Alcool. (I)
Quel drôle de mot,
que ce mot alcool.Quel drôle de breuvage qui peut vous mettre la tête à l'envers et telle la langue d'Esope être la meilleure ou la pire des choses.
Quelle drôle d'orthographe aussi que ces deux "o" accolés, comme les futurs soubresauts bredouillants de celui ou celle qui s'adonnera au culte de Dyonisos et telles les Bacchantes perdra tout contrôle.
Alcool, vocable qui fait rêver, délirer, poétiser, cauchemarder aussi.
D'Omar Khayyam, poète persan du XIème siècle qui chantait dans ses "Rubayat", les délices du divin breuvage et des femmes :
" - Imite la tulipe qui fleurit au noorouz; prends comme elle une coupe
dans ta main, et, si l'occasion se présente, bois, bois du vin avec bonheur,
en compagnie d'une jeune beauté aux joues colorées du teint de cette fleur :
cette roue bleue, comme un coup de vent, peut tout à coup te renverser."
en passant par "Alcools" le recueil de poèmes d''Appolinaire :
- " Et tu bois cet alcool brûlant comme ta vie
Ta vie que tu bois comme une eau-de-vie."
ou Rimbaud et son " Bateau Ivre ":
- " Plus fortes que l'alcool, plus vastes que vos lyres,
Fermentent les rousseurs amères de l'amour."
L'alccol est ainsi depuis des siècles, chanté ou décrié montrant différentes facettes, et d'autres réalités.
"L'Assommoir" de Zola en est une autre.
De l'inspiration à la déchéance, du petit coup de pouce pour oser, à l'aliénation totale soumise à un élixir devenu potion maléfique, l'être humain peut ainsi passer de l'offficiant rendant hommage à la Dive Bouteille à l'esclave enténébré de vapeurs d'alcools qu'il ne peut plus quitter
Un miroir à deux faces donc.
Pour ma part, j'ai connu l'envers du décor.
L'Enfer quotidien que vous fait vivre, jour après jour, heure après heure, minute après minute, celui ou celle qui partage votre vie, mais qui n'est plus qu'un pathétique et cruel pantin, assujetti à sa prise de drogue quotidienne, mais aussi à ses effets et méfaits, pour ne pas dire ruine et désolation qu'il (elle) fait autour de lui (elle)en vous les faisant endurer.
C'est ainsi un passé douloureux qui m'est revenu, s'invitant sans carton, ni flonflon récemment.
Tel une marionnette fantômatique surgissant d'une boîte de Pandore oubliée dans un coin de ma mémoire, bien enfouie dans le labyrinthe de mes souvenirs, mais pourtant bien vivante et vivace.
Ces boîtes affreuses que l'on offre au gosse et qui laisse sortir un diablotin grimaçant me font ainsi horreur
Il a suffi de peu.
Concours de circonstances, croisements de chemin de vie, et le désastre a ressurgi.
L'odieux, votre cauchemar personnel qui hoquette, réactivant toutes vos souffrances passées, douleurs, et colères.
L'intolérable réapparaît.
Et la personne qui a réanimé ces blessures n'a d'importance que parce qu'elle a réactivé.
C'était elle ce jour-là, cela aurait pu être une autre, un autre jour, hier comme aujourd'hui, comme demain.
Depuis des années, je fuis.
Je fuis littéralement .
Que quelqu'un passe dans la rue et sente l'alcool et la nausée me prend.
Je reconnais les effluves de bière, ou de gros rouge qui tâche à des kilomètres.
Je reconnais les odieux mélanges alcool fort et menthe, chewing gum poivré, dentifrice, ou autre déodorant et parfum dont s'aspergent à foison ceux qui souffrent de la maladie alcoolique, tentant veinement de cacher les relents pinardesques qu'ils traînent derrière eux.
Car bien entendu, c'est une maladie.
Bien entendu qu'ils ont besoin d'aide et de soutien.
Mais à un seul moment : Celui où ils ont décidé contre vents et marées, dans les plus grandes difficultés de s'arrêter.
Et c'est là un très grand courage qu'il faut leur reconnaître.
Mais il ne convient de traiter cette maladie qu'à la demande du (de la ) principal(e) intéressé(e).
Car l'échec est alors de mise si celui ou celle qui souffre de cette pathologie ne se reconnaît pas comme tel(le), ou bien ne le fait que contraint(e) et forcé(e) par son entourage, ses proches.
Ne soyez pas surpris si je mets les mots aux féminin et masculin.
l'alcoolisme n'est pas sexiste, n'a pas de préjugé .
L'alcoolisme touche tout le monde, les jeunes comme les vieux, les femmes comme les hommes et de tous niveaux socio-économiques.
Mais je ne vous parlerai que d'un aspect :
Celui de
celles et ceux qui subissent l'alcool de leurs proches, les manipulation,
violence et perversité qu'ils déploient jour après jour pour nier et tenter de donner le change : un portrait lisse et polissé.Et ça marche, tant que vous êtes une victime consentante.
Tant que vous n'avez pas eu le courage de dire Stop !
Tout en sachant que vous allez le payer !!!
Le prix de la Liberté.
C'est ma vie de compagne d'alcoolique avéré pendant 10 ans que je vais tenter de vous raconter, si cela m'est possible.
Des années plus tard j'ai encore honte.
Des années plus tard, je suis toujours aussi en rage.
17 années que cela est terminé maintenant.
Pourtant l'aversion et la douleur demeurent en moi.
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