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24 Nov

Journée Internationale de Lutte contre les violences faites aux Femmes : 25 novembre 2009.

Publié par Circé  - Catégories :  #Femme, Société et politique

En France, les derniers chiffres statistiques viennent de tomber comme des couperets sur les deux millions de femmes victimes de violences chaque année.

Et c'est une ronde infernale qui résonne, toujours grandissante, sans réelle volonté de nos gouvernants d'y remédier.
Malgré des polémiques à la petite semaine sur celui ou celle qui serait à l'origine de cette idée lumineuse d'un téléphone portable pour les femmes victimes.
A charge pour elles d'appuyer sur un bouton qui alerterait de suite les autorités.

Je peux parfaitement vous décrire la scène pour l'avoir vécue.

Le conjoint violent est derrière la porte de votre domicile avec une arme, et il défonce consciencieusement cette mince cloison qui fait barrage entre vous et lui.
Il a une arme à la main.
Vous n'avez que le temps de crier aux enfants de s'enfermer dans la chambre du fond, tandis que vous composez le 17.

Jour de chance ?

Un policier répond immédiatement, et puis comme votre adresse est celle d'un foyer d'hébergement pour Femmes "en difficulté" parce que vous êtes déjà partie de chez vous, il diligente effectivement tout de suite une équipe d'intervention.
Mais les coups et les hurlements redoublent de l'autre côté de la porte.
Et elle finit par céder. Les gonds ont sauté.
Vous êtes en plein milieu du couloir de l'appartement.

Pas un voisin pour intervenir, tous terrés chez eux, bien que certains aient appellé la police.
Tétanisée, vous êtes.
Déconnectée par la terreur, le souffle coupé, suspendue au-dessus de vous-même, avec un seul mot comme leitmotiv en votre for intérieur : " les enfants, les enfants, les enfants..."
- "Moi, plutôt que les enfants..."

Vous n'avez plus ni bras, ni jambe, ni poids.
Vous ne sentez plus rien, n'entendez plus rien.
Celui qui tient votre vie entre ses mains, une arme braquée en votre direction vous fait face.
Il hurle. Du moins, vous le supposez.
Il ressemble à un poisson dans un bocal. Vous voyez ses lèvres se tordre en d'affreux rictus, mais vous n'entendez rien.

Vous ne bougez pas, vous ne le pouvez pas, votre vie est comme arrêtée.
Et puis, des sirènes déchirent les limbes dans lesquelles vous vous êtes réfugiée.
Votre cerveau en mode pause, entre les insultes et la vision monstrueuse de la gueule menaçante des deux canons de fusil pointés sur vous, reprend vie.
Malgré les immenses trous noirs inquiétants qui vous toisent et d'où viendrait l'étincelle de mort.

Cavalcade dans les escaliers.
Vous ne savez pas comment. Celui qui était là, il y a un instant a fait volte face et dévale les escaliers quatre à quatre tandis que des cris fusent à l'extérieur.
La Police est là, il l'a entendue.
D'un seul coup votre corps reprend ses droits.
Il tremble et frissonne. Vous avez chaud et froid.
Vous hurlez, courez jusqu'à la porte de la chambre, appelez les enfants.
Vous ne voyez rien dans le noir, ils ont débranché la lumière.

Une petite voix s'élève sous le lit, tout au fond près du mur.
- " Maman, maman, on est là...tu vas bien ? "
- " Où est votre soeur ? "
- " On ne sait pas..."

Des cris de nouveau, un prénom hurlé à vous en étouffer.
- " Maman, je suis là, dans la salle de bain..."
Tapie au fond de la baignoire, dans le noir le plus complet, vous découvrez votre fille.

Alors en plein milieu de la nuit, vous réunissez vos quelques vêtements pour changer d'appartement , aidés des surveillants du foyer.
Rapidement, baissant la tête sous l'oeil torve des voisins qui ne cessaient de le dire que ce n'était pas une bonne idée d'avoir ainsi des appartements "d'urgence" côtoyant ceux des "vrais locataires"....
- " Voyez ce qu'il arrive..."

Pendant des mois, à la tombée de la nuit, vous ne ferez plus de bruit dès le coucher du soleil.
Ni télé, ni radio, les fenêtes occultées par des draps ne laissant pas filtrer la lumière pour rassurer les enfants qui chuchotent plutôt que de parler et ne peuvent vivre normalement avec cette épée de Damoclès au-dessus de leurs têtes et de la vôtre.
- " Est-ce qu'il reviendra Maman ?".....

Un téléphone portable...

Qui compose automatiquement un numéro d'appel en appuyant sur une touche.
Et puis quoi ?
A l'autre bout du fil une voix qui vous demandera de confirmer que vous avez bien appellé ?
S'il n'y a pas auparavant un répondeur vous demandant de patienter comme c'est très souvent le cas en composant le 3919, accessible, lui, jusqu'à 22 h seulement...

Engueulez-vous donc tranquillement sur la paternité ou la maternité de cette fausse bonne idée.
Continuez à jouer les hypocrites en faisant mine de vous préoccuper du sort des femmes victimes avec vos 20 portables à titre expérimental.
Pendant ce temps-là, elles continuent à payer le prix fort !

Pendant ce temps-là aussi, on trouvera assez d'argent pour tripler le nombre des vidéos-surveillance . Il y aura aussi un Monsieur drogue, ben tiens, des Messieurs fisc traquant les dealers dans les cités qui vivraient grand train...

Les femmes ? Elles peuvent toujours crever.
C'est vrai qu'elles font si peu de bruit...

Meaux, fin de semaine dernière, un mari violent asperge avec de l'essence celle qui l'a quitté quelques mois auparavant, craque une allumette et s'enfuit.
Elle est aujourd'hui dans le coma.

Une parmi tant d'autres :

En france à l'heure actuelle ce sont :

- 2 000 000 de femmes victimes de violence chaque année,
- 155 qui ont perdu la vie sous les coups de leurs compagnons en 2008,
- 1 600 000 femmes victimes de harcèlement sexuel,
- 150 000 viols perpetrés à leur encontre, 1 femme violée toutes les trois minutes et demie ( chiffres 2007-2008)
- 30 000 femmes ou jeunes femmes victimes potentielles de l'excision,
- 70 000 jeunes filles
victimes potentielles de mariages forcés.
- 15 à 30 000 femmes prostituées,
- Femmes SDF, nombre en constante progression, plus 20% en deux années : âge moyen de survie dans la rue : 41 ans contre 57 pour un homme. Agressées et violées dès les premiers soirs
- Femmes étrangères discriminées subissant la double peine ; victimes de violences conjugales ayant quitté le domicile conjugal ; EXPULSEES ! Les maris ? Rien !, Veuves, même punition.

A ces violences, il faut rajouter les Violences sociales :

- Salaires en moyenne inférieur de 27% à ceux des hommes,
- Retraites inférieures de 600 euros à celles des hommes,
- 85% des emplois précaires, temps partiels imposés sont tenus par des femmes,
- 80 % des travailleurs pauvres sont des femmes,
- Travail du dimanche, de nuit...

Attaques sur les Droits des Femmes :

- Accès aux soins de santé de plus en plus difficile,
- Contraception,
- Remise en cause du droit à l'avortement,
- De plus en plus de refus de prise en charge de mineures, femmes sans-papiers,
- Délais d'attente important, quota d'IVG...

Depuis 2007, l'Espagne s'est dotée d'une loi qui prend en compte tous les aspects des violences faites aux femmes, même sur l'égalité, et nous ?
Voilà plus de deux années qu'une loi-cadre est à l'étude par une commission d'évaluation à l' Assemblée Nationale.

Maintenant , il faut qu'elle soit appliquée, partout en France et tout de suite :

- Comparution immédiate devant un tribunal du conjoint violent dès le premier acte de violence.
- Eloignement systématique de l'agresseur du domicile conjugal et mesure contraignante à son égard,
- Aucune médiation pénale,
- Interdiction pour l'agresseur de prendre contact avec la victime,
- Suspension d'autorisation de port d'arme pour celui-ci
- Suspension de son autorité parentale,
- Suivi psychologique et sociale des femmes victimes et de leurs enfants.
- Ordonnance de protection destinée à prévenir les mariages forcés et les mutilations sexuelles
- formation des équipes de police...

Pour consulter cette loi-cadre, cliquez ICI .

Vous pouvez également demander à l'Assemblée nationale le rapport d'information n°1799 tome I et II pour consulter tous les débats, auditions des nombreux intervenants : Associations, collectifs, professionnels de santé, justice... qui ont été entendus en deux années.

J'aimerai ne pas vous dire : -" A l'année prochaine..."
Je crains malheureusement que le 25 novembre ne soit en passe de devenir une autre journée comme le 08 mars.

1 jour pour y penser, 364 autres pour morfler .
Pour deux millions d'entre nous !

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madd 01/08/2011 13:42



Juste envie de vous faire un bisou...



Circé 01/08/2011 14:28



Madd :


Simplement merci. Il est accepté.



Voice 26/11/2009 08:13


Comme vous dites, n'importe qui peut être "touchée", et l'entourage ne s'en rend pas vraiment compte.
On arrive au boulot avec quelques marques, on dit que on s'est pris une porte, qu'on est tombé (côte félées), etc et puis un jour, on apprend à contrer la violence.
Je dis "on", mais en fait, le "je" est mieux : la dernière fois qu'il a voulu me battre, il a découvert que j'avais appris des techniques simples, même si il était plus fort physiquement. Et j'ai
utilisé la meilleur arme pour une femme, je l'ai tenu par les c......., et j'ai appelé à l'aide. Ce fut la dernière fois qu'il a porté la main sur moi.
Je veux dire qu'il ne faut pas baisser les bras, il ne faut pas croire le gars qui dit qu'il ne recommencera pas, il ne faut pas se laisser berner, celui qui a été violent (étranglement pour moi la
1ère fois) recommencera. J'ai voulu pardonner, trois fois, et après j'ai décidé de sauver ma peau. Ce n'est pas une fatalité, il faut garder espoir, meme avec la peur au ventre.....


Circé 26/11/2009 08:50


Merci de votre témoignage " Voice ".

C'est exactement cela. Ne jamais baisser les bras et surtout se reconstruire.
Parce qu'avant d'en arriver là, c'est un long travail de sape, d'humiliation de dépréciation, et même pour celles qui tenteraient de passer le message aux autres, des accusations de folie, de
dépression.

Et comme souvent effectivement, elle est là, " la dépression " ( on se demande pourquoi !) cela satisfait tout l'entourage qui n'a pas envie de voir, d'entendre et finira même par vous balancer
"des arguments " pour justifier l'agresseur :
- " De toute façon, tu t'es fait couper les cheveux alors qu'il adore quand tu as les cheveux longs...."

Ce serait à rire, si cela n'engendrait tant de larmes et de douleur supplémentaires lorsque c'est un membre de votre famille qui vous dit cela.

L'aide, ce n'est souvent pas des proches que l'on peut en attendre.
Ils sont eux-aussi manipulés, eux-aussi trompés par l'attitude de l'agresseur qui à l'extérieur est un être parfaitement charmant, aidant les uns et les autres à différents travaux, souriant,
aimable et même drôle.

Vous, vous êtes tellement mal en point physiquement et psychologiquement que vous ne pouvez plus sourire, vous avez sans cesse la mine triste, vous n'êtes pas enjouée, vous ne riez pas à ses
blagues, ni aux autres d'ailleurs, vous évitez les regards et questions, vous ne parlez pas, ne participez pas.
Alors, pour eux, vous êtes la pisse-froid et vous arrivez même à entendre qu'avec une femme comme celle-là, il a bien du courage ...


Monique LEMOINE 25/11/2009 23:25


Toujours le courage de quelques femmes pour témoigner, dire le pire, revivre à l'occasion de cette journée des souvenirs terrorisants.
Merci de ce courage.
Ce qui est terrible face à ce fléau qui touche tous les pays du monde, c'est que rien ne change et que des jeunes garçons sont dans les même schémas, les mêmes droits de terroriser des jeunes
filles.
Dans ma classe, un groupe de filles va plaider dans le cadre du concours de plaidoiries lycéennes du mémorial de Caen le mercredi 9 décembre à Tours au Centre Départemental de Documentation
Pédagogique.
Deux jeunes filles de 18 ans ont choisi comme titre de leur plaidoirie : STOP aux violences conjugales.
Un tel sujet montre qu'en 2009 nous en sommes encore au début de ce combat.

Ne désespérons pas, il faut que ce courage aille droit au coeur des femmes et des hommes qui veulent l'égalité.
Nous avons tout à gagner. C'est pour cela que nous en parlons tous les jours.




Circé 26/11/2009 07:36


Monique ; J'aimerais si elles le permettent publier leurs plaidoiries après cette journée.
Il est important que toutes les voix soient entendues.
Et ce n'est pas par hasard que ce soit le thème de leur plaidoirie.


Polyb 25/11/2009 14:49


Le récit que tu fais de la femme qui appelle la police m'en rappelle un autre.
J'ai eu de la chance, cela ne s'est pas tout à fait passé comme ça, mais la trouille, oui, reste, 12 ans plus tard. Déménagement pour ne plus être suivie, surveillée, pour se dire au moins aux
heures où l'autre travaille : "Là, il est loin, il n'a pas le temps de venir. On est tranquille."
La nuit, par contre, rien n'empêche la surveillance. Donc se protéger, et espérer que le temps apaisera les choses.
Sauf que le temps n'apaise pas les fous qui ne se soignent pas et dont la société ignore la folie.
Après 10 ans, nouvelle confrontation, mêmes maux, mêmes récriminations, 10 ans ont passé mais rien n'est passé.
De mon côté, j'ai reconstruit une vie plus sereine, j'ai cru que ce serait pareil pour lui, puisque nous nous voyons régulièrement (bien obligés) sans nous parler toutefois.
Eh bien non. La folie reste, et une semaine sur deux, je dois continuer d'assumer de lui confier la prunelle de mes yeux.

Une remarque : il faut que tu précises tes chiffres : dans le monde, en France, etc... pour qu'on en prenne mieux la mesure.

Merci beaucoup pour cet article, Circé.


Circé 25/11/2009 15:00


Les chiffres sont terribles.
Là où dix femmes se trouvent, 'une d'entre elles au moins est victime de violences.
Imagine, n'importe quelle réunion, la sortie d'une école, le magasin où tu fais tes courses, les caissières et même les policières, les avocates, les institutrices, les professeures, les femmes
âgées...
Cela donne le vertige, et pourtant.
Toutes sans exception peuvent être victimes quel que soit leur niveau social, leur éducation .
Et par là-même, un conjoint violent ne peut être détecté avant.
Par contre ce qui est constant, c'est le processus qui s'est organisé autour de la violence mise en place par les agresseurs.


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