Alcool (II)
Doigts lourds pour appuyer sur les touches de ce clavier.Mots enfouis, lestés de tous les rejets et bannissements possibles et imaginables.
Mais bien présents et apparents, malgré ma volonté ferme et délibérée d'avoir voulu les ignorer durant ces 17 dernières années.
Je suis malade.
Malade, de dégoût et d'aversion.
Malade, non pas de la maladie alcoolique, j'éxècre à vrai dire l'alcool, j'en ai même en horreur.
Malade de l'alcoolisme de mon premier compagnon.
J'en ai gardé des traces profondes et indélébiles.
Et pourtant...Je me soigne.
Bientôt dix années de thérapie où l'alcool n'a pas tenu toute la place, heureusement, mais où il est revenu aujourd'hui. Présence non autorisée, présence réveillée bruyamment et virulemment dans un rejet qui n'a d'égal que la répulsion engendrée par la personne qui en a été l'élément déclencheur.
Pourtant, j'avais progressé.
Depuis 7 années maintenant, mon compagnon, avec patience et mesure, tente de me réapprivoiser à ce sujet. Il y est arrivé en partie, quelquefois.
J'ai même réussi à partager quelques verres avec des amis à diverses occasions.
Mais l'allergie a ressurgi, faisant intrusion dans ma maison, par l'intermédiaire d'une tierce personne, l'espace de quelques heures seulement.
Alors les maux reviennent sous forme de mots.
Alcool, alcoolisme.
Pinard, rouquin, vinasse, piquette, gros rouge, bourre-pif, pichtegorne, picrate, godet, Romanée Conti ou Clos Vougeot, Mouton Rotschild ou Chateau Margaux, bibine, p'tit jaune, drink, scotch, bourbon, brandy, tafia, tord-boyaux, cocktails de toutes couleurs, saveurs et odeurs, vodka, fine, cognac, liqueur, Dom Pérignon ou autre champagne, boisson avec ou sans bulle...
Une liste tellement vaste !
Du langage argotique à la noblesse du crû qui devrait chanter et enchanter autant en bouche qu'au palais, du nez aux papilles, des yeux aux oreilles à l'énoncé du cru, quelque soit le nom, le milieu, la façon de l'ingurgiter, de le descendre, de se l'enfiler, de le lamper, de se pinter, de picoler... de s'enflammer le gosier et s'éclater la cervelle, les ravages sont les mêmes.
Je sais, je m'attaque à un tabou.
Ce n'est pas l'alcool qui est dangereux, c'est la façon de le boire.
Ce n'est pas l'alcool qui est dangereux, mais l'individu qui libère ses barrières en se désinhibant.
Ce n'est pas l'alcool qui est dangereux, mais vous (moi), qui avez pêché par mauvais choix, par Amour, parce qu'après tout vous êtes responsable d'avoir fait le mauvais choix de ce compagnon ou de cette compagne.
Non, ce n'est pas la Société qui tolère, qui trouve même cocasse ou hilarant celui ou celle qui l'amuse de ces facéties ou logorrhées saoûlesques, frissonnante d'observer la transgression, divertie, certes mais aussi bien pensante, culpabilisante, cataloguant, étiquettant autant celui ou celle qui s'enivre que celui ou celle qui partage sa vie avec l'objet de sa réprobation, tolère" (croyez-vous ?) ou subit...
Il ou elle l'a bien voulu !
Sans doute est-ce un peu vrai.
Le ou la conjointe, comme les enfants ou la famille, les amis et encore plus la société, sont sans aucun doute et indubitablement complices !
Mais la complicité se construit chaque jour, pour ne pas voir pour certains, ne pas avoir encore plus honte et mal pour d'autres, par peur de jugement aussi.
Comme ces imbéciles qui lorsqu'une femme est victime pérore autour du : - "Elle aurait dû partir au premier coup, c'est de sa faute...", sans comprendre l'imbroglio psychologique et physique dans lequel elle vit depuis des années.
Mais j'y reviendrai.
Il n'en reste pas moins vrai que l'on dit un peu tout et son contraire sur l'alcool en moins de temps qu'il ne faut pour faire changer une société.
Un jour, il faut en boire modérément, cela protège les artères.
Un autre, ne plus en consommer du tout, risque de cancer.
Et encore, plus du tout si vous êtes femme et enceinte.
Ou bien que vous soyez Homme ou Femme, attention à l'hérédité.
Le tout avéré ou non d'ailleurs, qu'importe.
Et j'en passe...des meilleures ou des pires.
Dire que le quart de rouge faisait partie de certains contrats de travail il y a encore moins d'un siècle !
Bref, aucun consensus là-dessus.
Les lobbies des ventes d'alcool et spiritueux font pression.
L'état hypocrite taxe un maximum tant par TVA que par surtaxation, trou de la sécu en alibi, trou de la sécu qui n' a jamais vu la couleur du moindre écu en provenance de ces coteries.
Et pourtant que d'argent, oui, que d'argent !
Quant à la prise d'alcool, nous ne sommes absolument pas, bien entendu, égaux.
Mais foin des généralités.
Pour moi ? Qu'est-ce ?
Une violence indubitablement.
Une violence et une déchéance, tant pour celui ou celle qui a perdu tout contrôle que pour ceux qui gravitent bien malgré eux autour.
Un saccage, un ravage de vie, de personnes, d'invidus, Hommes, femmes et enfants compris.
Bien entendu, on parle souvent du(de la) conjoint(e) et de son entourage.
Pense-t-on vraiment à eux un seul instant ? On les élude, non pas pudiquement mais sordidement.
On parle d'eux comme des victimes "collatérales", terme on ne peut plus réducteur pour ne pas avoir à asséner à la face de cette société, la vérité, sa responsabilité, car oui, la société aussi est responsable.
Même s'il y a toujours l'idiote ou l'idiot de service pour renâcler lorsque problèmes dûs à la collatéralité se font jour :
- " Ce n'est pas parce que ton père ou ta mère a bu que tu dois te comporter ainsi, faire de même, ou te droguer autrement... Si tous les gosses de parents alcooliques se comportaient ainsi, on ne serait pas sorti de l'auberge....".
Ben, non, c'est vrai, ils y sont encore souvent à l'auberge à porter les pichets justement, à cacher le déshonneur de la famille, à taire les coups, l'humiliation, les vexactions, à tenter de protéger l'adulte, l'autre celui qui ne boit pas, se rendant même complice de l'alcoolique pour éviter les "histoires", parce qu'il est plus facile de faire acheter sa bibine par des enfants que d'assumer soi-même.
Et qu'on ne vienne pas me dire que la loi interdit la vente aux mineurs, quelle abjecte rigolade que cela !
Curieusement, il n'y a jamais de statistiques pour voir comment évoluent les enfants confrontés à cela.
S'ils sont eux-mêmes alccoliques ?
Accro à d'autres drogues ? Délinquants ?
Pourtant, dans les chiffres de cette fameuse délinquance, cela devrait compter et bien compter ? Mais pas touche. Les chiffres sont les chiffres, du moins ceux que l'on a envie qu'ils soient et on les tripatouille à volonté.
Violence donc, subie et assénée aux autres.
Mais la maladie alcoolique ne se déclare pas un beau matin au réveil comme une fièvre ou des maux de tête ( encore que...) ..
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