Dimanche 4 mai 2008

 

Dernièrement j'ai évoqué dans " XI ", l'un de mes billets, l'anniversaire de Poussinette, surnom de ma dernière née.
En septembre dernier, son ainée a eu 13 ans et pour l'occasion, je lui avais écrit ceci.
Curieusement, si je lui avais fait lire, je ne l'avais pas publié sur mon blog .
Il est vrai aussi, pour être juste que celui-ci a été créé quelques semaines plus tard.

A l'inverse, j'ai publié le texte retraçant la naissance de Poussinette sans le lui faire lire.
Aujourd'hui, tout est rentré dans l'ordre.
Toutes deux ont lu ces écrits que je leur avais dédiés.
Et les deux textes sont parus. 

Enfin, le dernier article de
CDG m'a interpellé quant à l'histoire de mes ancêtres, la mienne bien entendu et aussi et surtout celle de mes enfants et de mes filles en particulier.

L'Amour a-t-il une couleur, une frontière, une nationalité, une préférence "nationale" ?

                                                    *******


" Mon amour, mon enfant,
Ma colombe, ma tourterelle,
Ma source de joie,
Mon inquiétude et mon tourment,
Ma beauté, mon adorable jouvencelle,
Déploie tes ailes de velours
Et sèche ton plumage immaculé à l'aube de tes treize ans.

Ta frimousse espiègle de petite fille a fait place à un visage juvénile et gracieux.
Seuls ta moue boudeuse et tes grands éclats de rire subsistent.
Ta prunelle dorée, parfois zébrée de tes jeunes colères éclaire la douce amande de tes yeux.
Ta bouche aux lèvres délicatement ourlées sont des fruits pleins de promesse, au voleur qui bientôt chapardera ton premier baiser.

Ma belle, ma gazelle, ta peau ambrée résonne de l'étrange mélopée du tam-tam africain au soir d'une journée de fête.
Elle proclame ton entrée dans le monde des femmes.
Petite-fille de roi, fille de prince n'oublie jamais tes racines.
Celles qui vibrent en toi.

Ton sang est fait de la poussière de la terre d'Afrique.
Du rugissement du lion dans la savane, de la cavalcade des gnous rejoignant le point d'eau pour s'y désaltérer, de la course bondissante des gazelles tentant d'échapper au léopard véloce, du rire sarcastique de la hyène voleuse, du guet patient de la lionne chasseresse, du troupeau majestueux des pachydermes à l'ivoire étincelante, des grands singes à la force herculéenne...

Ton grand-père, en des rites mystérieux convoquait tes ancêtres et présidait à la destinée de sa tribu.
Sa sagesse était renommée, ses décisions honorées.
De tous, il forçait le respect.

Mais ta silhouette gracile à l'égale d'une fragile tanagra tintent aussi de tes ancêtres venus du pays minier du nord de la France, des fileuses de coton de l'industrie textile, de l'émigrée italienne fuyant sa province miséreuse, du poseur de rail flamand participant à l'édification de notre réseau ferroviaire, du journalier corse vaquant de village en village en quête de précaires moyens de subsistances, de ton arrière grand-père, petit télégraphiste qui dès l'âge de 12 ans sillonnait les rues de Paris pour délivrer les plis qu'on lui confiait.

Et de tous ceux que tu ne connais pas encore et dont je te révélerai l'histoire.
Aucune loi alors ne défendait leur statut de travailleurs.
D'eux sont nés des syndicalistes, résistants, militants engagés refusant l'iniquité, la dictature, la tyrannie, la domination des plus forts exercée sur les plus faibles.
Eux ont lutté pour la liberté, l'égalité, la fraternité entre tous les peuples.
C'est de la croisée de tous ces chemins dont tu es issue.

Mon enfant, mon bijou,
N'écoute pas les sirènes audacieuses de ceux qui t'appellent :
-"Ma soeur...Cousine...", te faisant croire qu'ils ont droit sur toi.
Ces lourdauds irrespectueux ne voient que ton agréable physique, ta taille élancée, la courbe harmonieuse de tes reins cambrés, ta poitrine menue aux tétins dardés.
Ils utilisent ta délicieuse couleur pain d'épices comme un sésame à tous leurs désirs.

J'ai peur qu'un de ses balourds, customisé comme un tracteur de labour, possédant la grâce d'un néanderthalien primitif à l'esprit aussi vif et fécond qu'une terre stérile ne te blesse, ne t'éteigne.

Vole, mon enfant, papillonne, butine avant que de te poser.
Rayonne de ta pleine jeunesse.
Resplendis de ton éclat intérieur.
Fais toujours retentir tes rires comme d'immenses carillons joyeux.
Que ta vie soit belle, douce et chaleureuse.
Répands ce concentré de bonheur autour de toi !

Sois citoyenne et consciente.
Comme au soir d'avril 2002 où tu as pleuré en voyant s'afficher le visage de l'ignoble sur l'écran de notre téléviseur.
Lui n'a jamais caché ses idées.
D'autre ratisse dans cette poubelle abjecte aux effluves pestilentielles.
Toujours, il te faudra être vigilante.

L'honneur de tes ancêtres, de ta famille, c'est dans la diffusion des valeurs des lumières et de l'humanisme que tu le porteras.
N'abdique jamais devant ceux qui voudraient te faire croire que ton statut de femme te rend inférieur à eux.

N'accepte aucune prison fût-elle dorée .
Ni le joug d'un voile qu'il soit de soie, de dentelle ou de toute autre étoffe qui dénierait ta féminité.
Elle transformerait ton allure souple et féline en une pauvre et misérable chauve-souris prisonnière de sa geôle de tissu.

A ceux qui ne supporteraient pas ta beauté, je répondrai :
-" Si vous n'avez pas la force de vous détourner, vous qui vous prétendez forts, voilez votre face, aveuglez vos yeux et passez votre chemin. "

Khalil GIBRAN, admirable poète libanais dont tu découvriras un jour les textes disait :

-" ...Tes habits dissimulent beaucoup de ta beauté, mais ne cachent pourtant pas la laideur.
Bien que tu cherches à travers eux la liberté de la discrétion, tu risques d'y trouver un harnais et une chaîne.
J'aimerais que tu puisses saluer le soleil et le vent avec plus de peau et moins de vêture.
Car le souffle de la vie bouge dans le rayon du soleil, et sa main dans le vent...
Et n'oublie pas que la terre s'enchante de sentir tes pieds nus, que le vent aspire à jouer dans tes cheveux."

Petite fille, le jour où devenue femme tu feras ton choix :
Que celui qui sera doux à ton corps, le soit aussi à ton coeur et à ton esprit.
Que toujours il te respecte.
Et que de la petite flamme que j'ai allumée, il fasse de toi, par son amour, une flamboyante torche source de toute vie.

Et moi, ta mère-louve, la matriarche, au sein de laquelle tu t'es abreuvée de la sève nourricière, au soir de ma vie, dans la nuit ombreuse nimbée de l'astre lunaire, je veillerai et clamerai votre appartenance au clan des hommes libres.

Bon Anniversaire Ma Fille, Mon Enfant.

"

                                                 

par Circé publié dans : Naissance, Filiation, Généalogie et Politique communauté : blogsLOIRETcitoyens
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Jeudi 6 mars 2008
i quelqu'un avait besoin de comprendre :

Pourquoi je combats ce gouvernement ?
Pourquoi je milite auprès d'un parti de gauche ?
Pourquoi je m'investis pour que la liste de rassemblement de gauche arrive en tête et que Serge Grouard ne soit pas réélu ?
Pour mes enfants et mes petits enfants, je refuse de leur laisser une France dépecée par un Nicolas Sarkozy imbu de pouvoir et infatué d'orgueil

Et puis aussi :
Parce qu'il ne fait pas bon vivre dans cette ville d'Orléans malgré les dires de notre maire,
Parce qu'ici, les enfants, les adolescents et les jeunes en général ne sont pas les bienvenus,
Parce qu'il ne fait pas bon non plus être handicapé, vouloir se déplacer ou prendre le train, 
Parce qu'être étranger et sans papier est un délit qui vous fait risquer le centre de rétention en dépit de toute autre considération humanitaire, que vous soyez homme, femme ou même bébé de trois semaines,
Parce qu'à titre personnel ( mais ai-je ainsi été la seule à être ainsi humiliée ?) une employée de mairie a eu l'audace (sans doute autorisée par d'autres comportements?)de demander à mon compagnon lorsque nous avons déposé nos papiers pour nous marier "s'il parlait le Français ?" (Il est étranger)
Parce qu'enfin, ici, si vous n'êtes pas "nantis", vous êtes transparents et méprisés...

Et aussi entre autres choses : 
Les franchises médicales votées par Serge Grouard, la modification de la constitution pour invalider le référendum de 2005 qu'il a voté également, la non construction du tram, la diminution des aides aux associations, pas de logements sociaux (ou si peu) en vue mais beaucoup d'immeubles de standing, des prix de cantines prohibitifs, des quotients familiaux calculés en réintégrant les allocations familiales, pas de titres de transports pour les jeunes en difficulté, les chômeurs, pour les familles nombreuses etc, etc....et dois-je parler des vacances, de l'accès à la culture, aux soins ? Liste absolument pas exhaustive et pouvant être "enrichie" à tout moment....

par Circé publié dans : Naissance, Filiation, Généalogie et Politique communauté : blogsLOIRETcitoyens
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Vendredi 11 janvier 2008
Eprouvez-vous ce genre de sentiments, ces ressentis un peu particulier qui vous imposent malgré vous comme une suspension, une trêve incongrue dans le temps.
Non pas que vous n'ayiez rien à dire, ni même que vous vouliez vous taire .
Car l'actualité est "riche" d'événements à souligner à dénoncer.

Un président qui, pêle-mêle prétend :
- conduire une "politique de civilisation", 
- en finir avec les 35H, et par voie de conséquence avec la durée légale du temps de travail, les heures supplémentaires, les contrats de travail, 
- décider de la fin de la publicité sur les chaînes publiques, grand énième cadeau fait à son ami Bouygues et aux actionnaires des chaînes privées dont les actions se sont littéralement envolées(entre 13 et 17%) suite à cette annonce, 
- décider unilatéralement que les entreprises vont devoir payer des primes d'intéressement et autres tout en reconnaissant qu'il n'aucun pouvoir sur elles, 
- diviser par deux le nombre des fonctionnaires...,

Mais surtout reconnaît sa faillite en matière de pouvoir d'achat, grand thème de sa campagne électorale : " Je serai le président du pouvoir d'achat ".
Mais voilà, "les caisses sont vides" , et on peut légitimement se demander pourquoi après les cadeaux de 15 milliards d'euros faits aux plus riches d'entre les riches en juillet dernier.
Il me semble cependant qu'il a encore toutes ses dents.
Il en a pris grand soin et ne les a pas abîmées, ni cassées en allant le chercher...

Une politique de civilisation, mais laquelle d'ailleurs ? 
Celles des anciens rois de France, monarques absolus qui avaient droit de vie et mort sur le Tiers-Etat, la valetaille tout juste bonne à les servir sans broncher, taillable et corvéable à merci ?

Car que nous dit-il, sinon, faites ce que je vous dis et ne demandez surtout pas à bénéficier de ce que je m'octroie avec opulence ?

Pour couronner le tout un livre paraît aujourd'hui. 
Son ex-épouse y révélerait sous la plume de la journaliste Anna Bitton du Point :

" Nicolas est un sauteur !
" Il ne se conduit pas bien."
" Nicolas est pingre. Il est généreux quand on est avec lui; si on le quitte, c'est fini."
" Nicolas, c'est un homme politique, il n'est pas de la même espèce que nous, il n'a pas les mêmes codes, pas la même morale. C'est pour cela qu'il est arrivé là où il est."
" Un homme qui n'aime personne, même pas ses enfants"
" Même lui, il faut le protéger, il a un côté ridicule."
" Il n'est pas digne !"
" Nicolas, il ne fait pas président de la République, il a un réel problème de comportement. Il faut que quelqu'un le lui dise, j'ai fait cela pendant dix-huit ans, je ne peux plus le faire, je suis désormais la dernière à pouvoir le faire."
" Nicolas n'a pas d'amis. C'est pour cela qu'il s'entoure des miens." 

Et aussi :
« Son entourage ? Une bande malfaisante (…) de jeunes mecs qui se sont retrouvés gonflés de pouvoir et qui se sont pris pour les princes de Paris ».
 

A vrai dire, tout cela ne nous apporte rien de neuf sur le personnage que nombre d'entre nous pressentait déjà.
Tous les stigmates étaient présents mais :
" Il n'y a pire aveugle que celui qui ne veut pas voir !"

Le pire étant bien qu'il soit notre Président de la République.
Et qu'il a donc ainsi un pouvoir certain de nuisance.
Mais ceci n'est qu'un aparté.
Aujourd'hui est une date particulière. 


Je guette l'appel qui me fera de nouveau grand-mère, me libèrera de mes inquiétudes quant à la santé de ma fille et de son enfant.
Il me replonge aussi il y a sept ans jour pour jour :

-"Allo..., c'est maman. J'ai une bien triste nouvelle à t'apprendre ton oncle G. est mort.
Tu connais la situation actuelle avec son ex-femme. Elle prétend tout organiser. Ta tante, ton père et moi n'assisterons pas à ses funérailles. Tes frères non plus. Nous ne voulons pas risquer de transformer cet instant en règlement de compte, et sa présence nous est proprement insupportable".

-"Maman, il n'est pas question pour moi de ne pas y assister. Je le lui dois, et je vous représenterai tous."

Toutes les vacances passées chez mes grands parents étaient en train de ressurgir.
Mon père né avant la guerre de 1939-45 avaient une soeur et un frère de 10 et 13 ans ses cadets.
Ma tante et mon oncle, c'était mon enfance.

Ma tante je l'admirais.
C'était déjà une jolie jeune fille alors que je n'étais encore qu'une enfant.
Ses boucles courtes, ses tenues vestimentaires, on ne peut plus hérétique pour l'époque, pantalon rock n'roll, bustier vichy, ses copines et leurs chuchotements ponctués de grands éclats de rires, le twist qu'elle n'a pas manqué de m'apprendre sont entre autre des souvenirs toujours vivaces et prégnants.

On nous prenait souvent pour des soeurs.

Pour la grande soeur et le petit frère aussi, puisque portant les cheveux courts comme elle et vêtue de short, on pouvait se tromper sur mon identité sexuelle.
J'aimais beaucoup en jouer et je n'avais pas manqué de me gausser de l'inévitable représentant en aspirateur qui m'avait appelé "jeune homme".

Avec mon oncle, nous n'avions que huit d'années d'écart.
Et je me souvenais.

La petite rivière où nous allions chaque après-midi.
La poussière jaune du petit chemin soulevée à chaque pas, brillante du soleil d'été, que nous empruntions à grand renfort de comptines chantées à tue-tête pour nous donner rythme et courage.
Il y avait bien 4 kms et pour des petites jambes, cela comptait, surtout au retour.

Les champs de blés ou rayonnaient coquelicots, bleuets et marguerites sauvages.
Le bourdonnement des insectes, le soleil qui chauffait nos épaules.
Et puis, à l'approche du vallon la senteur fade et odorante de la vase déployait ses effluves.
Le bruissement des feuilles des peupliers, le chant de l'eau sur les pierres envahissaient nos oreilles et nous dévalions jusqu'à la berge.

Le vol bleuté des libellules entre les ajoncs, le glissement charmant des araignées patineuses nous confirmaient notre arrivée.
La longue chevelure ondoyante des plantes aquatiques, si délicieusement désagréable lorsque l'on apprend à nager nous chatouillait les jambes.
Elle alimentait mes terreurs nocturnes, mais qu'importe.
J'aimais jusqu'à mes peurs.

Enfin, l'odeur de la menthe poivrée mettait sa touche finale.
Un après-midi rires, jeux, et baignades nous attendait.
Et un goûter pantagruélique préparé par ma grand-mère couronnait le tout.

Il y avait aussi les longues parties de pêche.
Armée d'une branche d'arbre bien flexible que mon oncle venait de couper, transformer en canne de fortune équipée par ses soins de fil à pêche, d'un bouchon et d'un hameçon traversé d'un asticot remuant et tortillant à souhait, je prenais quelques gardons, des vairons et comble de fortune, des grenouilles.
Nous avons tous des souvenirs de cruauté infantile.
Mon oncle parfois las de les assommer leur coupait les pattes arrières sans même les tuer et les rejetait à l'eau.
Elles faisaient alors le bonheur du prédateur local : le brochet.

Mon oncle, c'était aussi les promenades dans les chemins herbeux, couverts de rosée matinale dès le mois de septembre.
Nous y trouvions là des champignons rosés.
D'autres effectuées en forêt à arpenter le sous-bois moussu en quête de girolle, coulemelle, cèpe de bordeaux ou autre tête de nègre ventrue.
J'aimais le bruit des feuilles que nous foulions et l'odeur d'humus qu'elles exhalaient.
Le bruit sec du petit branchage qui cède sous nos pas et beaucoup moins les buissons de ronce d'où nous ressortions les jambes abondamment couvertes de griffures.

G. aimait aussi la chasse.
Mais je refusais désormais de l'y accompagner.
Je ne l'avais fait qu'une fois.
Je ne supportais pas la vue des animaux morts, le contact de leur corps encore tiède.
Je devais alors ramasser faisans, canards, perdrix ou autre hase, femelle du lièvre encore dégoulinant du lait dont elle nourrissait ses petits.
Mon oncle aurait du avoir un métier en rapport avec la nature, mais cela ne s'est pas fait.
Dans le village, il était surnommé le braconnier, car quelque soit l'endroit où il allait, il trouvait du gibier.

Et puis il a grandi, comme moi.
Il s'est marié avec une jeune femme du village qu'il habitait.

Autrefois, il avait été très amoureux d'une autre jeune fille.
Malheureusement il était parti pour l'Allemagne pour effectuer son service militaire en 1968.
Pas de permission, ni de courrier.
L'armée était en alerte aux frontières et par conséquent aucun contact avec la famille, encore moins avec les "amoureuses".
Pratiquement 18 mois sans nouvelles.

Elle a fini par rencontrer un autre jeune homme.
Qui ne lui a laissé pour souvenir qu'une petite fille et le difficile statut pour l'époque de fille mère.
Lorsque G. est revenu, ils se sont revus.
Je pense qu'ils étaient toujours amoureux l'un de l'autre et que mon oncle était prêt à reconnaître son enfant.

Mais ma grand-mère a vigoureusement refusé cette situation et à tout mis en oeuvre pour que son plus jeune fils cesse tout contact, dans les plus brefs délais.
Cela n'a pas été facile.
Et N. est finalement partie au bout de quelques mois.

Mon oncle s'est alors tournée vers celle qui allait devenir sa femme.
Tous deux étaient blessés.

G. par son aventure amoureuse déçue, elle, par la minuscule société que composait ce village.

Elle était née de père inconnu et avait beaucoup souffert des quolibets de ses camarades de classe.
Sa mère, comble d'infortune, l'habillait comme une miséreuse.
Elle récupérait aux "fouilles" ( c'est ainsi que l'on nommait un dépotoir ), ses vêtements et ses chaussures qu'inévitablement les autres enfants reconnaissaient comme avoir été les leurs.
Les chaussures trop petites qu'elles avaient du porter lui avaient affreusement déformé les pieds.

Je me souviens d'elle, à cette époque comme une toute jeune fille triste, peureuse manquant de confiance en elle. Et pour cause !

Puis elle avait travaillé, s'était dégagée de la tutelle de sa mère.
L'horrible petite chenille que tout le monde s'ingéniait à moquer était devenue une jolie jeune femme.

Pourtant, associer deux blessures amène rarement le bonheur.
Leur couple était disparate, sans véritable amour et cela les tuait tous deux à petit feu de manière différente.

Ma tante reproduisait le schéma de son enfance: moquerie, humiliations diverses et variées.
Mon oncle fuyait la maison en rendant visite à sa mère, et devenait un gros buveur, étape précédent l'alcoolisme avéré.

Quand on n'est pas heureux, on peut aussi être d'une cruauté incroyable.
Disputes, sarcasmes mutuels en tout genre...
L'inéluctable travail de sape était en route.

Puis un jour, ma tante est partie.
Emmenant ses enfants, le mobilier, l'argent...
Des détails plus sordides et abjects les uns que les autres vont se surajouter.

Cependant, avant que son mariage ne s'écroule définitivement, l'échec de son couple avait rendu l'oncle que j'aimais tant, acariâtre, infect parfois jusqu'à l'odieux.
Il était d'une intolérance infâme et tenait des propos scandaleux sur tout.
Les femmes, les homosexuels, les bougnoules, ratons, négros et moi, qui avait osé partir et divorcer !

Il était arrivé un jour chez moi, furieux et hors de lui parce qu'il s'était aperçu que je m'étais rendue sur la tombe de mes grands parents au lendemain du baptême de ma première fille métisse.
Mes grands parents refusaient les "pèlerinages" obligatoires, en particulier la Toussaint.
Ils nous avaient demandé expressément de ne pas venir fleurir leur tombe.
Si nous avions un événement à partager où si nous voulions nous recueillir et penser à eux, leur volonté était que nous venions boire un verre de bon vin sur leur tombe.
Et c'est ce que j'avais fait pour le baptême de ma fille.

Dans la culture de mon compagnon existait un rite similaire.
Verser de la bière sur la tombe des ancêtres pour les honorer.
Pour moi, cela a été du champagne.

Scandale, grand scandale !

J'ai tout entendu, été traitée de tous les noms et menacée d'être abattue d'un coup de fusil en pleine tête si je revenais au cimetière.
J'ai souri à mon oncle, ai en vain tenté de lui expliquer que je n'avais pas manqué de respect à ses parents qui étaient aussi mes grands parents, que je retournerai quand je voudrai sur leur tombe, et que je l'attendrai comme aujourd'hui pour lui ouvrir la porte.
Je n'ai pas manqué, malgré tout de lui faire remarquer que décidément entre mon ex-mari et lui, l'attitude était bien identique, que seule la violence les gouvernait.
Mais G. n'est pas revenu dans ces conditions.

Son divorce consommé, il n'était plus qu'une épave humaine ingurgitant litre d'alcool sur litre d'alcool et ce dès son réveil.
Tout faisait foin.
Et cependant, plus il sombrait, plus l'alcool libérait son humanité.
Il redevenait mon oncle, celui de mon enfance.

Pour avoir bu dans tous les recoins imaginables de la ville, il avait rencontré toute sorte de personnages qu'il honnissait, vilipendait autrefois.
Il fréquentait désormais les prostituées, qui ne refusaient pas de boire un verre en sa compagnie, les homosexuels qu'il côtoyait selon le bar où il échouait dans ses beuveries et qui écoutaient patiemment ses souffrances, son mal de vivre.
Sans arrière pensée aucune.

Et même moi, la "Négresse" surnom fort élégant et élogieux dont m'avait affublé mon ex-mari et qu'il avait sien avant ces événements.
Informée par ma mère de son état, j'étais passée le voir à l'improviste.
Je l'ai découvert dans le noir, volets clos, assis à sa table.
Le fusil y était déposé, tourné dans sa direction.

Découvrant la scène, je lui ai demandé d'une voix blanche de ne pas faire "le con.".
Je portais dans mes bras ma dernière-née âgée de quelques semaines et tenait à la main son aînée qui allait fêter ses trois ans.
-"C'est vrai ? Tu es avec les petites ?"
-"Mais oui, elles sont là."
-"Alors tu n'as rien à craindre."

Nous avons parlé pendant plus de deux heures, j'ai réussi cette fois à le faire hospitaliser avec son accord.
Je lui ai confisqué son arme.
En pleurant, il me suppliait de venir le voir, en compagnie même du père de mes filles désormais le bienvenu.

Mon père et sa soeur quant à eux, n'en pouvaient plus.
C'est vrai qu'avoir un alcoolique à la dérive auprès de vous, est complètement destructeur.
Mon oncle n'arrêtait pas de les solliciter à toute heure du jour et de la nuit, utilisant tous les stratagèmes pour ne pas être seul, même celui du chantage affectif.
Ils ont tout fait, tout tenté et puis la lassitude a pris le dessus.
Comment le leur reprocher.

Pour ma part, je n'ai pu le convaincre de se faire aider par l'association des alcooliques anonymes. Il faut une volonté individuelle pour y arriver.
Une amie infirmière s'occupait d'une petite structure hospitalière de jour spécialisée en alcoologie.

J'y ai emmené G.
Au bout de quelque temps mon amie est venue me voir.
Si mon oncle était drôle ( et oui, l'alcool lui donnait humour et dérision), gentil, sans une once de violence, s'il participait bien aux groupes de paroles, il entrainait aussi dans son alcoolisme incontrolable certains de ses patients en phase de sevrage.
Elle ne pouvait rien faire pour lui, en tout état de cause, puisqu'il n'était visiblement pas prêt.

Et puis j'ai déménagé et suis partie dans une autre ville.
J'ai continué à avoir des contacts téléphoniques épisodiques avec lui.
Et ma mère m'apprenait sa fin.

Peu de temps auparavant il avait pris soin de tous nous appeler pour présenter ses voeux.
Nous pensions alors qu'il allait mieux, mais il nous faisait ses adieux.
Un soir de janvier il a mis sa télévision en marche, a bu un cocktail alcool-antidépresseur-anxyolitique et s'est endormi à jamais .

C'était il y a sept ans.
Ma petite fille va naître ou est déjà née.
J'attends.
Le cycle de la vie qui s'accomplit.
Un être s'en va, un autre vient.

par Circé publié dans : Naissance, Filiation, Généalogie et Politique communauté : blogsLOIRETcitoyens
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Samedi 5 janvier 2008

C'est un appel banal sur mon portable.undefined
Etrangement, j'ai une sensation d'agréable redite.
Comme s'il s'agissait du même coup de fil reçu il y a un peu plus de huit années maintenant.
C'est à cette époque que j'avais commencé à écrire :

par Circé publié dans : Naissance, Filiation, Généalogie et Politique communauté : blogsLOIRETcitoyens
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