
Ainsi que de se promener bien calée dans le siège enfant que je mets pour l'occasion à l'arrière de mon vélo.
Aussi, le plan est bien rôdé.
Juliette et moi consacrons ainsi une petite heure aux vadrouille et flânerie tant vélocypédique que transports en commun à chacune de ses visites.
A l'exception de toute autre personne, ni sa soeur, ni sa mère ne sont de la partie .
Pour l'instant l'apanage de l'aînée.
Je sens que les difficultés ne tarderont pas à se faire jour.
Car elle est très exclusive dans ses rapports avec moi, même si je prends bien garde à intégrer sa plus jeune soeur dans tout ce qu'il est possible de faire dans mes échanges et attachements de grand-mère envers ses petites filles.
La dernière grande envie de Juliette était de prendre le train en ma compagnie.
C'est le moyen que j'utilise pour rendre visite à mes enfants, et c'est souvent l'objet de pleurs de cette dernière qui a un peu de mal à me quitter.
Je lui avais donc promis que nous prendrions le train toutes les deux à ma prochaine visite.
Et c'est ce qui s'est passé la semaine dernière, période de vacances scolaires.
Je suis arrivée chez ma fille avec un lit de camp le mercredi soir, ai passé la nuit aux côtés de Juliette dans sa chambre pour repartir le lendemain matin en sa compagnie, sa mère nous rejoignant avec Justine en voiture.
Soirée donc en compagnie de mes petites filles et jeux.
Juliette qui avait eu très peur il y a peu d'un personnage de dessin animé conjure dorénavant sa peur en jouant la vilaine sorcière offrant des pommes.
Et comme je n'aime rien tant que l'anti-conformisme en matière de réponse, j'ai pour ma part pris le rôle d'une princesse un rien insupportable n'étant contente de rien et en particulier des pommes présentées à son bon vouloir :
- Trop verte, trop petite, pas assez mûre, véreuse, sale, pleine de poussière...
Bref j'ai décidé de lui présenter un autre aspect des contes à la manière des " Contes à l'envers" .
Un peu décontenancée au début, elle est très vite entrée dans le jeu et n'avait finalement que peu envie de passer à table.
C'est un peu contrainte et forcée qu'elle s'est donc retrouvée assise devant son assiette.
Ce qui chez ma petite fille qui a un tempérament bien affirmé, signifie confrontation avec ses parents et sa mère en particulier.
Ma fille est sans aucun doute une bonne mère, trop même, oserai-je dire.
Ce qui fait qu'elle se met une pression d'enfer et ressent chaque anicroche avec sa fille comme une remise en cause personnelle et en souffre beaucoup.
Le conflit commençait à s'installer entre mange, tiens-toi bien et les réponses ironiques de ma petite fille lorsque je suis intervenue gentiment mais fermement :
- " Juliette, je ne suis pas venue ici pour t'entendre te faire gronder sans arrêt. Et si tes parents te demandent de te comporter autrement c'est qu'il y a une raison. Aussi, moi ta grand-mère qui t'aime très fort, je ne suis pas d'accord du tout avec ce que tu es en train de faire."
Silence.
Quelques instants seulement.
Il s'avère que ma fille est souvent désarçonnée par les réparties et comportement de sa fille.
Elle a fini par consulter une pédopsychiatre qui n'a fait que lui confirmer ce que je subodorais depuis fort longtemps : Juliette est une enfant précoce.
Et elle en avait profité pour prendre une certaine ascendance sur ses parents souvent déconcertés par son niveau de langage et ses réparties, partagés entre sourires et soupirs d'exaspération ou d'étonnement.
En attendant, cela mène souvent leurs échanges vers un terrain conflictuel.
Aussi les conseils de fermeté qui leur ont été donnés à l'égard de leur fille sont-ils aplliqués à la lettre.
Un peu trop d'ailleurs, il me semble ce à quoi je m'en suis ouverte à ma fille une fois la petite dans les bras de Morphée.
En attendant, Juliette venait de gratifier sa mère qui la morigénait d'un :
- " Oh toi Maman, tu ne copies pas Mamie hein !"
Aussitôt reprise par moi pour lui notifier qu'elle devait obéir à ses parents.
Hormis donc quelques péripéties verbales, la soirée s'est passée sans autre encombre et Juliette était ravie de m'avoir à ses côtés pour la nuit.
Moi un peu moins, le lit de camp que l'on m'avait prêté pour l'occasion étant d'un confort plus que spartiate.
Aussi c'est dès que "l'Aurore aux doigts de rose" a daigné se montrer que nous nous sommes retrouvées debout, bien avant l'heure de notre départ, elle sommeil léger et en alerte, et moi tout juste sommeillant, n'arrivant pas à positionner ma carcasse dans cette toile un rien bruyante !
" L'aurore aux doigts de rose ", cette expression de l'Iliade et l'Odyssée pour signifier le lever du jour m'est toujours restée en mémoire, tant elle est représentative même sous nos cieux de splendide lever de soleil.
C'était le cas ce matin-là.
Et comment ne pas penser mythologie d'ailleurs alors que trône fièrement au mur de la chambre de Juliette, une reproduction du légendaire cheval Pégase ?
Ma petite fille est, il est vrai, une passionnée de chevaux et de légendes.
C'est ainsi que je me retrouvais à lui en conter sa naissance au moment où Persée tranchait la tête de Méduse, Juliette très attentive et Justine venue nous rejoindre calée au creux de mes jambes croisées en tailleur.
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