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11 Feb

Petite Histoire de Fille .

Publié par Circé  - Catégories :  #Souvenirs et Petite Histoire

Il est des commentaires, pourtant sérieux et sur un sujet grave, qui vous font remonter à la surface des souvenirs lointains.
De ceux qui ne peuvent appartenir qu'aux femmes, en particulier à la toute jeune fille que j'étais et qui aujourd'hui encore restent très présents, pour le contexte, pour le rapport à l'adolescence, pour la dérision.

Me voilà donc revenue 40 années en arrière.

Le début de mon adolescence a commencé en mai 68 et en tant que fille, je dois avouer que cela n'a pas été toujours simple.
Le rapport au corps tout d'abord.

Qu'est-ce que c'était que tous ces changements qui s'opéraient sans mon autorisation et de quels droits ?
Et pourquoi du jour au lendemain sous prétexte que j'étais du sexe dit féminin, je devais porter des jupes ou des robes, alors que jusqu'à présent je m'habillais un peu comme je le voulais en portant les reliques vestimentaires de mes cousins et cousines ?

Alors quoi ? Des poils me poussent sous les bras, le sexe, mes seins apparaîssent, mes hanches s'élargissent et puis pour couronner le tout je me mets à saigner ?
Et ça devrait recommencer tous les mois ?
Ah non alors, non, non et non !

Et en plus les regards de la gent masculine louchent sur mes fesses, mon pull qui laisse poindre ma poitrine ?
Je refuse tout net, je refuse !
Est-ce que je regarde moi, leurs gros nez, leurs pieds disproportionnés ou si une bosse renfle la braguette de leurs pantalons ?
Berk, berk, berk....

Après avoir copieusement incendié ma mère sur le fait qu'elle m'ait faite à son image, c'est à dire "fille", je lui ai intimé l'ordre de remballer ses serviettes en tissu lavable :
-"Qu'est ce que c'est que ces inepties, est-ce que les garçons doivent porter "ça "...?"
-" Non ? Et bien moi non plus !"
-"Et en plus je ne peux pas aller à la piscine ?"
-"C'est ce qu'on va voir..."

J'avais remarqué à plusieurs reprises dans les dernières pages du premier magazine télé paru à cette époque, un petit encart publicitaire discret qui "vantait" pudiquement l'efficacité de protections internes.
Tampon n'était pas encore l'appellation de mise, trop directe.
Un tabou, gros tabou, même dans la presse.
Mais c'est cela que je voulais !

Ma mère tenta de m'en dissuader en m'expliquant que c'était impossible puisque réservé à des "femmes" autres que moi .
Sous-entendu : ne sont plus plus "jeunes filles"...
En langage clair, cru et sans décodeur : ne sont plus vierges ou pucelles, se sont fait sauter la pastille, ont vu le loup, croqué la pomme...
Bref débauche alimentaire et/ou zoologique comprise(s), de mauvaise vie !

Sans compter que cela ne se trouvait pas encore au Félix Potin du coin, ni au Spar mais seulement dans"certaines pharmacies".
Encore fallait-il oser le demander !

Si elle avait accepté de m'acheter les toutes premières serviettes hygiéniques jetables ( bien épaisses, de celles que l'on n'oserait même plus penser aujourd'hui pour le derrière des tout-petits ), à nouer dans des culottes réservées à cet effet fond plastifié en sus, ou sur un appareillage compliqué fait de lien passé autour de la taille, avec boucles pendant entre les cuisses à l'avant et dans la raie des fesses à l'arrière, il n'était pas question qu'elle m'achète "cela", on verrait plus tard...
C'était d'un confortable et d'un esthétisme on ne peut plus douteux mais :
-"En attendant ma fille, c'est ce que font les autres et il faudra bien t'y faire..."

J'avais un peu d'argent offert par ma grand-mère pour mon anniversaire.
Clin d'oeil contestable de Mère Nature, c'était ce jour-là que j'avais pris acte de l'ultime changement physiologique qui m'éloignait définitivement de l'enfance.
Et du haut de mes treize ans je suis allée m'acheter une boîte de "tampax" à la pharmacie réputée en commercialiser.

Regards sourcilleux et réprobateurs du tenant de l'officine qui me demande si c'est pour moi.
Je lui réplique avec aplomb que c'est pour ma grande soeur ( je n'en ai pas et n'en aurai jamais ).
Ce à quoi il me répond qu'elle pourrait faire ses courses elle-même :
"-Mais bon, ces jeunes d'aujourd'hui..."

-"Rien à faire de toute façon, vieux croûton, ça ne te regarde pas... " pensai-je tout bas.

Je sors de la pharmacie faussement contrite.
Victoire, j'ai mon petit paquet bien emballé au fond de mon cartable et je rentre vite fait chez moi, direction : ma chambre.

Etudes du document représentant une femme accroupie, son anatomie intime et quelques conseils dont se relaxer en introduisant ce rouleau de carton lubrifié avec poussoir contenant le remède salvateur à tous mes maux : un tampon .

Je regarde, palpe l'emballage de papier, le déchire, étudie la configuration du dit "engin" et me sens un peu désorientée.

-"Ah bon ? Tout ça peut tenir à l'intérieur de mon corps ? Et sans faire mal ?"
-"Bon, on va voir..."
D'un seul coup, j'ai un peu chaud mais il n'est pas question que j'abdique.
J'adopte la posture adéquate, positionne le cylindre magique tel un Spoutnik sur sa rampe de lancement (un peu de prospective, Appollo n'a pas encore aluni) et commence doucement l'introduction.

Curieuse sensation, c'est un peu froid.
Je bloque un peu, ai de plus en plus chaud, insiste et d'un seul coup, ça glisse.
Dernière manoeuvre, j'appuie sur le poussoir, puis enlève l'applicateur et me relève.

-"Je ne sens rien.."
Mais j'ai de bizarres et curieuses étoiles noires devant les yeux.
Loufoquerie et incongruité, ou enfer et damnation... J'ai "des vapeurs".
L'émotion ? Non, mais quelle idiote !
Je m'allonge sur mon lit, attends quelques instants, puis suis prise de panique :
-"Et si je n'arrivais plus à l'enlever ?"

Je me relève d'un bond, me baisse à toute vitesse, tire sur la petite ficelle et ressens une désagréable sensation de coton râpeux frottant conscienceusement mon intimité.
Ouf ! l'objet de ma frousse se retrouve au bout du cordon qui balance entre mes doigts.

Première peur de ma toute nouvelle vie de jeune fille.
Première rigolade en tant que telle aussi !
Dans les cinq minutes qui s'ensuivent, je suis prise d'un fou rire inextinguible au point que ma mère vient frapper à ma porte pour me demander si tout va bien .

Deuxième gros mensonge de la journée :
-"C'est le livre que je suis entrain de lire, Maman..."
-" Ah bon, et bien tant mieux..."

J'ai attendu quelques minutes et renouvelé l'opération première avec succès.


C''est ainsi que j'ai abordé , médicalement :
- mes ménorrhées, menstrues, menstruations, flux menstruel, cataménial...

banalement, insipidement :
-mes mois, histoires, cycles, règles, époques...

trivialement :
- mes affaires, anglaises, ours, pétoches, doches, ragnagnas...

et rigolotement :
- Tante Rose...

Waouh ! Tout ça pour çà !

En Septembre dernier, ma fille L. a eu ses 13 ans.
Cet été avec son argent de poche elle a acheté ses premiers tampons.
Comme quoi ...!

  

Commenter cet article
A
moi aussi je me souviens de ces années ( 60 et 70 ) ou toutes les femmes mettaient des serviettes épaisses à l'intérieur d'une culotte périodique en nylon et un large fond plastifié pour nous protéger .toutefois je n'en garde pas un mauvais souvenir .bisous annette
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C
<br /> Moi si.<br /> Imaginez, j'ai eu mes premières règles en été et il faisait chaud, comme maintenant.<br /> Que ce soit au niveau confort, esthétique, protection, transport ou même odeur, pourquoi ne pas le dire, c'était plus que désagréable et pour moi qui ne voulait pas de tout cet attirail qui<br /> m'entravait, une véritable malédiction.<br /> <br /> <br />
M
Ce récit et les commentaires associés m'ont remémoré bien des souvenirs qu'il n'est pas très habituel d'évoquer en public .Je suis issue d'une famille modeste et l'éducation sexuelle a été succinte...J'avais une vague idée des règles car ma mère faisait sécher ses serviettes et elle m'avait rapidement expliquée de quoi il s'agissait ,me disant que j'avais bien le temps de m'en préoccuper .<br /> J'ai été réglée en 61 et ma mère m'a donné l'équipement qui consistait en un paquet de serviettes en tissu bien épaisses et longues ainsi qu'une ceinture à laquelle les serviettes<br /> devaient être attachées ...Particulièrement désagréable à utiliser .J'ai aussi connu les culottes périodiques destinées à éviter les catastrophes .Quelques années plus tard je suis passée avec soulagement aux serviettes jettables qu'il fallait quand même fixer car non adhésives .Le recours à une ceinture périodique ou à un culotte spéciale demeurait donc nécessaire .Pas question d'utiliser des tampons au demeurant peu répandus .De mémoire j'ai continué d'utiliser ce genre de protection jusqu'au milieu des années 70 .Par chance je ne saignais pas beaucoup donc je me contentais d'une ceinture et de la serviette , le slip périodique n'étant requis que la nuit .Voila quelques souvenirs partagés .
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V
Je suis tombée par hasard sur votre blog, qui m'a ramenée quelques dizaines d'années en arrière.<br /> J'ai connu la même chose, à la différence que vous avez eu le courage de tenir tête à votre mère, ce qui ne fut pas mon cas.<br /> Lors de mes premières règles, ma mère m'avait acheté des serviettes jetables et deux de ces horribles culottes périodiques, avec les crochets pour attacher la serviette, et le fond doublé de plastique (qui protégeait très bien, il faut l'admettre).<br /> J'avais au moins échappé au serviettes en tissu lavables, mais il était hors de question que j'utilise des tampons.<br /> Ce n'est qu'arrivée en fac que j'ai pu m'émanciper...
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A
bonjour,<br /> je suis étudiante en histoire et je travaille actuellement sur un mémoire sur les règles justement!! je suis à la recherche de personnes prêts à témoigner!!! Seriez vous intéressée?<br /> mon mail: lemasquerier.claire@libertysurf.fr
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K
J'ai connu aussi ces serviettes en tissu... qu'il fallait faire tremper dans l'eau froide. quelques mois et ensuite ma mère m'a acheté des serviettes jetables (c'est vrai, d'une taille monstrueuse !). J'ai eu la chance d'avoir des parents très ouverts (ce qui ne veut pas dire laxistes) où ces choses-là n'étaient pas tabou. c'est d'ailleurs mon père qui m'a expliqué que j'aurais des règels. Ensuite, ma mère, trouvant qu'elles étaient bien tardives (entre 13 et 14 ans) m'a amenée voir le médecin de famille qui ne s'inquiétait pas du tout. On en parlait aussi entre "grandes" de la classe du certificat d'études, dans la cour d'école. A l'époque, il y avait d'un côté l'école des filles et de l'autre l'école des garçons. On se retrouvait quand même le jeudi ou pendant les petites vacances pour jouer dehors.<br /> Les tampax sont venus pour moi bien plus tard. Mais j'ai toujours eu un problème de règles douloureuses, souvent accompagnées de problèmes de vésicule (ce fut encore pire sur le plan hépatique avec la pilule qu'on m'avait prescrite surtout pour les dysménorées...).<br /> Je me souviens avoir fait beaucoup rire mes copines quand je faisais du ski. Pour les douleurs je mettais des suppos et même sur les pistes ! elles me voyaient défaire tranquillement l'emballage et glisser discrètement le corpus délictis dans mon fuseau ou mon jean ! L'air de rien, ni vu ni connu.
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C
@ Kamizole: Je crois qu'en matière d'anecdotes, nous n'en manquons ni l'une, ni l'autre...Le pantalon-fuseau, oui, je me souviens moi-aussi et j'imagine parfaitement la scène, on devrait se faire avec l'aide d'un caricaturiste (Pierre Ballouhey ?), un petit recueil d'histoires savoureuses de filles...On concurrencera Claire Bretecher, j'en suis sure (ouille mes chevilles qui enflent !)Au fait, Lamaline la marque ? (du suppo bien sûr!) 

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