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15 Sep

Et l'Oeil était dans la tombe orléanaise et nous prenait pour des Caïn...

Publié par Circé  - Catégories :  #Politique et politique locale

J'ai toujours aimé cette phrase tirée de la Légende des Siècles de Victor Hugo :
- " L'oeil était dans la tombe et regardait Caïn ".
La culpabilité qui vous suit jusqu'aux tréfonds de votre âme, la moindre parcelle de votre être.

Curieux comme cette phrase m'est revenue ainsi .
A la suite d'un mail en provenance d'un ami qui a quitté Orléans.
Mais pas seulement.

La rentrée, réserve souvent toutes sortes de surprise.
Bien entendu, la plupart du temps, ce sont celles qui se situent autour de la rentrée scolaire des enfants. Mais pas seulement.
Mon dernier fils, 21 ans bientôt m'en a réservée une.
Comme seuls savent le faire vos enfants.

Petit retour en arrière.
Mardi 01 septembre, retour des universités d'été du PCF.
Et oui, nous aussi nous en avons eu.
Avec des débats très intéressants et passionnants autour de la crise bien entendu, des prochaines élections régionales et du Front de Gauche, mais pas seulement.

- Pourquoi les religions ont-elles peur des femmes ?
- Comment peut-on hétérosexuel ?
- Le Crédit Bancaire expliqué aux nuls,
- le Capital et nos cerveaux, la guerre des savoirs aura bien lieu,
- Blocages politiques et dynamiques sociales en Iran...
Bref, plus de 30 ateliers ...

Je suis donc un peu songeuse et fatiguée, assise sur le canapé à côté de mon fils, en ce mardi matin.

- " Maman..."
- " Hum...oui ?"
- " C'est juste pour te dire que je pars vivre à Paris samedi avec G..."
Silence.
- " Ah bon ? Mais tu ne pouvais pas m'en parler avant ?"
- " Ben, t'étais pas là ce week-end, alors voilà je te le dis maintenant..."

Je ris intérieurement. C'est bien mon fils !
Toujours à dire tout au dernier moment, à lancer cela comme une balle, une salve.
Tu prends ou tu prends pas, tant pis pour toi.

- " Ah oui, et puis je voulais te demander aussi si samedi tu ne pouvais nous y emmener pour nous aider à emménager. Tu crois qu'Atmane nous prêtera sa voiture? " rajouta-t-il innocemment, sachant à l'avance la réponse.

Mon fils s'en va !
Cela me fait tout drôle, je suis à la fois heureuse et inquiète.
Heureuse parce çà y est, il prend son envol.
Il ne vivra plus sous mon toit et je sais que cela commençait sérieusement à lui peser, lui qui voulait tant s'assumer seul et qui ne le pouvait pas, ne trouvant aucun emploi.

Voilà, il se lance, il s'en va.
Et à Paris ! J'en souris encore intérieurement tout en me posant cette question :
- " Ai-je bien fait mon "boulot" de mère ? Sera-t-il un compagnon correct pour G...? S'épanouira-t-il ? "
Bref, qu'ai-je raté, va-t-il y arriver ?
Et puis d'un seul coup, la confiance qui s'impose, il s'est lancé et l'essentiel est là.

Au même âge, un peu plus jeune à vrai dire, je quittais Paris et sa région parisienne.
Lui fait le chemin inverse et j'en suis heureuse pour lui.
Orléans n'est pas le nombril du monde.
A vrai dire c'est une ville quasi déjà morte, surtout pour les jeunes gens.

Et ce n'est pas ce que j'ai vu en conduisant mon fils et son amie jusqu'à leur appartement qui me fera changer d'avis.
Bien au contraire.

Un petit studio dans le 17ème, dans un quartier animé avec plein de jeunes couples avec enfants.
Beaucoup d'enfants de tous âges, du nourrisson dans sa poussette au petit enfant empoignant sa trottinette, au plus grand sur son vélo en passant par ceux qui jouent au ballon au milieu de la rue ou bien slalomant entre les adultes juchés sur leurs rollers.

Et ça piaille, ça rit, ça joue comme des fous.
Et ça pleure aussi, affalé sur l'asphalte, résultat d'une chute lourde et inopinée .
Et ça crie, ça s'interpelle, ça chante.
Et ça vit !

Et je suis époustouflée.
Les adultes sont souriants, prévenants, tolérants, les regardent avec beaucoup de bienveillance.
Ils font partie de leur société, ils ne sont pas de trop.

Et je songe à Orléans.

A ce qu'à n'en pas douter, il se serait passer en pareil cas, pour l'avoir vu et vécu.
Les voisins hurlant qu'ils n'ont pas à jouer là, qu'ils font du bruit, qu'il est interdit de taper dans un ballon dans la résidence, de faire du skate ou du roller dans la pente, de crier à cet endroit, qu'ils aillent plus loin.

Et j'en frémis encore de dégoût et de colère.
Appellez donc la Police Municipale si vous voyez quelque chose qui vous dérange.
C'est ce que ne cesse de leur instiller les bailleurs sociaux(?) ou non.
Politique Sécuritaire et Laboratoire Orléanais en activité.

Et ce sont les jeunes, les enfants à partir d'un dizaine d'années qui en font l'objet.
Pas seulement d'ailleurs.
Mais si vous êtes jeunes, basanés et frisés et bien vous faites l'objet de toute l'attention de nos forces de sécurité (?).

Mon ami Najib peut en témoigner.
Moins de 30 ans, rejoignant son ami vers le centre de conférence, il a voulu faire à pied la distance qui le séparait de la Place d'Arc à leur lieu de rendez-vous, soit deux stations de bus.
Il faisait beau et attendre le bus en plein été équivaut finalement à perdre du temps et à être entassés entre usagers.
Alors marche pied et...
Deux contrôles policiers en moins d'un kilomètre de distance.
Comme cela sans raison, fouilles à l'appui. 

Alors quelle banalité de dire que dans ma résidence lorsque les enfants, les ados jouent au ballon, on les prend en photo en les menaçant de remettre les clichés à la Police, que l'on appelle finalement.
Police Municipale en renfort.
Qui arrive, bien entendu.
Je n'habite pas l'Argonne, mon quartier est calme aux dires même de ces agents, tellement calme même qu'il ne mérite pas la visite d'agents de médiation c'est dire.

Et tout fait foin.
19H un soir d'hiver, et la BAC arrive en trombe.
Casse, agression ?
Pas du tout. Des jeunes sont en bas de l'immeuble et discutent.
Ce sont tous des garçons, des ados avec une voix d'outre-tombe comme seuls peuvent avoir des ados mâles qui muent.
Ils sont crontrôlés, fouillés, invités à dégager de l'endroit où ils habitent.

Il y a même des collaborateurs zélés dans ma résidence.
De ces vigies qui dans leur propre métier sont surnommés " Adolphe Hitler", tant les propos sont odieux.
Mais il en est très fier cet individu.
Et il a en poche tous les numéros de portable de l'agent machin ou de l'agent chose.
Et il se rengorge d'importance, l'affreux personnage.
Il se prend pour ce qu'il n'est pas, et ne se rend même pas compte de ce qu'il est.
Un pathétique et infâme factotum.
Tout ce que la société sécuritaire à la mode FN a et fabrique de détestable.

Les enfants de l'affligeant quidam ne s'y trompent pas.
Eux qui déjà se comportent comme s'ils avaient une impunité certaine.
Ils sont pourtant dans le collimateur de celui ou de celle qui très bientôt prendra sa place comme dénonciateur béat de délinquant potentiels, aucunement déclarés, ses enfants en tête de liste.

Et je vois cela avec mépris.
Comment peut-on vivre sans cesse sous surveillance dans cette ville ?
Comment peut-on supporter l'oeil inquisiteur des caméras, celui fouinard et chafouin de citoyen(ne)s illégitimes et scélérat(e)s, le passage constant des polices municipale, nationale et de la BAC ?

Et je ne pense même pas ici à ma résidence, mais à cette rue de la république le samedi après-midi qui fait l'objet de la circulation incessante des gardiens de la Paix(?).
Et cela n'arrête pas, dans un sens, dans l'autre, en voiture alors que la rue est piétonne.
Descendant souvent toute sirène hurlante alors que le chaland est nombre, enfants de tous âges les accompagnant.

Je frémis et je crains.
Je redoute le jour -qui arrivera sans conteste- où une personne, un môme ... sera renversé par ceux-là même qui devant nous protéger se comportent comme des cows-boys faisant leur rodéo.
Souvent pour pas grand-chose, pour ce qui ne mérite aucunement un tel déploiement.

Et que dire de leur attitude quand il y a un regroupement de jeunes ?
Je suis exaspérée.

Les orléanais ne sont pas condidérés comme des citoyens lambdas présumés innocents de tout crime.
Crime qui s'il n'a pas encore été découvert peut survenir à tout moment .
Pour quelle raison ? On s'en fout, a les chiffres statistiques à faire tourner.
Donc citoyens orléanais, vous êtes des délinquants et coupables potentiels.

Et c'est cela qui fait toute la différence.

Revenue de Paris donc, je me suis sentie mal, étouffée par cette surveillance, cet épiement permanent et je ne savais que faire de cette révolte.

Aussi lorsque j'ai reçu le mail de cet ami, installé depuis peu dans la région parisienne avec qui nous venions d'échanger sur sa nouvelle situation, et lui avoir conté l'anecdote de l'installation de mon fils à Paris, voici ce que je lui ai répondu :

Lorsque j'ai regagné Orléans, j'ai immédiatement senti sur mes épaules un poids incroyable, je me sens finalement épiée, surveillée, sous le regard de caméra sans que j'ai rien à me reprocher.

 
Et cela devient de plus en plus invivable.
Lorsque l'on reste à Orléans, on finit, non par s'habituer, mais par faire avec, tout en sachant que c'est insupportable.
Lorsque tu passes quelques heures, jours ailleurs ( Vieux Boucau, Paris, La Courneuve...) tu reviens et tu te sens salie sans raison, potentielle délinquante, en liberté surveillée....
Berk, je déprime du coup de ce que l'on fait de cette ville.
 
Et il y a toujours l'abruti pour être content de ne pas être libre de ses mouvements et qui te sort sa litanie :
- " Quand on a rien à se reprocher..." que je coupe dorénavant en assénant
On a pas besoin d'être filmé !!!! un point c'est tout.
 
Cette atmosphère devient de plus en plus lourde pour moi.
Tout en sachant tout ce qu'il y a de dur pour toi, avec les transports, je t'envie .
Paris ou toute autre ville finalement pour moi, c'est dorénavant une bouffée d'oxygène à ma nécesssaire liberté d'être.

Orléans, libérée par une certaine Jeanne.
Orléans engluée ensuite dans la Rumeur.
Orléans dorénavant championne de France des caméras et du nombre de policiers au Km2 et au nombre d'habitants.

Une nouvelle occupation est en cours.
Les barbelés sont invisibles, mais bien là.
Les miradors absents, mais les sentinelles présentes.
Couvre-feu l'été pour certains jeunes, j'attends l'arrêté qui finira par surgir et qui interdira le regroupement de plus de trois personnes, surtout s'ils sont jeunes.

Je caricature ?
Pas si sure...
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polikarpov 17/09/2009 08:31

Circé 17/09/2009 09:46


Pourquoi le commentaire de Polikarpov n'apparaît-il pas ?
Question de ce jour.
Comme il apparaît dans ma boîte mail, voici donc ce qu'il y dit et auquel je n'ai rien à rajouter sinon ceci :
Re-soupirs...


Bonjour,


un commentaire vient d'être posté par polikarpov sur l'article Et
l'Oeil était dans la tombe orléanaise et nous prenait pour des Caïn..., sur votre blog circe45


Extrait du commentaire:
J'ai travaillé à Paris pendant dix ans. Très peu par rapport aux 8000 qui prennent le "dur" tous les matins depuis 30 ans. J'adore Pantruche, le métro, le RER (je n'ai jamais ressenti ce que dit
Laudes), les bords de Seine à pieds lorsqu’il y a des travaux dans le RER. Une autre vision de Paris. J'adore les cours intérieures, les façades qui racontent l'histoire de Paris, les palais, les
vieux hôtels, la statue de Condorcet, les rues du quartier latin, les boutiques de la rue de Rennes, Beaubourg et Braque, exposé, les restos grecs, la rue Daumesnil avec ses arcades et ses
artisans, ses petites places découvertes comme ça par hasard, ses nuits blanches, ses restos toujours bondés, joyeux, les pizzas mangées sur le trottoir, les librairies, l'harmattan, les PUF,
Gibert Jeune (ça c’est pour les bouquins des enfants), Le Louvre (quelle claque lorsqu'on y arrive), la Com&e acute;die française, l'Odéon et sa rue. J'arrête, trop de choses magnifique
lorsqu'on sait les regarder les sentir et lorsqu'on sait se laisser imprégner par les ambiances. On peut dire qu'à Paris parfois on peut oublier son travail et rêver. Orléans manque de tout ça.
Laboratoire ? Le laboratoire pour la politique Sarkosienne dont on a pas du tout besoin. Mais il n'y a pas que Paris, Blois à 60 kms suffit à mon bonheur. J'y suis tous les quatre matins et c'est
un véritable ballon d'oxygène. Alors bien sûr il y a ceux qui diront "bé t'as qu'à y aller", je répondrais "bé, il faut pouvoir, pauvre pomme !". Les enfants  grâce à leurs études peuvent
faire ce que nous ne pouvons plus faire. Orléans ressemble à une grande maison de retraite. Soupirs....



Laudes 15/09/2009 20:00

Bonjour Circé,sachez que si vous preniez les transports en communs en banlieue parisienne, il n'y aurait aucune difficulté pour vous suivre par caméra tout au long de votre parcours ! Et que la police des transports est autrement plus musclée que celle d'Orléans. N'avez-vous jamais pris le métro ou le RER ?En tout cas bon courage à votre fils pour supporter la vie de fou des parisiens ! Aucun regret en ce qui me concerne d'être venu et revenu m'installer à Orléans.

Circé 15/09/2009 21:21


J'ai assisté, ici à Orléans à une scène détestable à une station de bus, celle qui est proche de l'ancien cinéma vers la place d'arc.
Une maman et ses deux petits sont contrôlés par la police des transports ainsi que les contrôleurs habituels.
N'ayant pas de titre de transport, elle a donc été sortie du bus où elle était avec ses enfants.
C'est  à la station où elle descend que j'attends.
A peine sortie du bus elle est aussitôt entourée de tous les contrôleurs ainsi que de la police  .
Ils étaient sept, pour une femme et deux petits de moins de 5 ans qui se sont mis à hurler tellement ils étaient terrorisés.
On l'a sommée de présenter une pièce d'identité qu'elle n'avait pas puis d'appeler son mari pour qu'il vienne la lui apporter sinon elle était emmenée au poste de police
Les enfants hurlaient plus fort.
Les personnes qui tout comme moi attendaient, commençaient à gronder d'indignation.
La police municipale est arrivée sur les entrefaits alors que les controleurs ainsi que les policiers commençaient enfin à être mal à l'aise.
Tout haut, ils ne cessaient de dire :
- " N'ayez pas peur Madame, c'est pour vous reconduire chez vous..."'
Pas le temps d'intervenir de proposer de payer le billet, et la fin que je ne connais pas ne me dit évidemment pas de quel "chez vous" il s'agissait ?


Didier Goux 15/09/2009 13:07

Je ne risque pas de l'oublier : j'ai habité trois ans à La Source ! Et passé quelques mois à la fac de lettres...

Didier Goux 15/09/2009 12:23

C'était une p'tite provoc', hein ? en fait, je me souviens d'Orléans comme d'une ville très emmerdante.De toute façon, l'idée de devoir habiter de nouveau en ville suffit à me déprimer. Mais disons que si j'y étais contraint, je choisirais de préférence une ville où il ne se passe rien, une ville où les modernes "festivus" s'ennuient. Donc, déjà, pas une ville nivrsitaire, ce qui exclut de facto Orléans.

Circé 15/09/2009 12:59


Mais j'ai répondu sur le même ton , j'avais bien remarqué la provoc puisque vous y êtes en quelque sorte abonné.

Je comprends vos arguments, même si je ne les partage pas.
Il faut des citadins et des "ruraux".
Cependant pour une ville dite universitaire, vous oubliez un peu facilement que l'université se situe à ...10 kms du centre ville.

Pas de hordes d'étudiants donc en ville et par conséquent une cité repliée et rabougrie sur elle-même.


Didier Goux 15/09/2009 12:07

Tout cela m'a l'air bien tentant : je me demande si je ne vais pas réintégrer l'Orléanais, quitté il y a trente ans, moi...

Circé 15/09/2009 12:17


Je n'en doute pas un instant.
Si je le pouvais, je vous laisserai volontiers la place, et sans regret aucun.
Cette ville n'aime rien ni personne, un peu comme vous Didier, hormis si j'ai bien compris votre Irremplaçable que je salue ici bien bas.

Et finalement, tout n'est pas perdu .
Grand Merci à elle. 


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