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10 Nov

Le Vieux Lion (II)

Publié par Circé  - Catégories :  #Chroniques, Kabylie, Algérie, Ecriture

Jamais il n'avait accepté la soumission à laquelle certains voulaient les contraindre.
Parce qu'elles étaient simplement Femmes.
Inférieures, osaient-ils même dire, volontairement et perfidement oublieux du lourd tribut qu'elles avaient versé durant la guerre de Libération.

Combattantes vaillantes, faisant front, ravitaillant les résistants en ces monts Djurdjura, qui devenaient de véritables labyrinthes aux occupants qui s'y perdaient et y succombaient.
Malheureusement pour elles, tels les marins de l'antiquité, seules Charybde et Scylla les attendaient.

Arrêtées, questionnées, torturées, violées par les uns, bourreaux, anciens résistants dans une autre vie, officiant en un culte effroyable et abject rendu à l'œuvre de mort.
Les autres, aussi peu miséricordieux que les premiers, tranchant sans vergogne cette gorge palpitante, dernière preuve tangible d'une vie déjà annihilée.
Elles ne pouvaient qu'avoir trahi...
Le néant sanguinaire pour elles, quoiqu'il en soit.

Et parfois quelques miraculées.
Vivantes, mais intérieurement anéanties, pâles spectres aussitôt mises au ban de la société, victimes et coupables de porter le sceau indélébile de l'infâmie : violentées par l'ennemi.

Et puis, l'oubli, le déni insupportable.
Condamnées à retourner à l'anonymat, l'indifférence, la soumission.
Code de la famille les dépossédant de toute majorité.
Mineures à vie, sous tutelle perpétuelle, pouvant être répudiées l'âge venu, corps asséché, malédiction divine prononcée, âme bafouée, vie manquée.
L'anathème tombe comme un crachat éructé à la face de l'humanité en une formule prononcée trois fois.
Elles ne sont plus rien.

De cela, il n'avait jamais accepté le moindre argument fallacieux et honteux, prétexte facile aux âmes mal nées.
Avec opiniâtreté, il avait dénoncé, fustigé la lâcheté, trop souvent habillée d'alibis religieux.

Des biens attribués par la révolution, il n'avait gardé, que la portion congrue, ce petit appartement où ses huit enfants avaient vus le jour, été éduqués, ayant mis un point d'honneur à ce que chacune de ses filles fasse des études, soit diplômées, travaille, choisisse son compagnon.
Calomnié, moqué, et entêté.

Rien n'avait été facile.
Il croyait en ses idéaux, mais plus du tout aux hommes.
Ceux-là trahissaient plus souvent qu'à leur tour, le moindre pouvoir devenant corrupteur.
Une autre malédiction qu'il désespérait de vaincre.
Une hydre de Lerne dont nul n'avait encore réussi à trancher ses sept têtes.

Alors, la vie s'était poursuivie, les années noires des égorgeurs en nouveau point d'orgue de la folie.
Encore, toujours, des femmes, des enfants, monstrueux holocaustes sacrificiels humains immolés à une épouvantable divinité dans laquelle il ne reconnaissait aucun des enseignements de tolérance que lui avaient transmis ses ancêtres.
Un effroyable Paradis promis à ceux qui transformait la Terre en Enfer dantesque.
Il n'avait toujours pas courbé le front devant l'indicible.
Pour elles, pour lui, pour l'honneur d'être un homme debout, fier et respectueux.

Aujourd'hui, elles étaient là. bravaient toutes sans exception la tradition.
Sans questionnement, débat, demande ou autorisation de quelque sorte.
Elles étaient là ! Unes et mêmes, unies et fortes.
Nul n'aurait pu les renvoyer, les évincer.
Elles s'imposaient silencieusement mais fermement .

Lui trônait au milieu du salon.

Seul son visage calme et serein, tourné comme il se doit vers La Mecque, émergeait du drap blanc dans lequel l'avait enveloppé l'Imam après le lavage rituel.
Un étrange et énigmatique sourire s'épanouissait sur ses lèvres scellées par la mort.
Un dernier message aux vivants.

La vie était passée. Il avait fait ce qu'il croyait juste.
Envers et contre tout. A eux de reprendre le flambeau.
Ses funérailles seraient à la hauteur de l'Homme et effectuées avant l'heure de Tsibar.

Tandis que ses quatre fils hissaient sur leurs épaules la civière où reposait son corps, elles lui firent une haie d'honneur.
Jamais de mémoire de Kabyles, on avait vu cela.

Les youyous s'élevèrent, intenses et pénétrants.
Les stridulations suraigües des dernières notes vrillaient autant les tympans que les coeurs et les corps.
Les chairs se hérissaient, les échines frissonnaient.

En une vague immense, la lancinante mélopée reprît au rythme du cortège qui se formait derrière la dépouille du défunt.
Les accents déchirants des thrènes ondulants submergeaient lugubrement la vallée.
Des chiens dans les villages alentours se mirent à hurler.

Mêlant leurs sinistres aboiements aux trilles funèbres.

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Nestor 11/11/2009 17:36


Bonjour,
Je vous présente mon neveu; Samuel.
Né depuis 3 semaines, il ne sait pas encore lire. Ici, il n'a jamais le temps. Ses parents s'occupent si bien de lui à leurs frais qu'il ne peut jamais trouver un moment pour apprendre à lire. Il
les déçoit forcément mais il se sent étouffé.
C'est pourquoi il a décidé que chaque jeudi à 16h, il irait lire tout seul. 3 ans ! Voyez-vous ça ! Je lui ai pourtant dit que c'était trop tôt pour apprendre à lire et dangereux de sortir sans ses
parents. Mais Il n'en fait qu'à sa tête; me dit que je suis pas sa mère pour lui donner des conseils. Bref, c'est un enfant gâté, une tête de lard, une vraie tête à claques!
Il me répond que si c'est pas rentable, il pourra toujours aller jouer dans le bac à sable en regardant son manège ou aller manger une glace. Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise. Il a raison
le p'tit con; je suis pas sa mère mais son oncle. J'ai donc toujours tort
NeSS. Loque


 


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" Pourquoi une Femme entière ne serait-elle qu'une moitié ? "