Le temps qui passe...
C'est ainsi, chacun à notre tour, nous nous retournons sur notre passé tel JPM qui a laissé coup sur coup deux articles que je qualifierai volontiers de sensibles mais aussi de
cruels.
Il est parfaitement exact que nous ne sommes que des êtres humains.
Que nos douleurs passées sont de désagréables remugles d'événements plus ou moins anciens qui viennent nous hanter lorsque le spleen du soir nous prend.
Il n'empêche.
Trop volontiers nous abandonnons tous nos petits bonheurs et enchantements qui ont émaillé nos vies pour les reléguer loin derrière le chagrin.
La capacité à être heureux ou à regarder le monde sous un prisme différent est bien difficile, je le reconnais d'autant mieux que moi-aussi je suis encline au bourdon grésillant du temps
évanoui.
Très longtemps et parfois encore lorsque je suis fatiguée ou découragée, je me demande si tout cela, ce temps qui passe n'est pas inutile et vain.
Ne vaut même pas la peine d'être vécu.
Cette faculté très humaine de détruire, dénigrer, abîmer, vilipender, désespérer, rabaisser, tenir sous son joug l'autre, celui qui dans la glace, le miroir de la vie, est la/le même
que vous, mais que vous ne reconnaissez pas comme un autre vous-même.
Le mépris affiché, le dédain, la morgue, l'arrogance de certains sur d'autres, toujours cette notion de dominants-dominés me flétrit l'âme et le coeur lorsque je désespère de ne pouvoir
avancer sur un autre chemin que celui où argent et pouvoir seraient les seules valeurs qui vaillent.
Je n'ai pas de rolex à mon poignet à plus de cinquante années passées.
Et pourtant je m'en fous.
Lorsque je vois ceux qui en portent une ostensiblement en ce moment, je me dis que c'est tant mieux pour moi.
Je n'ai pas vendu mon âme au Diable, je ne suis traître à aucune de mes valeurs.
Toujours debout et fidèle à celles que l'on m'a inculquées.
Ainsi , je me retourne, et regarde mon passé et mon avenir.
Mon passé est dans ces enfants, petits enfants qui grandissent et qui me poussent en âge.
J'aime voir résonner en eux tant de ceux qui sont aujourd'hui disparus.
Parfois moi-même au même âge.
Est-ce cela l'éternité. Je ne suis pas loin de le croire.
L'une de mes petites filles si drôle, tendre, et d'une implacable logique.
Hier encore cela a été un grand éclat de rire.
Ses parents comme moi-même aimons beaucoup Serge Gainsbourg.
Nous écoutions donc " Couleur Café " et la question obligée a fusé :
- " C'est quoi la couleur café ?"
- " C'est la couleur de tes tantes Ma Petite Chérie, tu vois..."
- " Il dit n'importe quoi ce Serge machin chose, personne ne pourrait boire Poussinette et Gazelle..."
En cela, elle n'a rien à envier justement à Poussinette que j'accompagnais encore chaque jour à bicyclette l'année passée sur le chemin de l'école.
Parfois lorsqu'elle aussi était prise d'un petit coup de fatigue passagère, voulant ainsi se faire cocooner, "doudouner" ( c'est notre mot à"nous" pour signifier caliner, chouchouter), c'est sur
mon porte-bagage qu'elle finissait.
Or, il y a dans ma résidence des dos d'âne virulents, évidemment pas aux normes.
Bien des voitures s'en souviennent.
Revenant un jour de son école, alors qu'elle était installée à l'arrière de mon vélo, bras bien serrés autour de ma taille, je ne pris pas garde à l'un de ces passages abrupts.
Je l'entendis donc pousser le "aïe" justifié et lui demandais aussitôt si cela allait.
La répartie ne se fit pas attendre :
- " Cela va aller, Maman, et puis de toute façon si j'ai encore mal en arrivant à la maison, tu me feras un massage cardiaque des fesses..."
Tous ces petits mots amusants, réflexions enfantines et puis ces enfants qui d'un seul coup devenus grands, viennent vous voir avec leurs petits.
Ce fût le cas il y a peu avec l'un des amis de mon fils âgé de 20 ans et déjà Papa.
Flanqué d'une ravissante jeune femme aux yeux cristallins et d'une petite boule toute rose dans les bras, il est venu frapper à ma porte.
Tellement surprise mais heureuse de le voir.
Il a été l'un de ces enfants que l'on qualifie volontiers de "difficiles", toujours sur le fil du rasoir.
Une vie familiale un peu rude au niveau du passé de la maman et un gamin gentil mais un peu perdu qui venait passer quelques soirées ou fins de semaine à la maison.
C'est ainsi qu'il me présenta à sa jeune compagne, celle qui l'accueillait souvent, mais en lui expliquant toutefois, tout en me regardant :
- " Qu'est-ce que vous avez pu m'engueuler tout de même !"
Ce à quoi je lui répondais aussitôt :
- " Il faut avouer aussi que j'avais le don , n'est-ce pas de toujours tomber sur toi au moment ou tu faisais des conneries, non ?".
- " Et que je t'ai défendu aussi lorsque tu étais par extension toujours accusé de tout, même lorsque tu n'étais pas là..."
C'est avec beaucoup d'émotion que j'ai vu son visage s'illuminer lorsqu'il me répondit :
- " Oui, c'est vrai çà, qu'est-ce que vous avez pu m'énerver mais qu'est-ce que vous avez eu raison, parce que vous savez ma fille, elle n'aura pas intérêt en grandissant à mal se
comporter..."
Sourire un rien narquois de ma part, imaginant l'adolescence de cette petite fille potelée, aux cheveux blonds comme les blés et au regard azur qui réserverait sans doute à ses
parents bien son lot de tours et détours.
La ronde de la vie qui continue.
Aujourd'hui, je vais aller à la source de mes racines.
Rejoindre ceux qui m'ont donné la vie.
Ma mère, et mon père sorti hier de l'hôpital.
Passer quelques jours en leur compagnie.
Réentendre le big ben familial qui sonne tous les quarts d'heure et vrille les typans d'aise pour annoncer le seuil d'une nouvelle heure.
Les entendre se chamailler sur les vêtements que portent mon père tandis que ma mère ne mettra pas aux pieds les chaussures adéquates pour qu'elle ne souffre pas en marchant.
Sa canne, objet de tous les litiges, qu'elle "oublie" très volontairement, refusant de s'aider d'une troisième jambe dit-elle, la télé trop forte ou pas assez, le sudoku dans lequel mon
père est plongé tandis qu'elle babille avec moi...
Des bribes de vie si banales, mais si importantes.
Durant trois jours je vais engranger cet amour silencieux fait de gestes simples.
Et je vais m'en nourrir, pour ensuite pouvoir le partager, le rendre aux miens, aux leurs.
L'enfant en vacances auprès de ses parents.
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