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27 Nov

Etats des lieux des violences faites aux femmes : En France et dans le Loiret.

Publié par Circé  - Catégories :  #Violences faites aux femmes, sexisme, machisme

mondeD'année en année, le constat est toujours aussi accablant : Tous les deux jours et demi une femme meurt sous les coups de son compagnon.

 

Et les chiffres qui viennent d'être dévoilés ne sont pas là pour nous rassurer. Bien au contraire ! Car ils sont largement sous-estimés malgré leur provenance en partie de la synthèse des données de la police judiciaire, de la police nationale ainsi que de la gendarmerie.

 

Jusque là, rien que de très normal, mais lorsque est rajouté par le Ministère de la Justice que le dépouillement de la presse nationale sert également à recenser le nombre de victimes, cela laisse plus que dubitative, pour ne pas dire provoque la colère. Comment accepter cela quand on sait combien ces violences sont minimisées, éludées, non reconnues par notre société, soi-disant civilisée ?

 

Lors du vote de la loi de juillet 2010 contre les violences faites aux femmes, toutes les associations féministes ( CNDF, Femmes Solidaires...) qui travaillaient depuis de longs mois à la rédaction d'une loi-cadre avec des Députées telles Marie-George Buffet et Martine Billard, très engagées pour la cause des femmes, militaient entre autres, pour la création d'un observatoire national des violences faites aux femmes.

 

Las, le gouvernement, comme à chaque fois que cela concerne les femmes en a refusé sa création au prétexte que cela "coûterait" trop d'argent. Un observatoire de la délinquance suffit parait-il...

 

Total, savez-vous par exemple qu'il n'existe aucune case à cocher pour savoir s'il y a la moindre victime à la suite de ces violences, qu'elle soit femme, homme ou enfant ?

 

Alors qu'en est-il des chiffres publiés pour l'année 2011 ?

Et bien ils sont collectés...à la main ! Rajoutés sur les documents officiels, avec les approximations que cela engendre.

 

Aussi, ne soyez pas étonnés que le département du Loiret ne communique sur aucune femme morte sous les coups de son compagnon en 2010. Pour en connaître une certaine réalité, il vous faut dépouiller la presse locale, pour peu qu'elle ait relaté l'affaire. Les services de police n'ont ainsi rien publié à ce sujet. Et pour cause.


Au niveau de notre Collectif, nous avons pris connaissance d'au moins 5 cas pour le département, dont 2 à Orléans et 1 dans son agglo. Mais tout cela est bien aléatoire puisque nous n'avons pas accès à la presse de Montargis ou de Gien par exemple. Alors, à moins que cela ne fasse l'objet d'un article dans notre PQR locale, bien difficile de se faire une opinion quant aux ravages de ce fléau.

 

Mais passons donc aux chiffres officiels publiés.

 

En 2010, ce sont donc 146 femmes qui sont mortes sous les coups de leurs compagnons, 28 hommes dont 22 parce que leurs compagnes se sont défendues, et aucun couple homosexuel.

Car oui, les rapports de domination existent aussi au sein de ces couples.

 

A ces victimes "recensées" devraient s'ajouter entre 300 et 600 enfants, ces victimes éludées, ignorées, de ces violences. Ces chiffres, je le précise, sont une projection de l'observatoire des violences faites aux femmes du 93, le seul qui existe en France, mais j'en reparlerai plus loin.


Ainsi les victimes de violences conjugales représentent peu ou prou chaque année entre 1/5ème et 1/4 des homicides/féminicides.

 

Toutes les couches de la société sont concernées sans exception,

ainsi que tous les âges de 20 à 70 ans, les 60/70 ans représentant près d'1/6ème des violences conjugales, tandis que seuls 2 cas sont recensés pour les moins de 20 ans.

 

L'association Solidarité Femmes qui gère le 3919, numéro d'appel national, révèle ainsi que pour l'année 2010, selon les données qu'elle a collectées :

- le mari ou concubin est majoritairement l'auteur des violences 96%

- qu'à 37,5% la relation dure depuis plus de 10 ans, mais aussi :

 

Capture.PNG

 

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Capture3.PNG

Mais venons-en au Loiret .

 

En 2010, il y a eu 332 dépôts de plaintes pour violences dont 254 cas de violences intra-familiales...

Et puis ? Et puis c'est tout, aucune autre donnée, plus fine, plus pertinente .

 

Pour les raisons expliquées plus haut, il n'y aurait donc ainsi aucun cas de femmes décédées sous les coups de leurs compagnons dans le Loiret en 2010.

 

Ce qui bien évidemment est faux. Là, comme dans d'autres départements, pas de case pour recenser les victimes , bien qu'il suffirait de créer des indicateurs supplémentaires pour les rendre visibles.


Pour notre part, au niveau de notre Collectif, comme je le disais plus haut, nous en avons recensé au moins 5 dont 2 à Orléans et 1 dans son agglo. Ce qui plombe sérieusement les chiffres de la délinquance à Orléans, qui sont paraît-il excellents dans notre ville.

 

Facile ensuite de se targuer d'avoir les chiffres les plus bas en matière de criminalité, sauf qu'en réalité, notre département, notre ville, notre agglo, sont juste de forts mauvais élèves. Ils représenteraient ainsi près de 3,5 % des féminicides recensées en France, dont plus de la moitié se situerait à Orléans et son agglo.

 

Et là, ce ne sont que nos chiffres relevés dans la presse locale orléanaise, ni celle de Montargis ou de Gien, c'est dire si la réalité est bien pire que cela.

 

Concernant Orléans, il ne suffit pas de donner 18000 euros à une association pour se croire dédouaner de toute responsabilité, ni une aide ponctuelle pour s'acheter des produits d'hygiéne ou encore former des profs de Karaté qui ensuite pourraient enseigner aux femmes victimes à se défendre : la violence en réponse à la violence ?


Et quid du nombre réel de places pour femmes victimes, femmes qui sont souvent accompagnées de leurs enfants ?


Quid du projet de l'Aprofed qui dès 2005, prévoyait, lui, l'ouverture d'un centre d'hébergement pour femmes victimes ouvert 24H/24, 7j/7 , où celles-ci auraient pu se poser, se reconstruire avec leurs enfants ? Le tout avec toutes les intervenants nécessaires pour cela : éducateurs, assistantes sociales, psys...

 

Au lieu de cela, ce sont les subventions aux associations qui baissent, des places en CHRS ( Centre d'Hébergement et de Réinsertion Sociale) qui sont refusées aux femmes victimes, le prix de journée de ces centres étant plus rémunérateurs que ceux des places réservées aux femmes victimes de violence...

 

Un commissariat de police d'Orléans qui a fait de gros progrès quant à l'accueil des femmes, mais qui vient de perdre son assistante sociale mutée dans un autre département. 

 

Il existe d'autres endroits dont il ne vaudrait mieux pas parler. Mais taire c'est accepter et nous n'acceptons pas qu'une femme ne puisse déposer plainte car elle n'a pas de certificat médical, comme cela s'est produit à La Source ou bien qu'elle soit renvoyée parce que l'agent formé à la réception des femmes victimes est en congé, comme à Chécy....

 

Et nous aurions tant d'exemples autres à citer...Tant d'incohérence, de ratés...

 

Et que dire sur le tribunal d'Orléans qui devrait disposer de 6 juges aux affaires familiales alors qu'il n'y en a actuellement que 3, tandis qu'ils ne seront plus que 2 en janvier prochain.

 

Pas étonnant en ce cas que les ordonnances de protection soient si difficiles à obtenir.

 

Et encore, ici ne sont évoqués que les cas de femmes victimes de violence qui sont françaises. Car si pour leur malheur elles sont en plus étrangères, et bien sachez que selon leur titre de séjour ou la durée de leur mariage avec leur conjoint, elles peuvent tout simplement se voir retirer leur titre de séjour et se retrouver expulsables, voire expulsées.

 

De nombreux cas sont malheureusement connus par toutes les associations qui pourtant résistent et font front devant cette injustice.

 

Mais les violences faites aux femmes n'intéressent que fort peu, et le déni est d'une ampleur jamais égalée, l'affaire DSK ayant bien révélé quel était l'état de notre société quant à cette problématique.

 

Alors oui, quand en plus la femme, jeune femme victime est étrangère, les poncifs et stéréotypes nous sont souvent déversés : Elles n'ont qu'à retourner chez elles, vous défendez l'indéfendable, la France aux Français, c'est leur culture etc...etc...

 

Pourtant cette violence, n'est ni une violence culturelle, ni une violence que nombre voudraient croire récentes. Divorcer il y a encore moins de quarante ans vous exposait à la vindicte populaire, vous désignant comme une femme de mauvaise vie, les enfants aussi montrés du doigt, couverts d'opprobes ayant honte d'avouer la situation familiale de peur d'être mis à l'écart par leurs camarades de classe.

 

Et cela, c'était pour celles qui pouvaient partir. Les autres ? Sans argent, dépendantes en tout et pour tout de leur bourreau et tyran de mari, elles subissaient quitte à en mourir dans l'indifférence générale. Quant aux religieux, il ne fallait guère attendre d'aide de leur part, la pensée unique était de leur dire qu'elles étaient mariées pour le meilleur et surtout le pire, qu'elles devaient accepter leurs conditions et patienter qu'un pseudo Dieu leur vienne en aide. Et dire qu'ils reviennent en force ! Et que nous, nous nous voilons la face quant à l'ampleur de ces violences.

 

Tant de sornettes colportées aussi sur les enfants qui devraient rester avec leurs deux parents qu'elles que soient les conditions. Sans compter les inepties sur ces compagnons violents qui seraient par ailleurs de bons pères avec leurs enfants....

 

Que les choses soient claires, un homme qui fout sur la gueule de sa compagne, n'est pas ne sera pas/jamais un bon père.

Oui les enfants voient, oui les enfants entendent, oui les enfants subissent et deviennent à un moment ou un autre les destinataires des coups. Souvent les mères partent lorsqu'elles se rendent compte qu'elles ne sont plus les seules souffre-douleurs de leur tortionnaire.

 

Il est à noter que les deux étapes les plus dangereuses pour les femmes victimes de violence sont l'annonce d'une grossesse/ l'arrivée d'un enfant et bien entendu, le moment où elle décide de partir. Il n'est pas rare que les agresseurs les poursuivent de leur vindicte meurtrière jusque dans d'autres villes, départements, et lorsqu'ils les ont retrouvées, tout peut malheureusement arriver.


Des enfants aussi meurent de ces violences, dans ce que la presse appelle "drame familial". Pourtant, ce sont bien des meurtres et pas des drames familiaux. Cessons de croire en la toute puissance du pater familias qui a droit de vie ou de mort sur sa femme, ses enfants.

 

Deux cas terribles encore ces derniers jours.


Cette jeune femme enceinte de huit mois, morte des suites des coups de son compagnon découverte dans un congélateur. Cette autre et ses deux enfants tués par leur père et mari ...

 

Et tant, et tant chaque jour.

 

Notre société est violente vis à vis des femmes, et les discrimine en toutes occasions. L'assignation des rôles, des taches dès le plus âge font partie de ces stéréotypes largement véhiculées ensuite en tous lieux via la publicité, les supermarchés, magasins de jouets, librairie, qui font perdurer ces violences.

 

Pourquoi dès l'enfance, aux petites filles est proposée le monde de la maison : poupées, taches ménagères...tandis qu'aux petits garçons, le monde de l'extérieur est désigné comme étant le leur, eux qui se doivent d'être aventuriers, marins au long cours, chasseurs, ou super-héros ?

 

Comment s'étonner ensuite que nos ados perpétuent tous les stéréotypes que les adultes leur ont véhiculés/inculqués depuis l'enfance, où la publicité consacre les femmes objets dans tous les nécessaires états de leur condition subalterne ? Comment s'étonner alors que de jeunes "mâles" jouant les dominateurs, renvoient leurs homologues féminines à la maison, tandis que celles-ci tentent de se protéger soit en obéissant, soit en se montrant encore plus violentes qu'eux ?

 

Hypocrisie quand tu nous tiens !

 

Mais c'est là un difficile sujet dont nombre refusent d'en appréhender la problématique. Le populisme est plus souvent de mise que la réflexion. Cette réflexion engendrant à terme de profonds changements de société qu'ils/elles ne sont pas prêt-e-s à accepter.

 

Dans d'autres pays bien plus avancés que nous, c'est dès la crèche que le sexisme est combattu, mais là, rêvons, rêvons, alors qu'une librairie qui se veut une référence l'organise encore en 2011, ici à Orléans.

 

Nous ne sommes pas prêt-e-s d'en sortir...

 

Quels seront les chiffres l'année prochaine ? Je crains le pire.

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BCT 29/11/2011 08:32


Ah, au fait, très bon ton texte. Je pense qu'il va être répris dans quelques gazettes...

BCT 29/11/2011 08:31


J'aime bien ce paragraphe, il en dit long... Certaines religions utilisent des voiles pour rappeler à ces "spice de connasses" comme dirait la marionnette, la place qu'elles doivent avoir dans la
société et nous...? on les éduque dès le plus jeune âge... mais je peux me tromper...


"Pourquoi dès l'enfance, aux petites filles est proposée le monde de la maison : poupées, taches ménagères...tandis qu'aux petits
garçons, le monde de l'extérieur est désigné comme étant le leur, eux qui se doivent d'être aventuriers, marins au long cours, chasseurs, ou super-héros ?"

Circé 29/11/2011 09:04



Michel :


Je sais que tu comprends cette problématique et que du moins, même si tu ne l'appréhendes pas forcément dans sa globalité comme nombre d'entre nous, tu n'y es pas insensible.


Je t'en remercie, la société ne peut avancer qu'ainsi, en se posant des questions et pas en émettant des propos de comptoir inutiles sombrant dans le populisme démago : cf article de La Rep par
exemple .



monique Lemoine 27/11/2011 19:52


Une présentation très documentée de la situation catastrophique pour les femmes victimes de violences présentes et à venir.


Pourquoi ne pas se saisir de cette injustice étatique ?


Pourquoi les femmes et les hommes de bonne volonté ne s'insurgent pas contre cette tolérance et acceptation de cette violence ?


Pourquoi à l'école dès la maternelle l'éducation sexuelle telle que prévue par les textes n'est pas appliquée.


Pourquoi des élèves de terminale m'affirment qu'offir une poupée à un garçon pour lui apprendre éventuellement son futur rôle de père c'est n'importe quoi et qu'en plus c'est plus grave que
d'offir un pistolet à une petite fille ?


Ce soir je n'ai que des questions. Le chemin de l'égalité est bien long.


N'acceptons pas cette injustice plus longtemps. Tout le monde connait les solutions.


Une mobilisation nous donnerait le moral pour 2012 !


Au moins ce serait un évènement.


 

Circé 27/11/2011 20:55



Monique :


Oui, une mobilisation pour la cause des femmes en 2012, voilà qui serait un événement.


Mais ne sommes-nous pas dans le pays des droits de l'homme ?



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" Pourquoi une Femme entière ne serait-elle qu'une moitié ? "