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05 Dec

Chroniques Kabyles : Awayzen (I)

Publié par Circé  - Catégories :  #Chroniques, Kabylie, Algérie, Ecriture

                                      - l'Ogre (I) -

 

Les deux bâtisses sans grâce adossées à flanc de colline se font face.

L'une plus petite et aveugle surplombe l'autre, imposante et massive. Un lourd portail de métal la tient hermétiquement close aux yeux et à la présence fortuite de ceux qui se seraient égarés en ces lieux inhospîtaliers.

Si l'un de ces improbables et involontaires vagabonds avait pu entrevoir ne serait-ce qu'un instant les entrailles de l'édifice, il y aurait vu une cour intérieure vide et bétonnée en son entier, aussi laide et triste que l'inaccessible habitacle.
Et quelques déchirures délirantes, figurant les fenêtres y soliloquant entre elles. Paysage obligé les unes des autres, en ce morne espace.

Seul un abreuvoir en zinc trônant inexplicablement en son milieu aurait pu attirer son regard ainsi que l'eau froide comme la mort, puisée dans les profondeurs de l'Hadès qui y sommeille sournoisement.

Une fois l'imposante poterne refermée derrière elles, les nues sont l'unique échappatoire de celles qui sont prisonnières en cette geôle qui ne dit pas son nom.
Car seules des femmes survivent ici.
Et s'y déssèchent de solitude et d'isolement forcé. Vacillant entre autisme et folie. Désemparées, désespérées, liberté et vie aliénées à la discrétion du Maître.

Leurs âmes entrent alors en errance, divaguent entre nuages sombres gonflés d'orage et ciel chauffé à blanc de Kabylie. Mais elles n'attendent rien de la tempête salvatrice qui couve sans cesse et ne tombe jamais.
Alors elles s'enchainent au manteau étoilé de la nuit.
Jours étouffants et nuits glacées.

Lui scintille, brille et bruisse des mots de liberté, vie, lumière, rêves. Peut-être aussi de compagnie, partage, amour... loin de la souffrance de cette séquestration imposée par le Tyran.

Et puis le jour revient, annihilant tout espoir.
Leurs esprits regagnent leurs corps prisonniers des lieux.
L'aurore recouvre d'amertume et de frustration délétère leurs vies brisées, entravées par les chaînes de servitude invisible tissées par Awayzen.

Lui demeure dans l'autre édifice.
Aussi hostile aux visiteurs que le premier bien que des ouvertures en trouent les murs extérieurs. Constamment closes, comme la porte d'entrée, flanquée d'un second vantail d'acier, n'invitant nullement à la visite impromptue ou incongrue.

Tenant à distance l'hypothétique passant qui pourrait solliciter aide et secours aux habitants de l'impénétrable ouvrage. L'immense terrasse couverte à l'unique étage de la baraque cadenassée, sur laquelle se perdent hamac, sofa et table basse aurait pu susciter quelque intérêt ou appel à s'y reposer. Mais plus surement figure-t-elle l'œil de l'infâme Cyclope dévorant tout étranger en cet antre  maléfique. Gare aux naufragés en ces terres, égarés.

Le Monstre et sa mâle descendance occupent les lieux. Nul autre qu'eux ne peut y avoir accès.

Les alentours désertiques sont à l'avenant des deux ouvrages. Isolés, perdus entre enfer et vie. Antipathiques et abrupts, austères et odieux. Arides, caillouteux et stériles.
Jours étouffants et nuits glacées.

Seuls quelques oliviers à l'abandon, où un âne tente encore d'y trouver quelque ombrage et parcimonieuse subsistance, grattant la terre du sabot, résistent à la brûlure du ciel.
Ses braiments et le vent des montagnes balaient plus souvent qu'à leur tour le sol et les cœurs et en tarissent la moindre étincelle d'humanité.

Funestes présages d'une tragédie où tous les lieux sont campés. Les acteurs peuvent y prendre place et l'histoire va pouvoir commencer.

Jours étouffants et nuits glacées.

 

 

AVERTISSEMENT : Ceci étant le début d'une nouvelle, c'est donc une oeuvre de fiction...


 

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Tourtaux 01/04/2011 09:10



Je ne sais pas comment m'y prendre pour essayer d'y retourner.


Tu vois Dominique, ce qui est paradoxal chez moi, c'est que depuis plus d'un 1/2 siècle que je milite, que j'aide les gens efficacement bien souvent, je suis incapable de le faire pour moi. J'en
ignore les raisons. Si tu les connais, explique moi. Ce sera avec plaisir que j'écouterai tes conseils avisés.


Je ne te connais pas visuellement mais je pense sincèrement que tu es une personne qui mérite d'être connue et pour cela, tu as toute mon estime.


Jacques



Tourtaux 31/03/2011 23:45



Que c'est beau circé. Je vais voir plus loin, je sais que tu as écrit sur l'Algérie.


Je retourne donc quelques instants dans ce magnifique pays, grâce à toi.


Merci!



Circé 01/04/2011 08:31



Jacques :


Pourquoi ne pas franchir cette étape ?


Pourquoi ne pas envisager d'y retourner, pour un court séjour peut-être, mais ne pas, ne plus rester ainsi avec ces regrets et envies au coeur ?



EvaNaissance 05/12/2010 20:22



super! Comme j'ai apprécié de lire la première "page" de ce nouvel écrit bien "intrigant" il me semble! et qui me fait découvrir, hormis les personnages, une région que je ne connais pas. hélas.


j'attends déjà la suite!


Merci de nous donner la possibilité de lire au fur et à mesure...


amicalement


 



Circé 05/12/2010 20:24



EvaNaissance :


Mon défi est dorénavant lancé, je dois le relever. Merci de votre soutien.



monique LEMOINE 05/12/2010 19:18



Bravo, voici que nous allons vivre des aventures tant nécessaires en ces temps de grisaille et de misère à notre moral.


Circé prend sa plume et la trempe en Kabylie.


 Renouer avec le feuilleton comme aux temps anciens est une belle idée.


J'attends avec impatience les belles phrases qui font du bien et du beau.


Merci d'imaginer des histoires pour nous. J'adore qu'on me raconte des histoires, qui ne sont pas des salades.



Circé 05/12/2010 20:08



Monique Lemoine :


Une histoire de Femmes et d'Hommes. le feuilleton que je dois poursuivre dorénavant.



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