"La Liste de Schindler" au service de l'Histoire ?
C'est un film
vieux de 15 ans, magnifique et sublime.Sans doute le plus inspiré et le plus abouti de Steven Spielberg.
Oscar 1994 du meilleur film, meilleur réalisateur, meilleurs scénario, musique, décors, montage, photographie.
Ce film était cher à mon coeur. Autant pour sa qualité que pour son histoire.
Le témoignage aussi.
Une part de celui que l'un de mes grands-pères ne m'a que si peu transmis.
Mort bien trop tôt alors que j'étais adolescente.
Mort bien trop tôt aussi pour être libéré des fantômes du passé qui le hantaient.
Le "Devoir de Mémoire" n'était pas alors de bon ton.
Pire même, tout était fait pour intimer silence aux survivants.
L'entourage qui n'était pas prêt à entendre voulant en finir avec la mort, les destructions et privations.
La société qui refusait aussi de se retourner sur son passé et ses responsabiltés, même au plus haut niveau de l'état où assassins et collaborateurs d'hier avaient conservé poste et titre de ce temps déjà passé, ma jeunesse.
Et pourtant ?
Quelle stupéfaction pour moi de constater que ce soir, en particulier était rediffusé ce chef d'oeuvre.
Et quel questionnement !
Etait-ce réellement le moment le plus judicieux ? opportun ? pertinent ?
Quel message nous est ainsi implicitement envoyé ?
Le soutien plein et entier à Israël au moment où ce pays sème la mort et la tragédie ?
Sans dénier pour ma part au Hamas sa part de responsabilité, mais sans oublier non plus qu'il a été porté au pouvoir par les agissements des gouvernants israéliens pressés d'en finir avec le Fatah.
Cependant, qui paie le prix de ces infâmies ?
Je ne peux, ni ne veux rien effacer.
Rien réecrire non plus.
Palestine et Gaza aujourd'hui .
Je ne fais coyez-le bien aucune comparaison douteuse entre le présent épouvantable vécu par 1 300 000 personnes en Palestine et l'aboutissement effroyable de la Shoah.
Cependant comment ne pas faire de parallèle entre le blocus interminable qui affame les gazaouis, les laissant démunis de tout ; eau, électricité, nourriture, médicaments, sans liberté de déplacement ...et les conditions de vie dans les ghettos de Varsovie ou Cracovie par exemple ?
Comment ne pas voir ce mur humiliant qui se dresse toujours plus haut et toujours plus loin, empêchant la population palestinienne de :circuler normalement, travailler, se ravitailler, vivre tout simplement ?
Comment ne pas faire un parallèle entre les tunnels bâtis pour contourner toutes ces atteintes à la Liberté d'être et d'exister dignement en Homme Libre et les égouts empruntés pour circuler hors des ghettos ?
Tunnels qui s'ils servent aussi de transit pour les armes, servent surtout à contourner le blocus et à ravitailler la population en tout ce qui est fondamentalement nécessaire.
Comment ne peut-on rapprocher ces paroles dites par l'un des personnages du film alors qu'il est contraint de rester entre les murs du ghetto de Cracovie :
-" Aujourd'hui, je ne supporte plus les restrictions que l'on donne à ma vie " et la vie quotidienne des habitants de Gaza ?
Grand-Père, tu m'en as dit si peu . Et par phrases tellement sibyllines .
Je me souviens de tes yeux remplis de larmes de rage et de colère contenues lorsque partageant un repas avec tes petits-enfants, nous en l'occurence, tu avais répondu au plus jeune d'entre nous qui refusait de manger les légumes préparés par notre mère :
- Si tu avais vu ce que j'ai vu, vécu ce que j'ai vécu, tu te battrais même pour pouvoir manger non pas ce que tu as dans ton assiette, mais les épluchures encore couvertes de terre des légumes dont tu ne veux pas aujourd'hui "
Et j'ai vu passer dans tes yeux tant de douleur et de désespoir que j'en ai été interloquée.
Aujourd'hui à Gaza, des enfants et leurs parents mangent de la viande avariée lorsqu'ils en trouvent avec ce qu'ils peuvent se procurer entre bombardements et trèves hypothétiques .
Pas de lait pour les enfants, pas de pâtes, si peu de riz. Parfois du pain lorsque la boulangerie n'a pas été détruite après de longues heures d'attente et de risques pour leurs vies.
Grand-Père, le poids des morts d'hier justifie-t-il celui des morts d'aujourd'hui ?
Je me souviens de ce film " Nuit et Brouillard " que nous avions regardé ensemble et de la chanson de Ferrat qui embuait tes yeux :
- " N'oublie jamais ma petite fille ce qui s'est passé pour que plus jamais cela ne se reproduise. N'oublie jamais non plus qu'il y avait encore pire que nous dans l'horreur subie : le sort des Juifs "
Oh Grand-Père, comme je l'avais trouvé belle et émouvante cette cérémonie du souvenir lors du 60ème anniversaire de la Libération du camp d'Auschwitz .
Et combien j'avais été impressionnée lorsque la prière des morts, le Kaddish s'élevant dans le silence absolu de cet endroit à jamais souillé du sceau hideux de l'abomination, la neige en une multitude de flocons virevoltants avait commencé à tomber sur tous ces officiels transis de froid et pourtant bien vêtus, eux.
Une infinité de petites étoiles tourbillonnantes, millions d'âmes défuntes enveloppant ces vivants survivants qui leur rendaient hommage.
Grand-Père, pourquoi faut-il que l'Histoire ne serve à rien ?
Pourquoi les héros d'hier deviennent si souvent les bourreaux de demain ?
J'ai essayé de comprendre Grand-Père et pourtant , mes interrogations sont toujours là.
Comment de vaillants résistants ont subi stoïques la torture infligée par les nazis et appliqué plus tard eux-mêmes la gégénne aux combattants algériens ?
Comment ceux qui avaient combattu pour leur liberté, suppliciaient et torturaient ceux qui ne demandaient rien d'autre que leur liberté eux-aussi dans ce pays que vous appelliez alors Indochine ?
Grand-Père, aujourd'hui encore on assassine, on massacre, on supprime, on génocide.
Par indifférence, par calcul politique ou financier.
Rwanda, Yougoslavie, Irak, Afghanistan, Palestine...
Grand-Père les martyrs d'hier deviennent des criminels.
Et tout comme hier, nous sommes spectateurs et n'intervenons pas.
Et tout comme hier, quand nous intervenons, ce n'est pas pour préserver la vie des innocents, mais pour préserver nos intérêts économiques ou géo-stratégiques.
Hier encore en Palestine, les bombes sont tombées.
Des enfants sont morts entre les bras de leurs mères ou de leurs grand-mères.
Des frères et soeurs aussi, des pères, parfois des familles entières ont été décimées.
Lors d'une émission sur une chaîne isarélienne, un éminent gynécologue accoucheur palestinien, travaillant dans un célèbre hôpital israelien, était interrogé par un journaliste lorsqu'une bombe est tombée sur sa maison.
Trois de ses filles sont mortes sous ses yeux.
Alors qu'il témoignait devant les caméras d'une télévision, demandant malgré son deuil et son chagrin la paix entre les peuples israélien et palestinien en disant ceci :
- " On peut vivre ensemble, nous sommes mêmes...", une femme israélienne l'a interrompu et agressé verbalement en lui répondant que si cette bombe avait touché sa maison, c'est que le Hamas tirait des roquettes à partir de son domicile.
Désespéré et soutenu par ses collègues médecins qui l'entouraient, il est alors parti en ajoutant ces quelques mots :
- Ils n'ont rien compris, ils ne veulent rien entendre..."
C'est vrai Grand-Père, ils ne veulent rien voir.
Aux pacifistes isr
aéliens qui manifestent en silence devant les casernes ils
répondent :- " On devrait vous tuer tous, avant même les gens du Hamas..."
Oh, Grand-Père, comme j'aimais la fin de ce film, comme j'aimais la référence au Talmud et à cette magnifique phrase ; " Quiconque sauve une vie, sauve l'Humanité toute entière ".
Pourquoi faut-il que des livres qui parlent si souvent de Paix soient instruments de mort ?
Et moi, qui sauvera en moi cette humanité qui meurt à chaque fois qu'un innocent paie de sa vie la vacuité des Hommes.
Que dirai-je à mes filles, tes arrières petites filles ?
Que dirai-je à celles et ceux qui arrivent et dont je suis la grand-mère ?
Quel flambeau leur transmettrai- je ?
Grand-Père, comme tu me manques !
Commenter cet article