Passez par la Case Prison .

Non, je ne vais pas faire un énième article sur le monopoly et la ville de Montcuq si bêtement et hypocritement évincée de la prochaine édition renouvelée
de ce jeu devenu pourtant mythique.
Fansolo en la matière en a fait un excellent,
jeu de mots à l'appui.
Sans doute encore un tabou que ce nom qui fleure "bon" (?) les parties fessues, charnues, dodues, rebondies de notre anatomie .

Curiosité actuelle de cette société pourtant à bien des égards obscène.
Obscène dans l'étalage de la vie privée des people, des images de corps dénudés pour tout et n'importe quoi, de corps déchiquetés par des bombes qui laissent de marbre... et puis surtout
dans le traitement de l'humain .
Tests ADN, caméras à tous les coins de rue, codage et encodage de tous papiers ou cartes, au contraire expulsions quasi manu-militari de sans-papiers, condescendance et morgue de
nos dirigeants devant des revendications légitimes sur les conditions de travail, de salaires, abandon de politique sociale, indécence de l'augmentation de certain salaire etc...etc.. ,
alors que dans le même temps elle se retrouve telle une vierge effarouchée détournant "pudiquement " le regard devant un tel mot au lieu de réagir à la pornographie
existentielle dans laquelle nous baignons, talk-shows et "people"isation abêtissants et crétinisants à volonté, nous noyant dans d'ahurissante jobarderie .

Autre illustre et non moins loufoque précédent, un Président de la République atteint d'une toute nouvelle pudibonderie, qui ne veut pas se faire prendre en photo devant le tableau de
Gustave Courbet " L'origine du Monde" représentant l'entre-jambe d'une femme.
Est-ce à dire qu'il n'est pas issu comme le commun des mortels du ventre d'une femme ?
Se prendrait-il pour Pallas-Athéna ou Dyonisos, l'une étant née du crâne et l'autre de la cuisse de leur auguste père, Zeus, dieu des dieux de l'Olympe, tonnant et tonitruant à souhait
?
La rhyparographie explose, mais un nom de village fût-il celui de "Montcuq" et un sexe de femme font rougir nos tartuffes locaux !
Mais encore une fois non, ce ne sera pas le sujet de mon billet .
Je ne ferai pas non plus un article sur les péripéties du choix de l'emplacement de la nouvelle prison qui doit être construite dans notre département et dont le lieu a été
définitivement choisi.
Ce sera Saran, au lieu-dit " Les pendus" .

Encore une fois si j'avais voulu le faire, j'ai été de toute façon précédée par Moonbloggeur dans son article intitulé "Saran et humour (noir ) du Préfet.
Cependant j'aimerais aborder le problème par un autre bout de la lorgnette.
S'il y a beaucoup à redire sur la façon dont encore une fois notre Président a voulu peser sur le travail et le jugement des magistrats par la loi des peines plancher, sur la façon où la
prison est agitée comme argumentaire électoral dans notre société peureuse, craintive, recroquevillée sur elle-mêm
e, il n'y a cependant rien à opposer à la nécessité de la "Prison" en tant que telle.
Il faut que la Justice passe lorsqu'il y a crimes et délits.
Pour les criminels bien évidemment, mais aussi pour les victimes .
Si la peine de prison est requise, puis ensuite effectivement appliquée, il faut aussi qu'il y ait ce genre d'endroit.
Mes interrogations vont plutôt sur le choix des lieux de construction et du traitement ou non-traitement devrais-je dire du sort des familles de condamnés.
Dans un premier temps, force est de constater que les nouvelles prisons vont peu ou prou toutes être construites à la périphérie des villes qui accueilleront ces nécessaires bâtiments.
Ce sera le cas par exemple pour Orléans .
Bien des maires ont beau jeu de dire qu'ils n'ont pas de terrain disponible en ville, alors qu'ils votent souvent des textes de plus en plus répressifs ou font de leurs villes un laboratoire
sécuritaire .
C'est encore le cas d'Orléans.
Il se trouve qu'au moment final du choix, le lieu opportunément désigné n'est jamais sur le territoire de leur commune.
A Orléans par exemple, des bureaux vont être construits le long de la gare.
Ne pouvait-on y implanter un établissement pénitentiaire ?
Bien entendu, non .
On peut demander encore et toujours plus de policiers en tout genre (et parfois aussi mauvais genre), demander encore et toujours plus de prison en cas d'infraction, de délits,
crimes, récidives, mais pas question de "çà" sur notre territoire .
Outre le fait que, là-aussi Tartuffe s'agite " Cachez cette verrue que je ne saurai voir ", a-t-on un seul instant pensé aux familles des détenus, aux moyens de transports
de ces parents ou proches de condamnés ?
Doivent-ils eux-aussi être assujettis à des doubles, triples peines ?
Pour avoir côtoyé dans une autre ville une association qui s'occupait des familles de détenus, je peux vous dire que ce n'est pas une mince affaire qu'il convient de pudiquement
éluder.
Pensez-vous que les proches des délinquants soient aussi des parias ?
Pensez-vous sincèrement qu'ils ne savent pas ce que leur proche a fait ?
Croyez-vous qu'ils n'éprouvent aucune honte, regrets, remords pour l'acte commis par leur parent ?
N' y a-t-il pas parmi eux des femmes, mères, enfants, amoureuses, amoureux, pères, grands-mères, grands-pères et autres proches qui vont devoir être auprès de ceux qui ont été légitimement
punis pour avoir transgressé les lois de notre société ?
Ceci afin que la prison ne soit pas un échec supplémentaire dans leur vie, mais une case par laquelle ils ne retourneront plus jamais.
Et puis surtout, pensez-vous que toutes les personnes incarcérées à Orléans, femmes et hommes confondus étaient auparavant d' Orléans, de sa proche banlieue ou du département ?
Vous êtes-vous demandés d'où ils venaient ?
Et les membres de leur famille ?
Combien de kilomètres, ils ont à parcourir, le temps que cela leur prend, l'argent aussi que cela leur coûte ?
Ont-ils une voiture ? Utilisent-ils les transports ferroviaires, le bus, le tram... ?
Et comment vivent-ils cette situation ?

Il n'est pour moi aucunement question de trouver des excuses à qui que ce soit.
Il est même certains cas où je ne voudrais même pas avoir à me poser cette question.
Et pourtant ...
S'est-on pencher sur les moyens de locomotion de ceux qui vont visiter leurs proches, sur les conditions d'accessibilité à ces lieux ?
Comment sont-ils, seront-ils accueillis s'il n'y a aucune association, ni locaux habilités à les recevoir en attendant leurs heures de parloir ?
Car il en existe des associations qui oeuvrent en ce sens .
Et elles sont formidables.
Oécuméniques, laïques peu importe .
Elles accueillent sans juger .
La "peine", les "peines" devrais-je dire étant assez lourdes comme cela, elles soutiennent les familles, les renseignent, les aident aussi dans des démarches difficiles à porter, à faire
tant au niveau administratif que psychologique.

Je sais, ce n'est pas dans l'air du temps de se préoccuper des familles de détenus.
Après tout, tant pis pour elles, Tous coupables !
Pourtant, n'ont-elles pas elles-aussi un rôle important à jouer dans la réussite de la future réinsertion de leurs proches ?
Alors c'est à elles que je pense aujourd'hui, même s'il n'est pas de bon ton de soulever ce genre de contingence .
Pas le bon côté de la barrière .
Ni celui du voile "impudique" de nos certitudes.
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