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13 May

Les Hirondelles (V)

Publié par Circé  - Catégories :  #Souvenirs et Petite Histoire

Elle roule dans le creux de ma main, la petite pilule blanche d'une rotondité parfaite.

D'elle, on me dit que je devrais obtenir un certain répit, du moins pour cette nuit.

C'est ce que me promettent la notice et la posologie.

Je la regarde, l'observe, soupçonneuse, curieuse et furieuse.


Quoi me voici à la merci de cette petite bille luisante ?

Il suffirait que je la glisse entre mes lèvres, la laisse fondre doucement sur ma langue pour glisser rapidement dans une bienfaisante léthargie ?


Il est vrai que mon combat devenu maintenant rituel, va bientôt reprendre.

Je sens poindre les affres de l'angoisse.

Les remugles de ce passé si proche où les images se superposent, tandis que les mots destructeurs, armés comme de gros calibres s'approchent de concert pour résonner en d'épouvantables et sempiternels échos.


J'ai peur.

Peur de l'âme vagabonde que je deviens alors.

Ensevelie vivante me voici aux portes de l'Hadès.


Cerbère n'a cure de moi.

Je suis l'ombre d'une ombre .

Celle qui, sans sépulture, victime de mort cruelle et violente erre comme une âme en peine dans l'Erèbe.


Sans jugement aucun, en victime expiatoire d'un crime que je n'ai pas commis, j'ai été jetée en ordalie dans la fosse où le corps d'un vieil homme reposait.

Lui, d'un souffle court quoique léger et serein avait largué les amarres de la souffrance qui le fouaillait depuis des jours.

C'en était fini, pour lui, du martyr de la vie.


Moi ?

Bouc-émissaire, d'une âme mal-née je fus offerte en sacrifice à son propre supplice.

Depuis chaque nuit, dans la tombe engloutie,

je cherche désespérément le chemin vers la vie.


Je frôle le Tartare et ses bannis.

Même des âmes sans vie.

Immuablement ils accomplissent la même tache,

Subissent la même peine.

Celle à laquelle ils ont été condamnés.

Sans rémission et sans pardon.


Danaïdes, vous n'êtes pas mes sœurs.

Tantale, votre supplice n'a d'égal que votre crime...

Mais vous ne me voyez pas, ne m'entendez pas.


Je foule la plaine des asphodèles .

Ses esprits fantômatiques m'ignorent.

Je ne suis pas des leurs.


J'ai franchi le Styx sans que Charron ne m'en ait demandé compte.

Le prix de mon passage en avait été réglé à l'avance par celui qui m'a ainsi exilée en Enfers.


Les doux Champs-Elysées, séjour tranquille des Justes et des Héros, me sont inhospitaliers.

Hermétiquement clos, à l'inconséquente mortelle que je suis,

perdue en ses terres où ma place n'est pas inscrite.

Comment moi qui n'est rien conquis, oserai-je même m'y reposer,

alors que le Divin Achille lui-même, en fût rejeté ?

 

Cependant, voyageuse de la sombre nuit,

Sur les rives du fleuve Cocyte me voici arrêtée.

Y siègent Rhadamante, Minos et Eaque, juges et scrutateurs des âmes errantes.

Le léthé, je ne boirai pas.


Contemplant avec étonnement la pauvre mortelle que je suis,

vers la rive de lumière ils m'ont reconduite.

Deux messagères ailées m'y attendaient .


A l'oreille, elles m'ont chuchoté,.

D'une voix cajolante et apaisante,

que de chaque minute de bonheur accordé,

je devais faire festin.


Le bouquet de roses aux pétales incarnat,

S'épanouissant à mon réveil,

Après le désert de ma nuit,

En est aujourd'hui le témoin.

 




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Desencanto 13/05/2010 21:38



Écrivez, écrivez, vous faites sortir votre angoisse, votre peine d'amour que vous arriverez a guerir, peu á peu. Je vous embrasse.



monique LEMOINE 13/05/2010 21:00



Voici l'hirondelle Circé qui nous arrive tout droit devant.


Alors qu'elle contemple sa petite pillule du sommeil, les démons de la douleur


surgissent encore une fois. Pourquoi ?


Peut être le poignard de celui qui fuit est-il encore une fois retourné dans la plaie qui saigne toujours.


Peut être les larmes de la dernière nuit ne sont-elles pas vraiment taries.


Peut être que les pétales rouges de son coeur ne se ferment pas définitivement


sur l'espoir de cela.


C'est beau cette hirondelle V, c'est du Circé !


Le printemps va bien finir par arriver, le léthé avalera toutes


les pillules de la nuit


et ton envol sera alors assuré.


Monique LEMOINE



zouzou 13/05/2010 20:08



Sublime encore une fois!!!!!


Bizarre, j'ai la foule d'Edith piaf en tête, j'espére que tout ces maux vont s'envoler!!!!!!



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