Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
04 Aug

Tintin...

Publié par Circé  - Catégories :  #Souvenirs et Petite Histoire

Billet qui est en fait un long commentaire laissé sur le blog de notre Chroniqueur en Ovalie local qui est avec JPM, notre Chat de Gouttières et Polyborus l'une de mes plumes préférées au niveau de la blogosphère orléanaise.

 

Que Fansolo, ne m'en veuille pas, il est pour moi hors catégorie.

 

Notre Chroniqueur vient ainsi d'effectuer un long périple à pied qui l'a conduit d'Orléans à Albi.

Il a publié depuis chaque jour un ou billets sur ses impressions, aventures, mésaventures et rencontres dans cette France qu'il espérait beaucoup moins frileuse, peureuse, repliée sur elle-même qu'il ne l'a rencontrée.

 

Son dernier billet, que je vous conseille d'aller lire, ainsi que les précédents sur ses pérégrinations, intitulé Hugues de Lunac où il parle d'un vieil homme rencontré sur le bord du chemin, m'a ainsi fait penser à une autre personne que j'évoque ici.

 

Cet Hugues me rappelle un autre vieil homme aujourd'hui disparu. Petit paysan, sans beaucoup de terres, juste de quoi nourrir sa nombreuse famille. Une ferme ressemblant aussi à une masure.

Deux pièces uniques la composaient.

L'une était la grande salle avec une cheminée qui trônait en son centre. " L'évier" qui n'était en fait qu'une pierre située sous la fenêtre, elle-même percée d'un trou d'évacuation des eaux usées sous le chambranle, m'avait interrogé bien des fois quant à la façon de faire la vaisselle.

Une immense cuisinière à bois, une grande table et deux bancs de chaque côté. L'hiver un immense fil à linge traversait cette pièce pour y faire sécher le linge de toute la maisonnée. Linge lavé à la main au lavoir du coin, brouette à l'appui avec savon noir, battoir, brosse et "sabot" servant à s'agenouiller pour la Maîtresse des lieux, plus ceux qu'elle chaussait pour y aller bien évidemment.

L'autre pièce fort sombre et peu éclairée était celle où tout le monde dormait.

L'électricité était bien arrivée jusque là, c'était la seule modernité, énormes boutons en bakélite en prîme.

Une buanderie où tout le monde pouvait prendre un bain dans une baignoire en zinc, après s'être toutefois fait chauffer l'eau sur la cuisinière justement.

Pas de chauffage...

Les "commodités quant à elles, étaient au fond du jardin : cabane de bois, fosse surmontée d'un châssis percé d'un trou et papier journal pour s'essuyer pendant à un crochet.

Je détestais les araignées qui "nichaient" en ces lieux. On ne se demandera pas pourquoi compte tenu des mouches volant l'été. Le reste, les odeurs se mêlaient à celle de l'étable toute proche.

Deux vaches pour nourrir de leur lait toute la famille, - douze enfants- , un cheval pour le labour, deux chèvres dont le lait servait à faire quelques fromages, un bouc, le seul à des kilomètres à la ronde qui honorait ainsi bien des gentes damoiselles de race caprine - au moins un avantage ! -, un potager dont les légumes nourrisaient tout ce petit monde.

Bien entendu, poules, canards et oies qui divaguaient dans la cour de la ferme isolée de toute "grande route", et un enclos où s'ébattait dans la boue avec force grognement un cochon, élevé bien évidemment pour que le moment venu, il puisse nourrir toute la famille de sa viande : jambon, rillettes, rillons, cotelettes, boudins et enfin quelques clapiers à lapins....

Côté champs : un peu d'orge, de blé, d'avoine et la luzerne pour les animaux, et aussi quelques rangs de vigne qui donnait un vin d'assez mauvaise qualité.

Une vie dure, sans fioriture, mais une famille plutôt heureuse à ce que j'avais pu constater . Ce paysan se prénommait Valentin, plus connu dans le village sous le sobriquet de Tintin.

Lui avait obstinément  refusé l'installation de la télévision, ses enfants ont passé outre.
Puis du téléphone, ses enfants ont fait de même .

Mais il n'a jamais regardé l'une ni répondu à l'autre.

Il s'est éteint lorsque son fils a vendu le dernier cheval de la ferme.
Celui qu'il disait son ami et lui avait sauvé la vie lorsqu'il avait fait un malaise en plein champ.
L'animal l'avait protégé des ardeurs de l'astre solaire en se déplaçant de telle sorte que le corps de son Maître soit toujours à l'ombre du sien.

Il semblerait que " Tintin" ait été découvert inanimé plus de trois heures après sa perte de connaissance. Cela en plein mois de juillet.

Cet homme ne voulait pas de ce monde qui avançait sans lui.
Il prétendait que tout n'était que miroir aux alouettes, que bientôt malgré la télévision, le téléphone ( la"boite" comme il l'appelait ), les fusées... les gens ne se connaîtraient plus, ne se parleraient plus.

Que les voisins deviendraient des étrangers les uns pour les autres, qu'ils auraient même peur les uns des autres.

En ce temps-là, de riches parisiens commençaient à acheter des fermes à l'abandon pour en faire leur lieu de villégiature de fin de semaine.

Ses nombreux enfants (12) ont pris ce qu'il y avait à prendre de la dignité de leur père.
De son dur labeur au travail de la terre aussi.

Ils ont modernisé, et la maison et le mode de culture des champs, sans se laisser envahir toutefois par la culture de la terre en mode production à outrance.  Le départ du vieux cheval était inéluctable, comme celui de son Maître.

La fin d'un monde dont notre société n'accepte pas la cohabitation sinon au sein d'un musée où d'une fête de village où on convoque les mânes des anciens.

Merci de m'avoir ainsi permis d'évoquer ce vieux monsieur que j'aimais tant, moi la Parisienne d'alors.

Je sais qu'après une certaine curiosité, défiance aussi sans doute à mon égard, il m'a adoptée . J'étais une autre de ses filles.

Mon dernier fils porte son prénom.

Commenter cet article

zouzou 11/08/2010 09:16



Rien à voir, mais je viens de tomber sur une petite chanson qui devrait devenir un tube http://www.facebook.com/l.php?u=http%3A%2F%2Fwww.youtube.com%2Fwatch%3Fv%3DwFySKGadJmo&h=73313..



ZOUZOU 10/08/2010 21:56



Sacré tintin,


Trés beau texte, votre fils doit être fiére de porter un prénom si beau et en plus si je me souviens bien c'est un sacré débrouillard...


Vive tous les gens simple qui par leur sourire nous font nous sentir mieux dans ce monde de consommateurs fous égarés.......



dame Lepion 07/08/2010 02:03



André a exprimé ci-dessus, et mieux que moi, ce que j'allais vous dire. Le vivre ensemble, la fraternité, on est en pleine actualité. Mais quand on en parle, c'est hélas avec nostalgie...



Circé 07/08/2010 07:32



Dame lepion :


J'ai effectivement vu, lu, entendu et réagi aussi.


Merci à ce propos pour vos interventions qui avec d'autres avaient le mérite de donner une note d'humour pour certaine, de la hauteur pour d"autres.


Je dois avouer que nombre de commentaires m'ont consternée. La boîte de Pandore est ouverte et bien ouverte. Le vent de la folie et de la haine ordinaire se déchaîne, de part et d'autre.



BR 06/08/2010 14:30



Merci d'avoir exhumé votre Valentin pour accompagner mon Hugues.


 


J'espère qu'un jour Hugues et Valentin ne seront plus que des personnages anciens, témoins d'un temps où la cupidité des gens autorisait ainsi la plus grande détresse à côté des plus indécentes
richesses.


Pourtant à bien y regarder, nos deux amis sont plus riches d'humanité que les odieux personnages qui chauqe jour un peu plus dépouillent les petits gens du peu qui leur reste encore.


Fraternellement vôtre



André 04/08/2010 22:54



Bonsoir,


Ce que vous écrivez est très touchant et exprime avec délicatesse, discrétion, tendresse et pudeur la quantité incroyable de sentiments que vous éprouvez tant pour le Monsieur ... que pour le
cheval, maintenant disparus, mais toujours vivants dans votre mémoire.


Ce soir j'ai eu à parler de l'un de me chiens décédé il y  a bientôt 13 ans ... et, malgré tous es efforts, j'avais la gorge serreé et les larmes aux yeux. Sensiblerie? Pas du tout. Amour?
Oh oui!


Vous comprenez dès lors beaucoup mieux ma sensibilité à propos de votre écrit.


Je vous souhaite tout le bonheur possible.


Vous êtes une femme "bien"!


Avec toutes mes amitiés.


André.



Archives

À propos

" Pourquoi une Femme entière ne serait-elle qu'une moitié ? "