Les Hirondelles (II)
Une perle de pluie...
Elle a surgi, clandestine.
Suivie d'une seconde, d'une autre encore...
D'un battement de cils, j'ai tenté désespérément d'endiguer le flot des suivantes.
Sans résultat aucun.
Tièdes et opalescentes, elles ont dévalé le long de mes joues.
Glissé sur mon menton... La chute dans mon cou...
Un écran d'ordinateur, un message ami.
Inquiétude, sollicitude, pourquoi ce long silence ?
Le silence.
Comme un maléfice qui me tient prisonnière loin des mots .
Tout ce que profondément je suis, éprouve et ressens, tout cela est tapi, enfoui, endormi malgré moi,
Anesthésiée...
C'est sans doute ainsi que je me définirais si je devais parler de moi en un seul vocable.
Cependant les mots se bousculent en mon for intérieur et dansent cette farandole qui devrait alimenter mes billets.
Seule une barrière invisible, comme infranchissable, m'ôte toute possibilité d'en coucher la moindre parcelle ou bribes de phrases sur ce papier virtuel.
J'attends le déclic salvateur qui libérera ce flot d'émotion que sont pour moi chacun de ces mots, pensé, choisi, ressenti.
Je les considère souvent comme une immense palette de couleurs faite de fines et subtiles nuances, semblant mêmes parfois, mais si différentes en réalité à l'œil averti.
Mais je suis en état de sidération.
Foudroyée, pétrifiée, tétanisée, retenant la souffrance que chaque souffle me coûte.
Ce souffle qui me dit que je suis pourtant bien vivante, mais suspendue dans le temps...
Avancer chaque jour un pied devant l'autre.
Repousser au plus loin ce grand chagrin de ne pas avoir même entraperçu l'instant de cette rupture qui me laisse
pantelante.
Les jours passent et s'égrènent et je m'efforce de résister.
Présente et absente tout à la fois dans le même espace temps.
Ce temps qui efface tout, dit-on.
Je sais que cela est vrai.
Mais comme il est dur parfois à supporter cet immense sablier qui s'écoule, grain à grain, lentement,..
Si douloureusement lent alors que j'aimerais tant passer à d'autres sentiments que la tristesse et l'affliction.
J'ai pourtant encore quelques rayons de soleil dans ma vie.
Qui m'obligent à sortir de ma torpeur intérieure.
Mes filles bien entendu, et puis des amis discrets et attentionnés.
Ils me sont précieux.
Comme celui qui aujourd'hui s'est déplacé jusqu'à la place de Loire, où traditionnelllement débutent chaque année à Orléans les défilés du 1er mai.
Malgré ses préventions personnelles contre ce genre de manifestation.
Nos chemins ne se sont pas croisés.
Un écran d'ordinateur, un message ami.
Les perles de pluie ...Une fenêtre ouverte...
Au dehors de petits gazouillis familiers et tant attendus attirent mon attention.
Dans le ciel, le ballet des martinets a commencé.
Pour la première fois j'y prête attention.
Je les savais pourtant revenus.
Et je les vois enfin.
Serrées comme timidement l'une contre l'autre.
Pattes bien accrochées sur les fils électriques qui jouxtent le toit de l'église toute proche.
Dos noir et ventre blanc.
Elles sont enfin là...
Les Hirondelles.
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