Mardi 22 juillet 2008

Je suis sur mon vélo et je rentre en flânant à mon domicile.
Un rien légère, déconnectée, savourant l'un de ces petits bonheurs qui vous rendent parfois un peu de fierté et de légitimité, qui vous conforte sur le bien-fondé de votre action.
Oh...un petit bonheur, juste un que j'apprécie d'autant plus que rien n'est réglé mais qu'une étape importante et délicate est franchie :
Ce soir, Houari est libre.

Le juge des Libertés du tribunal d'Orléans a tranché.
L'arrestation de Houari dans les locaux de la Préfecture du Loiret alors qu'il s'y rendait de son plein gré est bien jugée illégale et déloyale.
Son maintien en centre de rétention compte-tenu de son état de santé aussi.
Et ce n'est pas rien comme jugement croyez-moi, car en clair, la Préfecture du Loiret a été désavouée.

Dans l'après-midi près d'une soixantaine de personnes avait répondu aux différents appels à soutien et la salle du tribunal était comble.
Sa famille, ses amis venus en nombre, des représentants de tous les collectifs, associations, syndicats et partis engagés auprès des sans-papiers aussi.
Et puis des anonymes ou de simples citoyens telle la fille de Jacques MONOD venus pour apporter leur soutien, indignés tant par la façon dont Houari a été arrêté que par cette procédure arbitraire qui a fait de lui un sans-papier.
Et bien entendu il y avait les médias.

Il était important que nous soyons nombreux.
J'avais relayé, fais marcher tous les relais possibles et imaginables.
De son côté Antonio journaliste avait fait un vibrant appel à mobilisation sur son site (vous pouvez le consulter en cliquant sur son prénom).
Et enfin tout le monde à sa mesure avait sollicité son réseau amical et personnel.

60 personnes à venir, nous n'avions jamais vu cela.
Les consciences se réveilleraient-elles ? J'aimerai le croire.
L'atmosphère était particulière, chacun se regardant n'étant pas sûr d'être venu pour la même raison, mais tellement surpris et satisfait ensuite de constater que c'était bien pour Houari .

Nombreux étaient ceux aussi qui ne savaient pas comment cela allait se passer, le temps qu'il faudrait attendre ensuite pour connaître la décision du juge.
Les explications données aux uns, les questions auxquelles on répond le mieux possible aux autres.
Et puis l'attente...
Longue, stressante,angoissante.

Certains sont obligés de partir, mais laissent leurs coordonnées téléphoniques ou leurs "mails".
Ils partent à contre-coeur, mais il est déjà plus de 17h30 et nous attendons toujours.
Ils seront bien entendu avertis dès que sera connue la décision du juge.

Pendant ce temps-là, toutes les options sont envisagées et les stratégies pour aider Houari mises en place.
Nous savons tous pertinemment que si Houari est maintenu en rétention, il sera dès ce soir amené au plus près d'un aéroport parisien pour ensuite être expulsé le plus rapidement possible.

Et ceci malgré l'appel auprès de la Cour d'appel de Nantes pour faire casser l'arrêté de reconduite à la frontière ainsi que l'Ordre de Quitter le Territoire Français.
Cet appel n'est en effet nullement suspensif de la procédure d'expulsion.
Elle continue.

Le grand "jeu" pour les tenants de la politique des quotas des Sarkozy-Hortefeux étant de les renvoyer rapidement durant ces premiers 15 jours de mesure de placement en centre de rétention. Tout va alors très vite .

Un laisser-passer est demandé aux pays d'origine pour ceux qui n'ont pas de passeport et dès que celui-ci est accordé, le premier vol suivant est "réservé" pour y recevoir un ou des sans-papiers parmi la foule de passagers, touristes, vacanciers qui se rendent à l'étranger.
Ainsi une fois que la personne est refoulée, le compteur peut tourner triomphalement.

Pour Houari, heureusement pour l'instant cette étape a été court-circuitée légalement par l'ordonnance du juge. Mais pour lui rien n'est fini.
Il est toujours "sans-papier" puisque la préfecture a refusé de lui renouveler son titre de séjour. Il est toujours expulsable.
Ce qui veut dire également sans aucun moyen de subsistance, ni possibilité de poursuivre ses soins.

La meilleure solution possible pour que Houari retrouve une vie "Normale" est actuellement en cours d'étude.

Pour ma part, je suis prête et déterminée à en faire appel auprès de Martin Hirsch ainsi que de Roselyne Bachelot.
Eric Taillandier, président de l'association "Les Malades Solidaires" nous apporte son soutien ainsi que Bruno-Pascal Chevalier président de "Ensemble pour une santé solidaire".
Nous allons sans doute aussi solliciter l'Association des Paralysés de France.

Mais ceci est sans doute une autre histoire...

Houari est donc libre.
Je suis rassurée, un membre de sa famille va aller le chercher à Cercottes.
La procédure est ainsi. Il a été arrêté à la préfecture, conduit à Cercottes, présenté au juge, libéré mais devant le centre de rétention.
Pour ceux qui connaissent Cercottes, sans personne pour venir vous chercher, c'est peu ou prou à 12 kms à pied du centre ville d'Orléans.

Pour l'instant Je rentre chez moi, découvre ma messagerie et un message posté sur mon dernier billet.
Un petit rayon de soleil supplémentaire ce soir, comme un supplément d'âme :
" Coucou maman, c'est clara c'était pour te dire que tu me manque et que je t'aime. "
Moi aussi je t'aime Ma Chérie, Ma Poussinette.

Une soirée à décompresser, une nuit enfin à dormir complètement, le petit matin et puis la sonnerie du téléphone résonne :
" Bonjour, c'est Mr B. nous nous sommes vus hier au tribunal . Je suis passé après Houari, ils m'ont transféré cette nuit au centre de rétention du Mesnil-Amelot, qu'est-ce que je dois faire ?..."
 
....

par Circé publié dans : Droits de l'Homme, Sans-Papier et politique communauté : blogsLOIRETcitoyens
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Dimanche 20 juillet 2008


Il est des parallèles que l'on peut faire rapidement, parfois peut-être trop vite d'ailleurs.
Cependant sont-ils justifiés ? Erronés ?
Seule l'Histoire avec un grand "H" pourra nous répondre .
Bien évidemment pas dans l'immédiat puisqu'elle se lit toujours par l'Historien après un nécessaire travail de recherche et d'analyse minutieuses.

Toujours est-il que ce matin se déroulait à Orléans, place de la République, une commémoration de la rafle du "Vél d'Hiv" de juillet 1942 ainsi qu'une journée consacrée aux "Justes d'entre les Justes".

Ce n'est qu'hier fort tard que j'ai eu cette information.
Et pourtant je n'ai pu faire autrement que de réagir en citoyenne, militante des Droits Humains, fille d'ancien combattant comme nombre de ceux qui m'accompagnaient, petite-fille de déportée, tout comme V. est la petite fille d'un compagnon de la Libération, ami du Colonel Rol Tanguy.

Ces "pedigree" ne sont pas énoncés pour se rengorger, en quoi en sommes-nous d'ailleurs comptables ?
Sinon pour les valeurs en lesquelles nos aînés, à fortiori nos parents et grands-parents ont cru et se sont levés pour les défendre.
Ces mêmes valeurs, ils nous les ont transmises. Elles forgent ce que nous sommes, ce que nous pensons, ce que nous jugeons justes pour chacun d'entre nous, que nous soyons jeunes ou vieux, femmes ou hommes, étrangers ou nationaux.

Serions-nous prêt(e)s à nous lever, à résister, à combattre si par grand malheur notre pays avait à devoir faire face de nouveau à la "Bête Immonde" ?
Qui peut préjuger de l'âme humaine ?

Avons-nous eu tort, avons-nous eu raison ?
Ce matin nous avons été "8", 8 citoyen(ne)s à protester, EN SILENCE contre la mise en oeuvre d'une politique odieuse des expulsions, qui non contente d'être arbitraire et inhumaine fabrique désormais articiellement des clandestins pour que le chiffre au compteur de la "machine à éjecter" estampillée Sarkozy-Hortefeux tourne dans le sens du plus gros chiffre possible.

C'est fort tard dans la soirée d'hier que j'ai contacté des amis et connaissances pour leur expliquer la façon dont je comptais procéder pour cette protestation (et non manifestation) .
Il était important pour moi que nous ne perturbions en rien cette cérémonie.
Nous devions y assister en silence, sans en troubler l'ordonnancement et la solennité.

Dans le même temps, j'avais contacté l'une des personnalités emblématiques de cette cérémonie du souvenir, pour lui expliquer ce que je souhaitais faire et prendre connaissance de son ressenti quant à ce type d'actions.
Je sais qu'elle est très proche de nous, nous soutient le plus possible par sa présence  lorsqu'elle le peut au sein des tribunaux.

Ici, pas de désaccord formel, ni d'aquiescement sans réserve dois-je ajouter.
Elle comprend notre action.
Ce matin, elle est venue nous saluer en début de cérémonie, nous demandant de n'intervenir qu'à la fin, ce qui était de toute façon prévu. Ce que nous avons fait.
Toujours en silence bien entendu.

Après les Lectures poignantes de lettres d'enfants retenus à Beaune La Rolande avant d'être déportés vers Auschwitz pour y être gazés, la lecture du témoignage d'une jeune fille qui assiste à l'arrestation de ses parents lors de la rafle du Vel d'Hiv et se retrouve seule et sans-papier, l'intervention de Mme Klein présidente du CRIF, le Secrétaire Général de la Préfecture du Loiret Mr Bergue, s'est contenté de lire le discours de Mr Jean-Marie BOCQUEL, secrétaire d'état aux anciens combattants.  

Rapidement et sans âme, accrochant sur des mots révélateurs - que tout bon psychanalyste utiliserait pour dresser une personnalité - il a ensuite procédé au traditionnel dépôt de gerbes de fleurs.
Puis la sonnerie aux morts a retenti, suivi de l'hymne national et pour clore la cérémonie la minute de silence.

Enfin, nous pensions que la cérémonie était terminée. (Ce qui n'était pas le cas !)
Aussi nous avons rapidement pris les pancartes que nous avions préparées qui égrenaient les noms des différents cas de sans-papiers que nous avons suivis pour nous les accrocher toujours en silence autour du cou.
Et bien entendu, Houari était en bonne place.

Seulement voilà, la Prière aux Morts avait lieu juste à cet instant. 
C'est ce que nous a fait remarqué le "Maître de cérémonie" ou "grand chambellan " ou...Peu importe et navrée,  je ne connais pas son titre et sa fonction exacts .
Cependant c'est cette prière qui mettait un point final à la célébration.

Aussi, nous nous sommes naturellement dirigés vers Mme Klein pour lui expliquer notre attitude, lui affirmant que nous n'avions nullement souhaité choquer ou manquer de respect à la Communauté Juive d'Orléans.
Seule notre ignorance nous avait fait commettre cette bévue, et à l'avance nous présentions nos excuses si l'un d'entre eux avait pu être blessé par notre attitude.

Car c'est bien la conduite de la Préfecture et son zèle à mettre en oeuvre la politique des quotas des Sarkozy-Hortefeux que nous voulions dénoncer et rien d'autre.
Aujourd'hui, des clandestins fabriqués tout à fait artificiellement viennent grossir "à bon compte" au propre comme au figuré les statistiques départementales et gouvernementales des expulsions.

Incroyable lorsque l'on sait que le rapport Mazeaud dénonce comme « inefficaces », « irréalisables » et « sans intérêt » cette politique désastreuse et inhumaine .
Beaucoup sont venus nous voir, dont une conseillère qui nous a dit sa satisfaction de nous voir là, qu'effectivement nous y avions toute notre place.

Mme Klein présidente du CRIF a compris notre action et était d'accord avec nous à bien des égards.
Elle nous a cependant mis en garde contre les amalgames.
Ce à quoi nous lui avons répondu qu'avant d'en arriver à 1942, des lois et décrets, une politique sournoise et rampante avaient conduits à cette situation.
Nous sommes tombés d'accord sur cette analyse.

Je ne sais ce que ressentent ceux qui ont oeuvré pour une cause juste.
Sans doute quelque chose ressemblant au sentiment que nous éprouvions en fin de cérémonie malgré les rodomontades d'un ancien combattant provocateur qui passant à notre proximité s'est écrié :
" On devrait tous les expulser !"

Malgré cela, nous étions "8" à être fiers du devoir accompli.
Celui de la vigilance et de la non-acceptation aveugle de directive sans âme ni humanité.

"8" à dire NON et à être VIGILANTS .
 "8" aujourd'hui, pour aujourd'hui seulement à se sentir libres de s'exprimer et de résister.

Demain est un autre jour, et demain amènera sans nul doute son lot d'arrestations inutiles et honteuses.

Pour Houari et tous les Houari existants, pour Onur et sa famille, pour Alexandre, Rajaa, Khatsan, Raimundo, Daouda, Zafar-Ali...et tous ceux que je ne peux nommer ici, liste longue, bien trop longue, qui n'en finit pas de grandir de manière éhontée, soyons demain au Tribunal d'Orléans, salle 3 à 14h30 auprès de Houari.


photos, propriété exclusive d'Antonio DIAS,  site : www.agorapress.com
Merci à lui pour ce prêt.

Voir aussi son excellent article intitulé : Ombres et Lumières lors de la cérémonie officielle des Justes.

par Circé publié dans : Droits de l'Homme, Sans-Papier et politique communauté : blogsLOIRETcitoyens
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Vendredi 18 juillet 2008

C'est aujourd'hui que Houari Djebbar passait devant le juge aux libertés.
Comme à chaque fois dans ce genre de cas, la façon de procéder pour l'arrestation a été contestée et jugée illégitime par le juge des Libertés.
Comme à chaque fois aussi malheureusement, la Préfecture sure et certaine de son bon (mauvais) droit a fait appel.

Par conséquent, non seulement Houari est maintenu en Centre de Rétention pour tout le week-end qui s'amorce, mais sera de nouveau présenté devant le juge au Tribunal rue de la Bretonnerie Lundi Prochain 21 juillet 2008 à 14 heures, salle 3.

Deux grands jours pour lui à attendre dans l'angoisse, la solitude et tous les sérieux problèmes que lui causent cette rétention.
Car comme je vous l'ai indiqué, précisé précédemment Houari n'a pas l'usage de ses bras.
Dans quelques semaines il devait subir une greffe des tendons à son bras droit (tendons pris sur sa cuisse) afin de retrouver un semblant de mobilité de ce membre .
Ce n'est absolument pas le cas actuellement, tout juste peut-il bouger un peu ses doigts restants.

Hier par exemple, Houari n'a pas pu se nourrir.
Il est incapable de couper ses aliments, ni même de les porter à sa bouche avec une cuillère.
Il se nourrit d'aliments mixés à l'aide d'une paille, ou bien il faut le faire manger .
Autre exemple, ce sont les policiers qui ce matin l'ont aidé pour se préparer et se vêtir afin d'être présenté au juge des libertés.

J'ai eu l'occasion de discuter avec certains d'entre eux qui visiblement réprouvaient ce pour quoi ils avaient été employés.
Ils espéraient vivement sa remise en liberté.
- " Si vous parlez de nous, dites que nous avons été corrects et gentils avec lui..." m'a dit l'un d'entre eux, entendant notre réprobation ( le groupe que nous étions ) quant aux méthodes utilisées par la Préfecture du Loiret qui fait du chiffre à bon compte en créant artificiellement des sans-papiers.

Nous parlions bien alors de la Préfecture, de ceux qui y officient et non de ces policiers.
C'est ce que nous leur avons répondu et affirmé, sans que cela soulage le moins du monde leur mal-être.

Les amis de Houari qui étaient présents espéraient eux-aussi une issue heureuse.
Pour ma part, il ne faisait aucun doute qu'aveuglément et sans état d'âme la Préfecture ferait appel.
Alors qu'il y a quelques jours à peine, l'un de ses responsables se targuait encore avec véhémence, la main sur le coeur d'étudier les dossiers de chacun avec humanité.

Je crois que nous ne devons pas avoir la même définition de ce mot dans nos dictionnaires respectifs, ni sans doute les mêmes conscience et morale.
Parfois, il m'arrive de me demander si ces gens-là peuvent encore dormir sur leurs deux oreilles du sommeil du " Juste", comme auraient dit mes grands-parents ou pouvoir tout simplement se regarder dans un miroir.

A moins qu'à l'instar de Dorian Gray il ne possède un tableau qui se flétrisse au fur et à mesure de leurs exactions de plus en plus détestables et méprisables.
Ou peut-être vont-ils épancher dans le secret d'un confessionnal quelconque leur trop plein de honte et d'indignité ?

En tout état de cause, c'est avec la vie de personne, d'êtres humains qu'ils sont en train de jouer pour une hypothétique reconnaissance d'un pseudo devoir accompli.
Les fonctionnaires de Vichy étaient sûrs de leur légitimité.
Aurions-nous des années plus tard, des relents d'attitude inqualifiable et infâmante ?

Je vous laisse vous faire votre opinion vous-même.

Quant à Houari, un rassemblement est organisé demain :
Samedi 19 juillet à 11 heures à La Source devant l'entrée du marché des chèques postaux.
Ses amis, sa famille et tous ceux qui s'associent à cette démarche seront là. 
Et pourquoi pas vous ? Vous y serez de toute façon les bienvenus.

Un autre rassemblement sera organisé la semaine prochaine devant la préfecture pour protester contre ces méthodes indignes.
La date n'est pas encore définie.
Dès qu'elle sera connue, je vous en ferai part.

Et pour ceux qui le peuvent :
Rendez-vous lundi 21 juillet 2008 à 14 h au tribunal d'Orléans
pour être aux côtés de Houari, lui montrer que nous nous mobilisons, qu'il n'est pas seul.
La France n'est pas le modèle apathique et dénaturé que voudraient nous contraindre à accepter les Sarkozy-Hortefeux.
 
" Liberté, Egalité et Fraternité " ne sont pas, ne seront jamais de vains mots . 

par Circé publié dans : Droits de l'Homme, Sans-Papier et politique communauté : blogsLOIRETcitoyens
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Jeudi 17 juillet 2008
Ce n'est pas Houari que je devais évoquer dans ce billet.
Mais avec la politique des quotas de Tsarkozy Ier, secondé de main de maître par un Hortefeux, loyal vassal de son suzerain ainsi que d'une préfecture du Loiret plus que parfaite en matière de représentants zélés et empressés pour répondre aux moindres désirs de leurs maîtres - pour ne pas dire les devancer-,  me voici donc à vous parler de Houari.
Et il y a URGENCE.

C'est en 2005 que Houari est arrivé en France tout à lait légalement.
Houari a été victime en Algérie, pays dont il est ressortissant, d'un épouvantable accident du travail : électrocution sur un chantier de construction par un câble à haut voltage.

Brûlures, coma...
Des accords passés rapidement entre les deux états lorsqu'il a eu repris connaissance et un peu de force lui ont permis d'arriver rapidement sur le territoire français.
Dans l'espoir de bénéficier d'opérations et soins particuliers pour tenter de sauver son second bras.
Pour le premier, il était trop tard et c'est donc mutilé, amputé d'un bras qu'il est arrivé en France. 

En Europe, les deux praticiens reconnus pour leurs compétences, dans ce domaine si particulier et ce type de pathologie, se trouvent à Paris.
A l'hôpital Rostchild exactement.
C'est donc là que Houari a été pris en charge et opéré rapidement.
Oh, pas une ou deux opérations, non, pas moins d'une dizaine si ma mémoire est bonne .
D'autres sont encore à venir. 

Mais les résultats sont là : Houari ne sera pas amputé de son second bras.
Il a retrouvé un semblant de sensibilité de ses doigts.
Il ne peut pas encore les bouger normalement.
Mais avec les prothèses qu'il porte et doit changer régulièrement tous les deux mois selon les indications des spécialistes, il a bon espoir après les autres  interventions qui l'attendent de retrouver l'usage complet de son bras et de sa main.

Quant à son amputation, son moignon de bras est appareillé et Houari semble bien supporter sa prothèse .
Mais au fait, je ne vous ai pas présenté Houari.
Houari n'a pas trente ans.
Il est grand. Un jeune homme plutôt beau garçon, à la chevelure noire et bouclée .
Des yeux sombres, un teint doré et un sourire timide et triste complètent le tableau.

Avoir un bras en moins en Algérie est une situation peu enviable.
Perdre les deux, c'est perdre toute capacité à vivre normalement, à s'assumer, fonder une famille, vivre normalement tout simplement.

En janvier dernier, le préfet du loiret a refusé de proroger son titre de séjour pour raisons de santé.
Pourtant le dossier médical dont il dispose plaide largement en sa faveur.
Les deux chirurgiens spécialistes qui le suivent ont détaillé sa pathologie, les soins qui lui restaient à recevoir, les opérations chirurgicales encore à subir.
Mais sans doute notre préfet est-il spécialiste et lui-même grand thaumaturge pour décider en toute mauvaise foi et partialité que son dossier n'était ni important, ni vital.

Pour cela il s'est appuyé sur 4 cas qui font désormais jurisprudences de févier, mars et avril  2008, pour notifier son refus.
Deux concernaient la pose de prothèses de la hanche.
Les convalescences et soins post-opératoires ont été refusés sur le territoire français.

Si par malheur les soins existent dans un seul établissement privé réservé aux élites dans le pays d'origine dont vous êtes issu, alors pas d'état d'âme : zou, virez-moi ça .
Peu importe qu'ensuite vous n'ayez pas accès aux soins, ils existent !
Et vous n'êtes plus qu'un chiffre statistique de plus qui ravit Sarkozy et font se rengorger les Hortefeux de tout poil, le vrai et ses clônes.

De même pour ce petit garçon de 8 ans, énucléer mais qui ne supportait pas bien ses prothèses et faisait des infections à répétition : pas de quartier.
Quant à la pathologie et à l'intervention cardiaque lourde citée en quatrième cas, et bien, même destination.

Ah les belles jurisprudences dont notre préfecture se délecte et se targue pour motiver tout refus !
Bien que que son "zélé secrétaire ", (voir article Mourad Guichard sur libéorléans) ait été récemment épinglé par Martin Hirsch, haut-commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté, celui-ci n'en a cure.
Il est là pour «vider le stock de demandeurs d’asile» (même article) et visiblement maintenant tous les étrangers tout simplement.

On crée un sans-papier artificiellement en ne lui renouvelant pas son titre de séjour et...
débarrassez-moi le précieux plancher français dont le sang de vos ancêtres a abreuvé les sillons mais sur lequel vous, vous n'êtes pas le bienvenu.
Le contraire de ce que j'ai entendu en Kabylie lorsque j'y ai mis les pieds pour la première fois en 2002, et toutes les fois suivantes.

Aura-t-il droit pour autant notre fonctionnaire accompli et admirable à la médaille en chocolat en fin d'année pour sa promptitude à réagir ainsi que  sa conscience professionnelle poussée au paroxysme ?
L'Histoire ne nous le dit pas.
 
Hier, en fin d'après-midi Houari est allé à la sous-préfecture d'Orléans quai du fort Alleaume pour y retirer le formulaire nécessaire au dépôt d'un nouveau dossier médical après le rejet de son recours au tribunal administratif.

Malgré nos conseils, il y est allé seul, sans même nous prévenir pour qu'au moins l'un(e) d'entre nous l'accompagne. Ne pas vouloir déranger et se débrouiller.
Mais, ce que nous redoutions est arrivé.
Il a attendu quelques instants, le temps nécessaire pour que la diligente et compétente fonctionnaire qui l'a reçu prévienne le commissariat de police qu'un "dangereux individu"  (un sans-papier, handicapé de surcroît !) était dans leurs murs.

C'est donc étroitement surveillé et escorté de plusieurs policiers qu'il a été conduit au plus proche centre de rétention :Cercottes.
Il y est encore, nous attendons avec beaucoup de colère et d'angoisse des nouvelles de sa situation. 

Marie-Denise, élue d'opposition à la mairie vient de m'avertir à l'instant qu'il passait demain au tribunal à 09 heures devant le juge aux libertés .
En outre, elle m'apprend in extenso qu'elle n'a plus accès à aucun renseignement téléphonique à la Sous-Préfecture pour quelque éclaircissement que ce soit .
Même un banal nom de médecin agréé par la préfecture par exemple.

Elle doit désormais faire toutes ses demandes directement au préfet et par écrit !

Belle Démocratie en effet !
Le Loiret veut-il obtenir la palme d'or de la mise en oeuvre de la politique la plus obscène qui soit, malgré le rapport "Mazeaud" qui rejette les quotas jugeant cette idée inefficace, irréalisable et sans intérêt ?

C'est une question qu'on ne peut que bien évidemment se poser.
En attendant, que ceux qui veulent être présents demain vendredi 18 juillet pour soutenir Houari se présentent à 09 heures.
Car à ce rythme-là, dans ces conditions-là...malgré les attaques sournoises dont les associations sont victimes, c'est bien de justice dont il s'agit !
par Circé publié dans : Droits de l'Homme, Sans-Papier et politique communauté : blogsLOIRETcitoyens
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