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04 May

Les Hirondelles ( III )

Publié par Circé  - Catégories :  #Souvenirs et Petite Histoire

La voiture serpente sur le ruban d'asphalte qui ondoie entre l'or aveuglant des champs de colza et le vert tendre des blés en herbe.

 

Au firmament, les ombrageux Zeus et Hélios, forts de leurs prérogatives respectives se disputent la voûte céleste.

L'un décoche ses rayons de lumière dardés tels des javelots acérés sur les troupes sombres et violines de l'armée des nues que l'autre attise de son olympienne et vengeresse colère.

 

Le duel fait rage entre l'ombre et la lumière.

Sur terre comme dans les cieux, la frontière figurée est cette route sur laquelle je circule pour regagner Orléans en ce dimanche soir.

 

Un rideau de pluie s'abat sur les sillons verdoyants, tandis qu'un souffle vengeur secoue en d'écumantes vagues le tapis couleur topaze qui leur fait face.


Mais la divine Iris, de son pied léger vient délivrer le double message de paix qu'Héra, son auguste maîtresse adresse aux belliqueux protagonistes.

Abandonnant derrière elle, deux flamboyantes ceintures diaprées qui embrasent le ciel, deux splendides arcs en ciel se déploient dorénavant en de gigantesques demi-anneaux qui resplendissent désormais de leurs couleurs chatoyantes. 

 

Pendant quelques kilomètres, la route va être en lisière de ce spectaculaire phénomène lumineux .

Deux messages délivrés...


Me voici repartie en mythologie, comme lorsque dans mon enfance je voyageais au travers des mots et des légendes quand la réalité de la vie quotidienne, le spleen se faisaient trop lourds.

Arcs en ciel, hirondelles...

Dans mon marasme intérieur, comme insensible à tout, deux brefs et éphémères moments de vagues joies.

 

Orléans, mes filles...

 

Heures qui s'égrènent entre étau des angoisses nocturnes qui se resserre, et assoupissements cauchemardesques qui me laissent haletante, suffocante de détresse.

Et puis le point du jour qui arrive.

Et comme par un étrange sortilège, je ne ressens de nouveau plus rien.

Je suis comme "interdite" de sens émotionnels.

 

Lundi matin.

Un appel téléphonique vaguement espéré depuis des semaines.

Espéré, comme pour se rassurer, mais de quoi ?.

S'aider sans doute par de vains espoirs, à tenir, se mentir à soi-même pour que la douleur s'amenuise et que le temps fasse son oeuvre.

Appel cependant redouté et redoutable .

 

- " Tiens, c'est bien, je suis content tu aies recommencé à écrire..."

- "....."

- " Je voulais de nouveau m'excuser auprès de toi pour ce que je t'ai dit la dernière fois et qui n'était pas vrai...."

- "......"

- " Bien, je vais te laisser..."

 

" Etre de marbre", statufiée, est-ce cela ?

Ce silence, cette incapacité à ressentir sur l'instant, n'avoir rien à dire, à répondre ?


L'unique souvenir qui me reste sont ses derniers mots prononcés, objet de cet appel et pour lesquels il vient de  s'excuser.

Prononcés aussi froidement que le couperet d'une guillotine qui s'abat sur le cou du condamné.

Le regard qui les accompagnait, la haine que j'y avais décelée.

Le visage de celui dont je suis aujourd'hui amputée mais qui me fait dorénavant horreur.

 

Car je ne connais pas cet inconnu qui me faisait face.

Celui qui a utilisé sur moi une arme de destruction massive, un fusil d'assaut dont les munitions étaient des mots.

 

En une frappe chirurgicale, il a mis en joue, consciencieusement visé, armé, puis appuyé sur la détente...

A bout portant.

Touchée, anéantie, désintégrée...

 

Je n'ai plus pour tout souvenir que la bouillie informe qui est désormais mon chaos personnel.

 

L'homme que j'ai aimé, en qui j'avais une confiance aveugle en ce qui concerne le respect que l'on se devait mutuellement était visiblement cet individu qui venait d'annihiler, d'atomiser huit années de passé commun.

 

Les mots sifflent toujours à mes oreilles en d'atroces acouphènes.

 

Plus rien ne subsiste.

Je ne sais plus si j'ai vécu ou imaginé un passé.

Mensonges ou vérité ?


Quelque soit la réponse, si j'arrive jamais un jour à discerner une quelconque sincérité, la douleur a fait des ravages.

Des cicatrices indélébiles, qui n'en sont pas même encore à l'heure actuelle à l'état de boursouflures, torturent désormais mes certitudes.


La seule (certitude) que je sais être une réalité est le ballet des hirondelles et martinets qui s'accroche au ciel et le pavoise, sublimement divin.

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dame Lepion 06/05/2010 02:14



C'est vous l'hirondelle, Circé. Touchée au coeur. Mais pour rester vous-même, vous devez voler. Toujours être au-dessus. Facile à dire, ok. Mais vous verrez, vous vous rétablirez petit à
petit. Sans rien renier. Tête haute. Je vous le dis fraternellement.



monique LEMOINE 05/05/2010 17:22



C'est beau, c'est du Circé.


Lorsque la douleur est dense, l'écriture devient le seul remède.


Comme nous avons eu Marguerite DURAS hier, nous avons aujourd'hui Circé qui exprime sans détours la douleur de l'Amour.


 


J'attends toujours les hirondelles, elles viendront et chasserons les douleurs de l'hiver.


MONIQUE LEMOINE


 



ZOUZOU 05/05/2010 09:17



Courage, circe, c'est encore une fois un trés joli texte..


L'amour c'est trés compliqué, surtout quand on y mets tout son coeur, courage profitez des enfants et petits enfants, continuez tout vos combats, car vous y mettez aussi beaucoup d'amours.



Desencanto 05/05/2010 07:42



Se suis emue par votre amour et votre douleur. La façon donc vous exprimez cette douleur et tellement sincère que, je pense, va vous aider à fermer page.  Malhereusement, les femmes,
dans notres relations, noys y mettons? une partie de notre vie. Je vous embrasse.



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" Pourquoi une Femme entière ne serait-elle qu'une moitié ? "