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26 Jul

Mon village à l'heure du Ramadan (IV), voyage en Berbèrie...

Publié par Circé  - Catégories :  #Tamazight, #Berbèrie, #Voyage, #Chez moi, #ailleurs, #Chroniques, #Kabylie, #Algérie, #Ecriture

Mon village à l'heure du Ramadan (IV), voyage en Berbèrie...

La nuit a étendu sur la ville son doux voile pourpré et violine.

Le vent léger qui court entre les monts Djurdjura s’est insinué jusque dans les rues et ruelles de mon village. Il caresse et réconforte les corps de ses habitants, encore harassés de chaleur après un torride après-midi d’été.

Il glisse sur les nuques frissonnantes, joue dans les chevelures libérées, ondule sur les épaules, se glisse et s’insinue sous les robes des filles. Mutin, il aime à les enlacer, pour le plus grand plaisir des garçons qui aimeraient en faire autant…

Alanguie sur le sol tiède de la terrasse, mon regard se perd dans le velours sombre du ciel où des myriades d’étoiles s’accrochent, luisent, brillent encore pour certaines d’une lumière aujourd’hui éteinte. La Lune écarlate est d’une rotondité parfaite ce soir. Elle trône telle une divinité antique et païenne, dardant de ses rayons froids la surface de cette terre ocre encore recrue de chaleur. Les effluves odorantes du jasmin tout proche viennent délicieusement chatouiller mes narines.

Les yeux mi-clos, je me laisse porter par la douceur de la nuit.

Peu de temps auparavant, comme la majorité des habitants de mon village, j’ai flâné en compagnie de ma famille de cœur dans les rues et ruelles de celui-ci.

La période du Ramadan est ainsi propice à ces promenades nocturnes, lorsque le jeûne a été rompu, après que les estomacs aient été apaisés et consciencieusement remplis. Ce sont ainsi de grandes processions de familles qui déambulent en tous sens de par le haut, de par le bas de la ville, se croisant qui dans un sens pour se retrouver ensuite en sens inverse. La plupart des magasins sont ouverts et des barbecues improvisés en jalonnent les trottoirs ou ce qui sert de trottoir. Les marchands de glace sont pris d’assaut et les enfants ne rechignent pas à attirer leurs parents devant la devanture d’un magasin montrant un Bob l’éponge ou un Spiderman en plastique gonflable qu’ils aimeraient bien se voir offrir..

L’autre moitié de la population, participe elle-aussi à ces flâneries nocturnes.

Mais elle préfère pour le même parcours, s’entasser dans des berlines flambant neuves, petits enfants à l’avant sur les genoux de leurs parents, qu’ils soient conducteurs ou non, ou bien à l’arrière sur ceux des grands-mères ou sœurs légèrement plus âgées.

Mais aussi dans des pick-up rutilants où les ceintures de sécurité ne sont que des accessoires sans intérêt, des 4X4 vrombissants dont les phares s’allument crûment au passage d’une femme. L’ »intérêt », le « jeu » consiste par un rayon inquisiteur et impudique à tenter de trouer la légèreté du tissu de sa robe, de façon à ce que la passante se retrouve par un jeu d’ombre et de lumière aussi nue que si elle n’avait pas de vêtements, tandis que les autos-radios tonitruants déversent le dernier refrain berbère à la mode ou bien un détonant « Californication » des Red Hot Chili Pepper…

A cela s’ajoutent nombre de deux roues motorisés en provenance comme les autres véhicules de l’empire du soleil levant ou bien de celui du milieu…Il semblerait que le parc automobile se soit renouvelé en Algérie, et que les algériens, compte-tenu de toutes les promotions que j’ai vues, des nombreux prêts à taux 0% consentis vivent désormais à crédit…J’ai même vu une BNP dans mon village, c’est dire si les temps ont changé…Bonne nouvelle ? Rien n’est moins sûr …

Mais voilà qui donne la mesure des activités nocturnes, de leurs moyens de locomotion.

Des frustrations aussi.…

Car bien entendu, que serait une promenade où nombre de femmes se retrouvent à l’air libre, sans les commentaires de la gent masculine qui reluque, louche, commente à qui mieux-mieux leur tenue vestimentaire, la forme de leurs corps, la longueur ou non de leurs jupes, robes, leurs cheveux, leurs yeux…L’anecdote des phares n’étant qu’un épiphénomène de ce qui se produit en réalité.

Et je n’ai pas échappé à la règle de ce ballet singulier où les uns commentent, sifflent, klaxonnent, invitent ou insultent, c’est selon, et les autres, qui simulant l’indifférence, continuent leur chemin…

Je me suis ainsi vue gratifiée d’un « belle dame » glissé au passage à mon oreille, de coups de klaxon et sifflets se voulant admiratifs, de commentaires du style : - « Oh la, la, la… mais quelles jambes magnifiques vous avez », compris ceux-là puisque dits en français, sans oublier le - « Vous avez des yeux, mais des yeux… » et de tous ceux que je n’ai pas compris…

Dans un grand éclat de rires, mes sœurs Zineb et Noura se sont amusées de mon étonnement et taquines m’ont conseillée de rester auprès d’elles, en ajoutant : - « Je ne sais pas ce que tu leur as fait ce soir, mais alors, reste près de nous où ils vont finir par te kidnapper… »

Fellag m’est aussitôt revenu en mémoire : « Même les vieilles chez nous, on les suit… ». Ce soir, cela s’avère donc vrai.

Il est vrai qu’en France aussi, nous avons les mêmes…Et qu’il m’arrive fréquemment de remettre à leur place les uns et les autres. Les plus jeunes qui m’interpellent – « Eh, la cougar, si tu veux on t’aide à porter tes paquets jusque chez toi … » au quinquagénaire plus affûté dans sa manière d'accoster les femmes qui, alors que j’attends une amie attablée à la terrasse d’un café, m’aborde via…mes cheveux ! – « On vous a déjà dit que vous aviez une couleur de cheveux magnifique ? Et que le soleil a bien raison de jouer avec leur rouge flamboyant ? … »

Etre femme…Noura me disait l’après-midi même qu’il serait bien que les femmes se révoltent et se comportent de même façon envers les hommes afin qu’ils se rendent compte combien cela pouvait être lourd et difficile de subir à longueur de temps ce qu’il convient d’appeler du harcèlement de rue.

Mais elle avait ri sous cape aussi, lorsque son beau-père sachant qu’une amie française passait quelques jours de vacances chez son fils et sa belle-fille, avait tenu à venir me saluer. Sympathique, affable, me demandant si j’aimais son beau pays de Kabylie, ce à quoi je lui répondais aussitôt par un oui franc et massif, il crût judicieux de m’inviter à venir m’y installer, ajoutant que « j’y serai la bienvenue et que même, on me trouverait facilement un mari, que j’en avais le droit… »

Elle contint difficilement son rire tandis que je lui rétorquais gentiment que j’avais aussi le droit de ne pas me marier, de rester célibataire, que le mariage n’était pas fait pour moi …

Il fait doux sur cette terrasse ce soir, le chant des grillons ne me donne pas envie de me lever…

Dans quelques jours je vais repartir vers la France, et cela va être un nouveau déchirement, être d’ici et de là-bas…Mais c’est une autre histoire…

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" Pourquoi une Femme entière ne serait-elle qu'une moitié ? "