Alcool. (III)
Les souvenirs, quelle chose curieuse.
Des réminescences de vie passée, antérieure, presque une autre vie.
Mais votre (mon) comportement actuel complètement assujetti à cette autre existence, dans une vie qui n'est plus que parallèle, ombre de souvenirs, réminescences cruelles qui mêlent intimement alcoolisme de l'autre et violence.
Violence inouïe.
Physique, verbale.
Violence dans l'humiliation, le chagrin, la rage au coeur de devoir cacher aussi.
Pourtant j'ai tenté d'en parler à des proches, enfin ceux que je pensais proches de moi.
Même parfois à ma famille qui n'a pas du tout entendu, vu, compris, y allant même de son couplet culpabilisateur qui entrait parfaitement dans la logique de ce compagnon alcoolique.
Car c'est bien connu.
Si il ou elle est malade alcoolique, ce n'est pas de leur faute, pas du tout.
Cela vient incidemment, mais c'est ... de la votre.
Vous ne comprenez rien.
Si il (elle) a bu ce soir, ce n'est pas bien méchant.
- "C'était juste un moment convivial partagé entre copain et rien de plus.
Pas de quoi en faire tout un plat ou tout un fromage.
C'est toi (moi) qui joue à l'empêcheuse de tourner en rond, la rigoriste, la pisse-froid, la bégueule, l'éteignoir à rigolade, ...l'emmerdeuse. "
Et puis aussi,
Tu comprends vraiment rien, je travaille, moi...
- " Et j'ai bien le droit en rentrant du boulot de me servir un apéro pour décompresser et apprécier la fin de journée "
Sur ce, vous tentez bien de faire remarquer que vous aussi vous travaillez, que vous êtes allée chercher les enfants à l'école pour les plus grands, chez la nounou pour le plus jeune, mais :
- " Bah, toi ce n'est pas pareil, tu n'es qu'une intello.
Et puis ton travail tu le passes tout le temps assise, tu sais bien : Petit Travail Tranquille, fonctionnaire pépère..."
Ah les pseudos traits d'humour, dévalorisants, dégradants, vous déconsidérants dans le regard même de vos enfants.
Et le temps qui passe, les scènes plus nombreuses, l'alcool omniprésent, à tout instant, de jour comme de nuit.
Mais ai-je même le droit d'en parler, encore à l'heure actuelle ?
J'ai lu quelques commentaires ici et ailleurs, parlant "d'inélégance".
Certes j'ai bien compris ce que cette commentatrice ressentait et qui lui était profondément personnel.
Alors en dehors du silence et de l'acceptation, comment faire pour exprimer une autre vie dont on doit définitivement se libérer sans être impudique ?
L'impudeur, ne serait-elle pas justement d'accepter la/les violences conjugales par exemple en les dénonçant certes, mais en intimant ordre à la victime de se taire.
Victime certes, mais devant rester stoïque.
Pour être plus intelligente que l'autre ?
Pour garder une apparence de dignité alors que vous l'avez perdu dès le moment où vous avez "accepté", et vous avez tu .
Je sais que dans ma problématique, j'amalgame étroitement alool et violence.
Tentant sans doute désespérément de trouver un responsable, plus responsable que le responsable lui-même.
Le questionnement est toujours là.
Les images, les situations, les odeurs affreuses aussi.
Dois-je taire le dégoût d'avoir eu à partager un lit aux côtés de celui qui transpirait l'alcool par tous les pores de sa peau ?
Inondant les draps de sueurs fétides, haleine vineuse en prîme.
Censurerai-je les coups donnés pour menaces de départ ?
Le chantage aux enfants, les partageant comme de simple marchandises :
- " Garde les plus jeunes, je prends les aînés..." et l'impossibilité de les voir, de leur parler, de les rassurer, de les prendre dans les bras ?
Avouerai-je l'autodafé constitué de toutes mes affaires sans exception, jusqu'à la moindre petite culotte, la moindre paire de chaussures, le moindre vêtement, (ne possédant plus rien d'autre que ce que je portais sur moi),le tout brûlant sur la pelouse de notre domicile ?
Augmenté de surcroît de "ma" bibliothèque ( ah les vilains livres, et ces femmes dangereuses qui lisent ), des cours que je suivais ainsi que des travaux de couture que j'effectuais pour mes enfants ?
Révèlerai-je la valise prise en pleine tête, le vertige, l'évanouissement proche, l'arrachage de force des pauvres bijoux que je portais, boucles d'oreilles, bracelet et piteusement cet anneau qui des années auparavant avait scellé un mariage éprouvant devenu monstrueux ?
Le tout pour qu'ils terminent jeter rageusement par la main de celui qui prétendait "m'aimer", dans la bouche d'égout du coin de la rue ?
Ma peau en a gardé des traces pendant des mois. Je n'en porte plus aucun depuis.
Ferai-je disparaître dans les tréfonds de mes plus épouvantables cauchemars, la vision de mes pneus de voiture retrouvés lacérés chaque matin, la porte du foyer que je venais d'intégrer, volant en éclat sous les cris de terreur de mes enfants, la peur panique du soir qui s'en est suivie pour eux durant des années ?
Dissimulerai-je les courses poursuites où je devais me cacher de celui qui portait au vu de tous, arme à feu et poignard, et la honte de repartir dans une voiture de police me conduisant "à l'abri " ?
Devenue d'un seul coup, d'un seul, criminelle aux yeux de mes voisins, car c'est bien connu lorsque vous partez dans une voiture de police, c'est que vous avez quelque chose à vous reprocher ?
Expliquerai-je les révélations de mes enfants qui eux-aussi se censuraient, me confiant pour les aînés que c'est eux qui allaient chaque jour, après l'école, alors que je n'étais pas encore rentrée du travail, chercher les précieuses bouteilles qui permettaient à leur père d'être un "homme" ?
Pastis, whisky,vodka, valse démoniaque et journalière.
Cèlerai-je définitivement mes plus grandes abjection et douleur celles qui me hantent encore des années plus tard, plus de vingt années passées sans avouer, mais qui sont encore indicibles dans l'horreur ressentie ? Vais-je oser ?
Vais-je oser dire la vision dantesque d'un homme ivre qui se lève en pleine nuit, se campant au-dessus du berceau du dernier-né, se déboutonnant et malgré mes cris s'apprêtant à uriner sur un nouveau-né ?
Que j'ai pu prestement soustraire avec le landau aux ignobles jets de pissat qui s'écoulaient maintenant dans la chambre ?
Est-ce indécent de dire tout cela ?
Mieux vaut-il voir une tombe dans un spot télévisé que d'apprendre, même pas par le menu tout ce qui a précédé ?
Trop facile, trop simple.
Je ne veux plus accepter de me taire.
Je veux être libre, tuer définitivement l'opprobre que j'ai portée, seule, parce que j'ai été complice, parce que j'ai tu, parce que je lui ai donné tout pouvoir pour continuer des années après, à être "coupable", par peur, par honte, par indignité supposée.
Aujourd'hui c'est fini.
Je ne suis plus coupable.
Des réminescences de vie passée, antérieure, presque une autre vie.
Mais votre (mon) comportement actuel complètement assujetti à cette autre existence, dans une vie qui n'est plus que parallèle, ombre de souvenirs, réminescences cruelles qui mêlent intimement alcoolisme de l'autre et violence.
Violence inouïe.
Physique, verbale.
Violence dans l'humiliation, le chagrin, la rage au coeur de devoir cacher aussi.
Pourtant j'ai tenté d'en parler à des proches, enfin ceux que je pensais proches de moi.
Même parfois à ma famille qui n'a pas du tout entendu, vu, compris, y allant même de son couplet culpabilisateur qui entrait parfaitement dans la logique de ce compagnon alcoolique.
Car c'est bien connu.
Si il ou elle est malade alcoolique, ce n'est pas de leur faute, pas du tout.
Cela vient incidemment, mais c'est ... de la votre.
Vous ne comprenez rien.
Si il (elle) a bu ce soir, ce n'est pas bien méchant.
- "C'était juste un moment convivial partagé entre copain et rien de plus.
Pas de quoi en faire tout un plat ou tout un fromage.
C'est toi (moi) qui joue à l'empêcheuse de tourner en rond, la rigoriste, la pisse-froid, la bégueule, l'éteignoir à rigolade, ...l'emmerdeuse. "
Et puis aussi,
Tu comprends vraiment rien, je travaille, moi...
- " Et j'ai bien le droit en rentrant du boulot de me servir un apéro pour décompresser et apprécier la fin de journée "
Sur ce, vous tentez bien de faire remarquer que vous aussi vous travaillez, que vous êtes allée chercher les enfants à l'école pour les plus grands, chez la nounou pour le plus jeune, mais :
- " Bah, toi ce n'est pas pareil, tu n'es qu'une intello.
Et puis ton travail tu le passes tout le temps assise, tu sais bien : Petit Travail Tranquille, fonctionnaire pépère..."
Ah les pseudos traits d'humour, dévalorisants, dégradants, vous déconsidérants dans le regard même de vos enfants.
Et le temps qui passe, les scènes plus nombreuses, l'alcool omniprésent, à tout instant, de jour comme de nuit.
Mais ai-je même le droit d'en parler, encore à l'heure actuelle ?
J'ai lu quelques commentaires ici et ailleurs, parlant "d'inélégance".
Certes j'ai bien compris ce que cette commentatrice ressentait et qui lui était profondément personnel.
Alors en dehors du silence et de l'acceptation, comment faire pour exprimer une autre vie dont on doit définitivement se libérer sans être impudique ?
L'impudeur, ne serait-elle pas justement d'accepter la/les violences conjugales par exemple en les dénonçant certes, mais en intimant ordre à la victime de se taire.
Victime certes, mais devant rester stoïque.
Pour être plus intelligente que l'autre ?
Pour garder une apparence de dignité alors que vous l'avez perdu dès le moment où vous avez "accepté", et vous avez tu .
Je sais que dans ma problématique, j'amalgame étroitement alool et violence.
Tentant sans doute désespérément de trouver un responsable, plus responsable que le responsable lui-même.
Le questionnement est toujours là.
Les images, les situations, les odeurs affreuses aussi.
Dois-je taire le dégoût d'avoir eu à partager un lit aux côtés de celui qui transpirait l'alcool par tous les pores de sa peau ?
Inondant les draps de sueurs fétides, haleine vineuse en prîme.
Censurerai-je les coups donnés pour menaces de départ ?
Le chantage aux enfants, les partageant comme de simple marchandises :
- " Garde les plus jeunes, je prends les aînés..." et l'impossibilité de les voir, de leur parler, de les rassurer, de les prendre dans les bras ?
Avouerai-je l'autodafé constitué de toutes mes affaires sans exception, jusqu'à la moindre petite culotte, la moindre paire de chaussures, le moindre vêtement, (ne possédant plus rien d'autre que ce que je portais sur moi),le tout brûlant sur la pelouse de notre domicile ?
Augmenté de surcroît de "ma" bibliothèque ( ah les vilains livres, et ces femmes dangereuses qui lisent ), des cours que je suivais ainsi que des travaux de couture que j'effectuais pour mes enfants ?
Révèlerai-je la valise prise en pleine tête, le vertige, l'évanouissement proche, l'arrachage de force des pauvres bijoux que je portais, boucles d'oreilles, bracelet et piteusement cet anneau qui des années auparavant avait scellé un mariage éprouvant devenu monstrueux ?
Le tout pour qu'ils terminent jeter rageusement par la main de celui qui prétendait "m'aimer", dans la bouche d'égout du coin de la rue ?
Ma peau en a gardé des traces pendant des mois. Je n'en porte plus aucun depuis.
Ferai-je disparaître dans les tréfonds de mes plus épouvantables cauchemars, la vision de mes pneus de voiture retrouvés lacérés chaque matin, la porte du foyer que je venais d'intégrer, volant en éclat sous les cris de terreur de mes enfants, la peur panique du soir qui s'en est suivie pour eux durant des années ?
Dissimulerai-je les courses poursuites où je devais me cacher de celui qui portait au vu de tous, arme à feu et poignard, et la honte de repartir dans une voiture de police me conduisant "à l'abri " ?
Devenue d'un seul coup, d'un seul, criminelle aux yeux de mes voisins, car c'est bien connu lorsque vous partez dans une voiture de police, c'est que vous avez quelque chose à vous reprocher ?
Expliquerai-je les révélations de mes enfants qui eux-aussi se censuraient, me confiant pour les aînés que c'est eux qui allaient chaque jour, après l'école, alors que je n'étais pas encore rentrée du travail, chercher les précieuses bouteilles qui permettaient à leur père d'être un "homme" ?
Pastis, whisky,vodka, valse démoniaque et journalière.
Cèlerai-je définitivement mes plus grandes abjection et douleur celles qui me hantent encore des années plus tard, plus de vingt années passées sans avouer, mais qui sont encore indicibles dans l'horreur ressentie ? Vais-je oser ?
Vais-je oser dire la vision dantesque d'un homme ivre qui se lève en pleine nuit, se campant au-dessus du berceau du dernier-né, se déboutonnant et malgré mes cris s'apprêtant à uriner sur un nouveau-né ?
Que j'ai pu prestement soustraire avec le landau aux ignobles jets de pissat qui s'écoulaient maintenant dans la chambre ?
Est-ce indécent de dire tout cela ?
Mieux vaut-il voir une tombe dans un spot télévisé que d'apprendre, même pas par le menu tout ce qui a précédé ?
Trop facile, trop simple.
Je ne veux plus accepter de me taire.
Je veux être libre, tuer définitivement l'opprobre que j'ai portée, seule, parce que j'ai été complice, parce que j'ai tu, parce que je lui ai donné tout pouvoir pour continuer des années après, à être "coupable", par peur, par honte, par indignité supposée.
Aujourd'hui c'est fini.
Je ne suis plus coupable.
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