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27 Aug

Mort d'une femme sous les coups de son (ex)compagnon : Non ce n'est pas un drame passionnel, c'est un meurtre !

Publié par Circé  - Catégories :  #Violences faites aux femmes, sexisme, machisme

 

Une nouvelle affaire de violences faites aux femmes se profile à l'horizon et voici que de nouveau le qualificatif de "meurtre passionnel" est employé.

Une femme vient d'être assassinée, semble-t-il froidement par celui qui a été son ex-compagnon. Elle s'appelait Myriam Sanchez, elle était magistrate à Bordeaux, enseignante à l'école de magistrature de cette ville.

Et pour moi, comme pour nombre d'entre nous, non, non et non !

Ras le bol mesdames et messieurs les journalistes, magistrats et autres, ceci n'est pas un crime passionnel, c'est un meurtre tout simplement.

Myriam Sanchez, comme nombre de femmes victimes de violences conjugales était depuis 2009, date à laquelle elle s'était séparée de son compagnon, victime de harcèlements de la part de ce dernier.

Et déjà, on lui trouve excuses et arguments à décharges : dépression post séparation, passage par un établissement psychiatrique. Etablissements qui je le rappelle ne sont pas des prisons mais des établissements de soins.
Ce ne sont pas non plus des tares que les malades doivent se trainer, une fois sortis.

Tous ces arguments qui déjà amoindrissent les responsabilités, semble-t-il dans certains cas, en particulier pour les violences faites aux femmes.

Pourtant que n'importe quel autre malade paranoïaque, schizophrène ou autre commette sous l'emprise de la folie n'importe quel acte insensé et voici que lui ou elle est qualifié de monstre à mettre à l'écart de la société, ad-vitam aeternam si possible, désormais interné avec des mesures contraignantes à son égard, et même possibilité de ne jamais en sortir.

Ici un homme a tué son ex-compagne, mais sous le coup de la passion, de l'amour. Ah bon ? Il l'a tellement aimé qu'il l'a tuée ?

Pourtant, il a purement et simplement mis fin aux jours de son ex-compagne, parce qu'il n'a pas supporté qu'elle ne soit plus sous sa coupe, parce qu'il n'a pas supporté que cet objet qu'elle était à ses yeux continue le cours de sa vie loin de lui, ni qu'elle ait rencontré depuis peu une autre personne.

Dois-je faire remarquer par ailleurs, qu'ici, tous deux devaient être de nationalité française, sinon les médias se seraient immédiatement chargés de le faire savoir ? Et que par conséquent le crime passionnel est immédiatement évoqué ?

Si l'un des deux avait été étranger et en particulier l'agresseur, bien évidemment, cela aurait été une autre affaire, avec les sous-entendus qu'il convient, ces étrangers qui véhiculent la violence, ces cultures différentes qui exercent tant de discrimination et d'horreur envers les femmes...

Ici, une femme vient de mourir sous les coups de son compagnon qui n'a pas accepté qu'elle ne lui appartienne plus, qu'elle vive loin de lui. Pourtant, elle était harcelée, victime d'appels, de sms vengeurs...

Mais comme bien d'autres victimes, il semblerait elle n'ait pas osé porter plainte.
Incroyable, allez-vous me dire, elle qui a été successivement juge d'instruction à Châlons sur Marne, puis juge des enfants à Nantes, puis à Libourne avant que de devenir enseignante à l'école de la magistrature de Bordeaux.

Pourtant, c'est souvent le cas. Comment porter plainte contre son ancien compagnon, le père de ses enfants ? Sur qui sera jeté l'opprobre ? Elle s'est confiée à des proches, leur disant combien elle était harcelée au téléphone, par SMS, leur confiant combien elle avait peur.

Mais elle n'a pas franchi le pas, encore une fois est-ce étonnant ?

Son milieu, la parole des femmes pas forcément entendue, souvent qualifiée de menteuses, mythomanes ou bien de prendre trop au sérieux appels ou sms injurieux et menaçants...

Myriam est morte sous les coups de son ex-compagnon. Elle a été victime d'un meurtre, non d'un drame passionnel. Nulle passion ici, sauf un individu qui n'a pas supporté que son objet, sa possession puisse vivre sans lui.

Aujourd'hui deux petits de 5 et 11 ans sont orphelins.

Leur mère a été assassinée par un bourreau qui n'est autre que leur propre père. Comment vont-ils pouvoir vivre avec cela ? Comment vont-ils pouvoir se construire avec cela ?

La mort de Myriam est l'illustration terrible et abjecte que les violences faites aux femmes sont encore légions dans notre société sexiste, machiste et patriarcale. Elles traversent toutes les couches de notre société sans distinction de milieux socio-culturels ou d'éducation. Depuis trop longtemps notre société a inscrit les violences faites aux femmes comme le droit du patriarche a exercé sa justice envers ses possessions, sa ou ses femmes ( épouse, fille, mère...) et lui trouve encore trop d'excuses.

Est-ce anormal lorsque n'importe quelle religion soutient que la femme doit "obéissance " à son mari, son père, son frère, et que nous laissons dire, que nous laissons faire, que le corps des femmes devient, redevient l'objet de toutes leurs attentions et  possessions ?

Alors, quand allons-nous vraiment nous préoccuper de ce fléau en notre société, quand allons-nous vraiment donner les moyens tant aux associations qu'aux structures d'état pour lutter contre cela ?

Il y a tant à faire, à lutter déjà dans nos inconscients pour que déjà ne perdure plus cette qualification de "drame passionnel" à l'usage de certains. Pour qu'aussi il y ait tant de moyens de préventions que des hommes ne deviennent pas des assassins, et des femmes, des victimes si vite oubliées.

Il ne suffit pas d'avoir voté une loi. Aucun moyens réels n'y ont été affectés. Il ne suffit pas d'avoir déclaré une année 2010 comme année de lutte contre les violences faites aux femmes, Non.

Il faut plus que cela, beaucoup plus que cela.

Quand arrêterons-nous le compteur morbide ?
Quand arrêterons-nous d'accepter de voir mourir des femmes ?
Quand cesserons-nous de jeter un voile pudique sur les victimes "collatérales", pour employer un terme abject, celles que sont les enfants, les familles et même le meurtrier ?


- à lire, le Nouvel Obs,

- Suite à l'intervention d'Isabelle Germain cet article ainsi que les réactions à lire :  "L'immunité amoureuse dans la presse ", Natacha Henry

- et aussi ce billet, relayé par l'Acrimed.

- Le Parisien du 29 aout confirmant la culpabilité de l'ex-compagnon et ses aveux, et toujours "l'excuse" de "contexte passionnel "..

- le Monde du 29 août qui y va aussi de son "drame passionnel "

 

 

 


 


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pat 29/09/2011 22:45



Vous devriez lire avant de critiquer: je dis que le déni de grossesse existe mais qu'il ne s'applique pas quand la mère sait qu'elle est enceinte , le cache et tue
l'enfant apres ce qui a été le cas dans des affaires qui ont eu  lieu récemment. On utilise dans ce cas le déni de grossesse pour évacuer la culpabilité, exactement comme dans le
cas du crime passionnel.


 



Pat 29/09/2011 21:56



Le deni de grossesse existe mais il est appliqué a tort dans des cas où la grossesse est bien reconnue par lm'interessée qui tue le nouveau né. C'est une excuse bien pratique, comme la légitime
défense utilisée souvent abusivement quand c'est un homme qui est tué par sa compagne. Ce sont parfois des armes d'avocats, tout comme le "crime passionnel". mais toute vérité n'est pas bonne à
dire, surtout face a des militants



Circé 29/09/2011 22:12



Pat :


Et que dire alors lorsqu'une femme accouche dans un hôpital, l'ayant pourtant regagné sans se savoir enceinte, met au monde à sa surprise un enfant, alors qu'elle pensait que ses  maux de
ventre pouvaient être des symptômes d'appendicite, une gastro-entérite violente ou tout autre maladie avec ce genre de symptômes ?


Là, le déni de grossesse est reconnu. Deux poids, deux mesure ?


Comment expliquer que des experts, des médecins compétents reconnaissent cette pathologie et pas vous ? Je crois qu'en fait vous êtes en train de régler quelque chose qui n'a rien à voir avec ce
billet et que l'amalgame que vous commettez à dessein vous permet ainsi de déverser votre ressentiment.


 



pat 14/09/2011 21:35



Le crime passionnel est a comparer au déni de grossesse invoqué bien souvent a tort pour exonérer une meurtrière d'enfant. On trouve beaucoup d'excuse a ceux qui nous ressemblent, à tort.



Circé 16/09/2011 16:02



Pat :


Je ne peux adhérer à vos comparaison et amalgame.


Le déni de grossesse existe réellement, c'est une pathologie reconnue sur laquelle de nombreux éminents professeurs dont le professeur Nisans se sont penchés.


Par ailleurs, je tiens à vous vous faire remarquer que tous les dénis de grossesse n'aboutissent pas à la mort d'un nouveau-né, que certaines se retrouvent maman fort jeunes ou fort tard sans
jamais avoir soupçonné être enceintes et l'entourage non plus.


Mais ceci est un autre problème et vouloir amalgamer meurtre de femme et le qualificatif "drame passionnel" au déni de grossesse me paraît être particulièrement malsain comme argument, et surtout
complètement à côté de le problématique des violences faites aux femmes.


 



GrosLolo 03/09/2011 18:23


C'est un peu dur de vous lire quand on est un homme. Certes, les faits parlent dans votre sens, mais il m'est difficile de m'identifier à ce portrait que vous faites des hommes et de la société.
Nous ne sommes plus aujourd'hui aussi dominateurs que nous le fumes, c'est tant mieux. Mais il y a quelques jours un article sur un blog du Monde soulignait qu'Elizabeth Badinter soulevait
également le phénomène de la violence faite aux hommes. Je vous invite à le retrouver. Car le monde n'est pas tout blanc ou tout noir...


Circé 03/09/2011 21:09



Groslolo:


Les chiffres étant plus que têtus, ce sont malheureusement les femmes qui subissent dans une large majorité et paient de leur vie le tribut mortifère des violences conjugales, et également elles
que l'on voit arriver dans les structures ou auprès des collectifs qui recoivent des personnes victimes de violences.


Que vous soyez gêné, je peux aisément et sans conteste le comprendre, mais qu'est-ce à dire, que comme pour notre grammaire française, et la règle du masculin l'emportant sur le féminin, il
suffirait qu'un homme soit victime pour que cela occulte celles faites aux femmes depuis la nuit des temps et qui perdurent encore à l'heure actuelle dans notre société sexiste, machiste et
patriarcale ?


L'affaire DSK aura été à ce niveau un excellent révélateur. Et il y a bien du chemin à parcourir pour changer les mentalités, la société.


Je sais que le propos peut paraître outrancier, mais la réalité est crue. Jusqu'à ce jour, je n'ai aidé qu'un seul homme victime...Quant aux femmes, je ne les compte plus malheureusement.


Par ailleurs, ravie que vous ne vous reconnaissiez pas dans ce tableau, il y en a tant d'autres qui y correcpondent, mais absolument pas d'accord avec votre analyse sur la domination qui serait
moindre, à moins que vous ne parliez qu'à titre individuel...


A tous les niveaux les femmes sont discriminées, du simple fait de leur genre : au niveau professionnel et déroulement de carrière, salarial, au niveau des taches domestiques - elles en assurent
encore 80%- politique etc...etc...Et ne parlons pas des retraites le pendant des salaires moindres, alors que les chiffres le démontrent aussi les femmes sont plus diplômées que les hommes, les
travailleurs pauvres qui sont à plus de 80% des femmes, le travail précaire - maintenant 1/4 temps, 1/3 temps occupés par des femmes qui tentent de les cumuler pour simplement survivre -, les
smicards qui sont avant tout des smicardes, et le constatant très souvent de par mes fonctions, les rsistes qui sont aussi et avant tout des femmes.


Le tableau est noir, le constat accablant, mais il faut le regarder en face pour changer cette sordide réalité.


 


 



chantal 03/09/2011 12:47



JE T'AIME ET TE FRAPPE, JE TE TAPE CAR JE T'AIME.  Comment un enfant, futur adulte, va-t-il s'y retrouver entre ce qu'il ressent et ce que son(es) parent(s) lui fait(ont) ?


Il me semble que tout es lié : une société acceptant les châtiments corporels ne peut que parler de "crimes passionnels" dans ce type d'affaire criminelle et ne pas voir où est le problème.


Pour ma part, j'ai le sentiment qu'il s'agit de crime d'orgueil ; certains, je les suppose fragiles, ne supportent pas d'être quittés. Ils en font une affaire personnelle et
n'essaient pas de réfléchir au pourquoi, au comment ils en sont arrivés là. Ils sont, se sentent dépossédés de ce qui leur appartenait et ne peuvent faire face. Ils en arrivent à tuer le parent
de leur(s) enfant(s). C'est dramatique ainsi que les circonstances atténuantes que beaucoup semblent leur accorder.


 


 



Circé 03/09/2011 21:10



Chantal :


Prénom Ô combien évocateur pour moi, comment ne pas souscrire à votre analyse ?


Merci pour votre commentaire complémentaire à mon billet.



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