Mort d'une femme sous les coups de son (ex)compagnon : Non ce n'est pas un drame passionnel, c'est un meurtre !
Une nouvelle affaire de violences faites aux femmes se profile à l'horizon et voici que de nouveau le qualificatif de
"meurtre passionnel" est employé.
Une femme vient d'être assassinée, semble-t-il froidement par celui qui a été son ex-compagnon. Elle s'appelait Myriam Sanchez, elle était magistrate à Bordeaux, enseignante à l'école de
magistrature de cette ville.
Et pour moi, comme pour nombre d'entre nous, non, non et non !
Ras le bol mesdames et messieurs les journalistes, magistrats et autres, ceci n'est pas un crime passionnel, c'est un meurtre tout simplement.
Myriam Sanchez, comme nombre de femmes victimes de violences conjugales était depuis 2009, date à laquelle elle s'était séparée de son compagnon, victime de harcèlements de la part de ce
dernier.
Et déjà, on lui trouve excuses et arguments à décharges : dépression post séparation, passage par un établissement psychiatrique. Etablissements qui je le rappelle ne sont pas des prisons mais
des établissements de soins.
Ce ne sont pas non plus des tares que les malades doivent se trainer, une fois sortis.
Tous ces arguments qui déjà amoindrissent les responsabilités, semble-t-il dans certains cas, en particulier pour les violences faites aux femmes.
Pourtant que n'importe quel autre malade paranoïaque, schizophrène ou autre commette sous l'emprise de la folie n'importe quel acte insensé et voici que lui ou elle est qualifié de monstre à
mettre à l'écart de la société, ad-vitam aeternam si possible, désormais interné avec des mesures contraignantes à son égard, et même possibilité de ne jamais en sortir.
Ici un homme a tué son ex-compagne, mais sous le coup de la passion, de l'amour. Ah bon ? Il l'a tellement aimé qu'il l'a tuée ?
Pourtant, il a purement et simplement mis fin aux jours de son ex-compagne, parce qu'il n'a pas supporté qu'elle ne soit plus sous sa coupe, parce qu'il n'a pas supporté que cet objet qu'elle
était à ses yeux continue le cours de sa vie loin de lui, ni qu'elle ait rencontré depuis peu une autre personne.
Dois-je faire remarquer par ailleurs, qu'ici, tous deux devaient être de nationalité française, sinon les médias se seraient immédiatement chargés de le faire savoir ? Et que par conséquent le
crime passionnel est immédiatement évoqué ?
Si l'un des deux avait été étranger et en particulier l'agresseur, bien évidemment, cela aurait été une autre affaire, avec les sous-entendus qu'il convient, ces étrangers qui véhiculent la
violence, ces cultures différentes qui exercent tant de discrimination et d'horreur envers les femmes...
Ici, une femme vient de mourir sous les coups de son compagnon qui n'a pas accepté qu'elle ne lui appartienne plus, qu'elle vive loin de lui. Pourtant, elle était harcelée, victime d'appels, de
sms vengeurs...
Mais comme bien d'autres victimes, il semblerait elle n'ait pas osé porter plainte.
Incroyable, allez-vous me dire, elle qui a été successivement juge d'instruction à Châlons sur Marne, puis juge des enfants à Nantes, puis à Libourne avant que de devenir enseignante à l'école de
la magistrature de Bordeaux.
Pourtant, c'est souvent le cas. Comment porter plainte contre son ancien compagnon, le père de ses enfants ? Sur qui sera jeté l'opprobre ? Elle s'est confiée à des proches, leur disant combien
elle était harcelée au téléphone, par SMS, leur confiant combien elle avait peur.
Mais elle n'a pas franchi le pas, encore une fois est-ce étonnant ?
Son milieu, la parole des femmes pas forcément entendue, souvent qualifiée de menteuses, mythomanes ou bien de prendre trop au sérieux appels ou sms injurieux et menaçants...
Myriam est morte sous les coups de son ex-compagnon. Elle a été victime d'un meurtre, non d'un drame passionnel. Nulle passion ici, sauf un individu qui n'a pas supporté que son objet, sa
possession puisse vivre sans lui.
Aujourd'hui deux petits de 5 et 11 ans sont orphelins.
Leur mère a été assassinée par un bourreau qui n'est autre que leur propre père. Comment vont-ils pouvoir vivre avec cela ? Comment vont-ils pouvoir se construire avec cela ?
La mort de Myriam est l'illustration terrible et abjecte que les violences faites aux femmes sont encore légions dans notre société sexiste, machiste et patriarcale. Elles traversent toutes les
couches de notre société sans distinction de milieux socio-culturels ou d'éducation. Depuis trop longtemps notre société a inscrit les violences faites aux femmes comme le droit du patriarche a
exercé sa justice envers ses possessions, sa ou ses femmes ( épouse, fille, mère...) et lui trouve encore trop d'excuses.
Est-ce anormal lorsque n'importe quelle religion soutient que la femme doit "obéissance " à son mari, son père, son frère, et que nous laissons dire, que nous laissons faire, que le corps des
femmes devient, redevient l'objet de toutes leurs attentions et possessions ?
Alors, quand allons-nous vraiment nous préoccuper de ce fléau en notre société, quand allons-nous vraiment donner les moyens tant aux associations qu'aux structures d'état pour lutter contre cela
?
Il y a tant à faire, à lutter déjà dans nos inconscients pour que déjà ne perdure plus cette qualification de "drame passionnel" à l'usage de certains. Pour qu'aussi il y ait tant de moyens de
préventions que des hommes ne deviennent pas des assassins, et des femmes, des victimes si vite oubliées.
Il ne suffit pas d'avoir voté une loi. Aucun moyens réels n'y ont été affectés. Il ne suffit pas d'avoir déclaré une année 2010 comme année de lutte contre les violences faites aux femmes,
Non.
Il faut plus que cela, beaucoup plus que cela.
Quand arrêterons-nous le compteur morbide ?
Quand arrêterons-nous d'accepter de voir mourir des femmes ?
Quand cesserons-nous de jeter un voile pudique sur les victimes "collatérales", pour employer un terme abject, celles que sont les enfants, les familles et même le meurtrier ?
- à lire, le Nouvel Obs,
- Suite à l'intervention d'Isabelle Germain cet article ainsi que les réactions à lire : "L'immunité amoureuse dans la presse ", Natacha Henry
- et aussi ce billet, relayé par l'Acrimed.
- Le Parisien du 29 aout confirmant la culpabilité de l'ex-compagnon et ses aveux, et toujours "l'excuse" de "contexte passionnel "..
- le Monde du 29 août qui y va aussi de son "drame passionnel "
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