Les questions existentielles de Juliette.
Quelques semaines sans nouvelles de mes petites filles Juliette et Justine et voilà que ma vie me semble grise malgré une activité
incessante, un problème chassant l'autre ou s'agglutinant aux précédents.
Elections européennes, loi-cadre contre les violences faites aux femmes, une jeune femme à soutenir, aux prises avec un imbroglio de problèmes auxquels est suspendue sa vie future, mes filles, la fin d'année scolaire, une famille à la rue avec ses sept enfants depuis plus de cinquante jours, une grève depuis deux mois consécutifs dans une centrale nucléaire, les éboueurs sur le pied de guerre....
Mes rayons de soleil me manquent.
Juliette et sa fraîcheur de ton, ses questions souvent délicates mais ébouriffantes, son intelligence, sa fulgurance de répartie.
Et Justine, ce petit bout de bonne femme minuscule, tout blond et tout rose, galopant et grimpant partout, qui enchante tant elle décontenance elle-aussi ses parents et me rappelle mes déboires, interrogations et déconvenues de Maman vis à vis de sa propre mère.
Alors, lorsqu'il y a quelques jours, ma fille et Juliette m'ont appellée pour me souhaiter mon anniversaire, c'est une véritable bouffée d'oxygène, d'air pur qui m'a été offerte en cadeau .
Après les traditionnels voeux, comme à l'habitude, ma fille a eu cette phrase magnifique et rude lorsque je me suis enquise de mes petites filles :
- " Tout va bien, Maman, elles sont "chiantes"..."
Oh je sais, à faire froncer les sourcils n'est-ce pas ?
Pourtant, dit en pouffant de rire pratiquement à chaque fois, cela a la saveur d'une gourmandise ineffable.
Car un foisonnement d'anecdotes arrive toujours à la suite.
Ainsi j'apprends que Juliette passe par ce stade particulier où toute nourriture animale est monstrueuse et donc proscrite, malgré les " explications " diverses et variées que l'on peut lui fournir.
- " Vous êtes des criminels de tuer des animaux pour les manger ! C'est tout... Vous êtes méchants ! ".
De fait, les repas se compliquent singulièrement, surtout lorsque les parents veulent faire montre d'autorité.
Le conflit n'est pas loin : Juliette restant devant son assiette tandis que sa petite soeur pointant un doigt accusateur vers son assiette asséne dorénavant le leitmotiv parental ( et oui : elle parle maintenant !)
- " Mange !"
Ah le mimétisme familial ...
Je vous rassure, ces deux-là s'entendent comme larrons en foire.
Justine, comme je l'ai dit plus haut, est une petite fille très vive.
A l'affût de tout, touchant à tout malgré les avertissements et réprimandes maternels.
Dernièrement, agacée par l'attitude de Justine qui s'obstinait à vouloir ôter l'un des nombreux cache-prises qui sécurisent justement l'accès aux prises électriques, ma fille a fini par lui donner une tape sur la main.
Courroucée, Juliette a pris sa petite soeur par les épaules tout en toisant sa mère du haut de ses 4 ans :
- Tu n'as pas honte de taper un bébé d'abord ? Je m'en fiche, je vais le dire à la pédiatre la prochaine fois qu'on ira la voir ... Viens, Justine, on va la laisser, elle est pas gentille de toute façon ..."
Ma fille éberluée n'en croyait pas ses yeux et ses oreilles.
Pour en revenir au repas, bien entendu, Juliette finit par se braquer et ne cède pas.
Alors selon les états d'esprit, des uns ou des autres ce sont des disputes ou compromis qui prennent le pas.
Dernièrement ses parents étaient invités à une "barbecue-party".
J'apprends ainsi que le magret de canard est dorénavant "couru" comme viande à griller.
Personnellement je n'aime que peu la viande, préférant les brochettes de fruits et légumes, mais bon, chacun ses goûts.
Pour l'heure, lorsque la cuisson sembla à point à la maîtresse de maison, elle s'adressa à la cantonnade d'un tonitruant ;
- " Qui veut du magret de canard, qui veut du canard ? " .
Bien entendu, Juliette, étonnée et inquiète, s'était précipitée vers sa mère et lui demandait doucement à l'oreille :
- " Maman ? "
- " Oui ?"
- " Ils ont pas tué un canard quand même ?"
- "..."
- " Tu m'en donnes pas, hein ? Mais qu'est-qu'il leur a fait le canard pour qu'il le tue ? Hein ?"
Sa mère qui oscillait entre fou rire et embarras, tenta d'éluder en lui répondant que ce n'était que pour les grands, ce qui aussitôt provoqua la réaction de Juliette :
- " De toute façon, vous les grands, vous faites n'importe quoi ! "
J'imaginais fort bien son petit visage boudeur aux rondeurs toutes enfantines, et ses bras croisés sur sa poitrine.
Ses grands yeux noirs lançant des éclairs de colère et de désespoir tandis que baissant la tête en avant ses mèches blondes retombaient sur son visage.
De là à vous faire immédiatement part des questions de génétique qui assaillent Juliette :
- " Pourquoi est-ce que je n'ai pas des yeux bleus comme Justine ? D'abord elle a des plus beaux yeux que moi, d'ailleurs tout le monde le dit qu'elle a de beaux yeux bleus et à moi, on ne dit jamais rien..."
- " Mais ma chérie, tu as les yeux de ta grand-mère tu sais ..."
- " Ben c'est pas juste alors, c'est moi qui aurait du être dans son ventre et pas toi...D'ailleurs pourquoi c'est toi qui étais dans le ventre de Mamie, hein ? C'est toujours pareil, nous les petits on peut jamais choisir, ce sont toujours les grands qui passent en premier ! "
Ah, la naissance, la vie, la mort vues par les enfants.
C'est souvent drôlatiques et émouvants et puis parfois il y a un écho particulier qui vous fait admettre que décidément le monde de l'Enfance est plus lucide que celui des adultes.
Alors qu'elle venait d'apprendre que le très vieux chien " Fidèle" de son papa venait de mourir chez son autre Mamie, Juliette eût cette réponse :
- " Et bien dis-donc, Papy Roger est mort, Grand-Mamie Ginette est morte aussi, et maintenant c'est "Fidèle", tu crois qu'il y a aura encore de la place pour nous au "ciel", va falloir qu'on se dépêche, sinon ils vont tous nous piquer les places et nous on restera à la porte à attendre !"
Quand je vous disais que les enfants sont plus sensés que leurs parents !
Elections européennes, loi-cadre contre les violences faites aux femmes, une jeune femme à soutenir, aux prises avec un imbroglio de problèmes auxquels est suspendue sa vie future, mes filles, la fin d'année scolaire, une famille à la rue avec ses sept enfants depuis plus de cinquante jours, une grève depuis deux mois consécutifs dans une centrale nucléaire, les éboueurs sur le pied de guerre....
Mes rayons de soleil me manquent.
Juliette et sa fraîcheur de ton, ses questions souvent délicates mais ébouriffantes, son intelligence, sa fulgurance de répartie.
Et Justine, ce petit bout de bonne femme minuscule, tout blond et tout rose, galopant et grimpant partout, qui enchante tant elle décontenance elle-aussi ses parents et me rappelle mes déboires, interrogations et déconvenues de Maman vis à vis de sa propre mère.
Alors, lorsqu'il y a quelques jours, ma fille et Juliette m'ont appellée pour me souhaiter mon anniversaire, c'est une véritable bouffée d'oxygène, d'air pur qui m'a été offerte en cadeau .
Après les traditionnels voeux, comme à l'habitude, ma fille a eu cette phrase magnifique et rude lorsque je me suis enquise de mes petites filles :
- " Tout va bien, Maman, elles sont "chiantes"..."
Oh je sais, à faire froncer les sourcils n'est-ce pas ?
Pourtant, dit en pouffant de rire pratiquement à chaque fois, cela a la saveur d'une gourmandise ineffable.
Car un foisonnement d'anecdotes arrive toujours à la suite.
Ainsi j'apprends que Juliette passe par ce stade particulier où toute nourriture animale est monstrueuse et donc proscrite, malgré les " explications " diverses et variées que l'on peut lui fournir.
- " Vous êtes des criminels de tuer des animaux pour les manger ! C'est tout... Vous êtes méchants ! ".
De fait, les repas se compliquent singulièrement, surtout lorsque les parents veulent faire montre d'autorité.
Le conflit n'est pas loin : Juliette restant devant son assiette tandis que sa petite soeur pointant un doigt accusateur vers son assiette asséne dorénavant le leitmotiv parental ( et oui : elle parle maintenant !)
- " Mange !"
Ah le mimétisme familial ...
Je vous rassure, ces deux-là s'entendent comme larrons en foire.
Justine, comme je l'ai dit plus haut, est une petite fille très vive.
A l'affût de tout, touchant à tout malgré les avertissements et réprimandes maternels.
Dernièrement, agacée par l'attitude de Justine qui s'obstinait à vouloir ôter l'un des nombreux cache-prises qui sécurisent justement l'accès aux prises électriques, ma fille a fini par lui donner une tape sur la main.
Courroucée, Juliette a pris sa petite soeur par les épaules tout en toisant sa mère du haut de ses 4 ans :
- Tu n'as pas honte de taper un bébé d'abord ? Je m'en fiche, je vais le dire à la pédiatre la prochaine fois qu'on ira la voir ... Viens, Justine, on va la laisser, elle est pas gentille de toute façon ..."
Ma fille éberluée n'en croyait pas ses yeux et ses oreilles.
Pour en revenir au repas, bien entendu, Juliette finit par se braquer et ne cède pas.
Alors selon les états d'esprit, des uns ou des autres ce sont des disputes ou compromis qui prennent le pas.
Dernièrement ses parents étaient invités à une "barbecue-party".
J'apprends ainsi que le magret de canard est dorénavant "couru" comme viande à griller.
Personnellement je n'aime que peu la viande, préférant les brochettes de fruits et légumes, mais bon, chacun ses goûts.
Pour l'heure, lorsque la cuisson sembla à point à la maîtresse de maison, elle s'adressa à la cantonnade d'un tonitruant ;
- " Qui veut du magret de canard, qui veut du canard ? " .
Bien entendu, Juliette, étonnée et inquiète, s'était précipitée vers sa mère et lui demandait doucement à l'oreille :
- " Maman ? "
- " Oui ?"
- " Ils ont pas tué un canard quand même ?"
- "..."
- " Tu m'en donnes pas, hein ? Mais qu'est-qu'il leur a fait le canard pour qu'il le tue ? Hein ?"
Sa mère qui oscillait entre fou rire et embarras, tenta d'éluder en lui répondant que ce n'était que pour les grands, ce qui aussitôt provoqua la réaction de Juliette :
- " De toute façon, vous les grands, vous faites n'importe quoi ! "
J'imaginais fort bien son petit visage boudeur aux rondeurs toutes enfantines, et ses bras croisés sur sa poitrine.
Ses grands yeux noirs lançant des éclairs de colère et de désespoir tandis que baissant la tête en avant ses mèches blondes retombaient sur son visage.
De là à vous faire immédiatement part des questions de génétique qui assaillent Juliette :
- " Pourquoi est-ce que je n'ai pas des yeux bleus comme Justine ? D'abord elle a des plus beaux yeux que moi, d'ailleurs tout le monde le dit qu'elle a de beaux yeux bleus et à moi, on ne dit jamais rien..."
- " Mais ma chérie, tu as les yeux de ta grand-mère tu sais ..."
- " Ben c'est pas juste alors, c'est moi qui aurait du être dans son ventre et pas toi...D'ailleurs pourquoi c'est toi qui étais dans le ventre de Mamie, hein ? C'est toujours pareil, nous les petits on peut jamais choisir, ce sont toujours les grands qui passent en premier ! "
Ah, la naissance, la vie, la mort vues par les enfants.
C'est souvent drôlatiques et émouvants et puis parfois il y a un écho particulier qui vous fait admettre que décidément le monde de l'Enfance est plus lucide que celui des adultes.
Alors qu'elle venait d'apprendre que le très vieux chien " Fidèle" de son papa venait de mourir chez son autre Mamie, Juliette eût cette réponse :
- " Et bien dis-donc, Papy Roger est mort, Grand-Mamie Ginette est morte aussi, et maintenant c'est "Fidèle", tu crois qu'il y a aura encore de la place pour nous au "ciel", va falloir qu'on se dépêche, sinon ils vont tous nous piquer les places et nous on restera à la porte à attendre !"
Quand je vous disais que les enfants sont plus sensés que leurs parents !
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