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11 Jul

Chroniques de la Peur Ordinaire en Sarkozie : Zahra, double peine...(I)

Publié par Circé  - Catégories :  #Droits de l'Homme, des Femmes, Politique

Voilà plus d'une année maintenant que j'ai inauguré ces Chroniques de la Peur Ordinaire en Sarkozie,.
Par l'histoire d'Abraham d'une part, puis celle de Houari en plusieurs épisodes, et de tant, et tant d'autres, d'autre part...
Pour certaines de ces chroniques, tout cela est tellement lourd à porter que je ne peux en parler et à fortiori, même pas l'écrire.

Celle de Zahra est de ce nombre. C'est aussi la plus récente.

Si aujourd'hui je franchis la barrière de l'écrit et des non-dits, c'est que je pense qu'elle aura besoin du soutien du plus grand nombre d'entre nous, Femmes et Hommes, héritiers du Pays des Droits de l'Homme et du Citoyen pour avoir gain de cause et être réhabilitée dans sa dignité et son honneur de femme

Mais pourquoi aujourd'hui ?

Peut-être parce que ce matin, elle a enfin pu déposer plainte.
Malgré ses abominables peurs  personnelles qui ont bien failli lui faire perdre connaissance dès son entrée au Commissariat de Police.
Malgré des attitudes induites sur certain fonctionnaire par les lois Hortefeux-Besson.
Malgré tout : le temps, les contre-temps, l'éloignement, les difficultés de déplacement...
Malgré son mari, sa belle-mère, son histoire...

Zahra n'habite pas Orléans, mais une petite ville du Loiret.
Zahra d'ailleurs est un nom d'emprunt.

Elle est arrivée en en France en 2006, suite à un mariage qu'elle avait contracté au Maroc fin 2004 avec un ressortissant français, dont les parents étaient originaires du Maroc.
Nombreux allers-retours entre la France et le Maroc de sa part.
Son travail le lui permet d'ailleurs dit-il, puisqu'il est "indépendant " et qu'il gagne bien sa vie.
Rencontre avec Zahra dont les parents habitent à proximité de ceux de cet homme que je vais prénommer Aziz. 

Histoire d'Amour, présentation officielle, fiançailles et demande solennelle en mariage auprès des parents ne tardent pas.
Avec promesse de venue évidente de Zahra en France dès que le mariage sera retranscrit en droit français.
Que toutes les formalités soient accomplies aussi pour qu'elle entre légalement sur le territoire français.

Ce qui fût dit, fût ainsi fait.

Voici enfin Zahra, notre toute nouvelle mariée, heureuse et amoureuse qui arrive en France à la mi-juin 2006, la tête dans les étoiles, le coeur en bandoulière, les yeux alanguis d'un amour débordant pour son époux dont elle est séparée depuis de longs mois.
Cela, malgré les fréquents allers et retours de celui-ci qui continuent entre le Maroc et la France, pour la rejoindre désormais.
Pourquoi en aurait-il été autrement d'ailleurs ?

Comme je vous le rappelle, il est bien payé, indépendant et possède de plus une agréable maison où il demeure seul.
Dans laquelle, il se fera un devoir de recevoir dignement celle qui est désormais sa femme chérie et choyée : Zahra.
En attendant, il a également fait construire pour eux une maison au Maroc.

C'est ainsi que Zahra, souriante, arrive enfin à l'aéroport de Paris-Orly en cette fameuse mi-juin 2006.
Son mari l'attend dans un joli coupé sport et l'emmène dans une ravissante bourgade du Loiret. Leur logis les y attend...

Mais si jusqu'ici, tout s'est déroulé comme je vous l'ai écrit, à la manière d'un simili roman-conte de fée à l'eau de rose, teinté de grands serments d'amour, sucrés et sirupeux à l'instar d'une boisson dégoulinante d'orgeat, voilà que moins de 150 kilomètres plus loin, le cauchemar va commencer.

En guise de magnifique villa, le bas de l'immeuble d'une cité attend Zahra.
Et quelques étages plus haut, l'appartement de type F4 de la belle-famille où s'entassent déjà trois couples.
Zahra interloquée, pense d'abord qu'elle rend une visite de courtoisie à sa belle-famille avant de se rendre à son propre domicile.
Elle assiste éberluée au dépôt de ses valises dans cet appartement.

Puis la mère d'Aziz lui demande de bien vouloir lui remettre tous ses bijoux.
Une épouse se devant d'arriver parée de tous les colliers, bracelets, bagues...qu'elle a reçus en cadeau de mariage, elle se retrouve en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, dépouillée de toutes ses parures.

Sidérée et silencieuse.
Elle ne comprend rien.
Son mari vient de lui dire qu'ils vivront ici en attendant qu'ils aient un appartement.
Elle n'ose même pas lui demander des explications.
Sans doute a-t-il eu un revers de fortune et n'a-t-il rien voulu lui dire, par peur et surtout par honte...?

Mais c'est sans importance puisqu'ils s'aiment !

D'ailleurs très rapidement, pour lui faire découvir la France, il va l'emmener à Paris.
La Tour Eiffel, l'Arc de Triomphe, les magasins, les vêtements qu'il lui offrira...
Mais...Ce sera la seule et unique fois.

Car du côté de la charmante bourgade du Loiret, le cauchemar continue et s'amplifie.
Pas de chambre particulière, donc pas d'intimité.
C'est la belle-mère qui régente les rapports intimes que chacun des couples peut avoir sous son toît.
Elle décide qui et quand ils partageront le même lit.

Aziz quant à lui est de plus en plus fréquemment absent.
Zahra se retrouve de toute façon, qu'il soit présent ou absent, de corvées pour toute la maisonnée : linge, cuisine, vaisselle, ménage...
Elle n'a pas le droit de paraître lorsque la famille reçoit des connaissances.
Elle est présentée de toute façon comme timide, réservée, sauvage, n'aimant que peu la compagnie d'autrui.
Puis, très rapidement elle est sommée de s'inscrire en Intérim, mais aussi de ne répondre à aucune sollicitation de celles et ceux qui chercheraient à lier connaissance ou amitié avec elle.

Aziz commence à ne plus rentrer la nuit.
Zahra pour la première fois se rebelle et demande des comptes à son mari qui, assisté de sa mère la prend de très haut :
- " De toute façon, tu n'as rien à dire, on est en France ici, et il fait comme il veut, c'est comme cela que cela se passe ici et tu n'as rien à dire. Et si tu n'es pas contente, tu n'as qu'à partir..."

Là, ce sont les paroles.
Dans les actes, tous les papiers de Zahra, passeport, livret de famille, carte de séjour lui ont été retirés.
Les impôts en auraient eu besoin... 

Zahra pourtant, revient à la charge à la suite d'une énième absence de son mari.
Mal lui en prend.
Elle se retrouve à la porte et fait un malaise.
Ne souhaitant nullement la présence de la police dans leurs affaires, la belle-famille de Zahra décommande la venue des pompiers, sollicitée par des voisins qui au pied de l'immeuble ont assisté à son évanouissement.
- "Ce n'est rien, elle est juste un peu fatiguée et énervée..." leur dit-on, c'est habituel chez elle, c'est son tempérament.

Mais pendant plus de trois semaines, c'est dans une autre famille qui demeure àplus de 60 kms de là et qui a accepté de l'héberger, qu'elle va rester.
Cette famille croyant à un simple différent dans le couple va jouer les intermédiaires pour une réconciliation qui durera ce que dure le temps d'un mensonge éventé.
Dès qu'elle remet les pieds dans l'appartement de la belle-famille, tout recommence.

Zahra échappe parfois à cette ambiance en effectuant des missions d'intérims dans différents domaines, surtout pour l'instant du côté des saisonniers agricoles : ramassage des fraises, haricots verts, pommes de terre.
Mais les corvées l'attendent quand même en rentrant à la maison.

Bonne nouvelle oucatastrophe : Zahra se retrouve enceinte.
Colères du mari et de la belle-mère.
Menaces et pressions auront raison d'elle, elle avortera, aidée psychologiquement par son médecin qui l'adresse à une assistante sociale.

Juillet 2007.
Zahra décroche un contrat en tant qu'assistante à domicile chez une personne âgée qui est quasiment impotente.
Non seulement c'est à 60 kms de son domicile, mais le contrat stipule qu'elle doit effectuer des gardes de nuit ainsi que deux fins de semaine par mois en alternance.
En conséquence, elle est hébergée par son employeur.

Elle accepte, son mari l'y encourageant.
Ils pourront ainsi avoir un appartement à eux, lorsqu'ils auront plus d'argent.
Ah oui, au fait, il ne travaille pas. Tout juste fait-il de temps en temps des missions intérim.
Et puis il s'est fait oté son permis de conduire, sa voiture a brûlé...
Bref, il cumule les "malchances" !

Zahra compte tenu de son contrat de travail ne rentre donc au domicile de ses beaux-parents, où devrait l'attendre son mari, que deux fois par mois.
Rien ne change cependant questions corvées.
La vaisselle l'attend joyeusement dans l'évier, le linge et le sol à laver aussi.
Et puis pour faire bonne mesure, l'argent de sa paie aide à régler le loyer, les impôts, ...et puis elle ne sait pas trop quoi d'ailleurs puisque c'est toujours son mari qui le lui demande.
Et comme il est de moins en moins là lorsqu'elle rentre, c'est à la belle-mère qu'elle remet l'argent.

Cependant la vieille dame chez qui elle demeure, si elle est bien en grande difficulté pour avoir une autonomie de déplacement, a cependant "toute sa tête".
Très rapidement, elle ne trouve pas normal l'attitude de ce "coco" là.
Très rapidement, elle s'insurge sur le fait que Zahra cède à toutes ses sollicitaions financières.
Très rapidement, elle lui pose les bonnes questions.

Zahra habite avec elle en plein milieu d'une exploitation agricole dirigée par la belle-fille de celle qu'elle appelle affectueusement " Mamie ".
Et la belle-fille qui n'est pas née de la dernière pluie non plus, discute beaucoup avec Zahra, tente de lui démontrer que tout cela n'est pas très clair, l'attitude de son mari, sa belle-famille, l'argent...
D'ailleurs, c'est sur un compte ouvert au seul nom de Zahra que ces deux-là veulent virer son salaire.

Et Zahra écoute et fait.
Bien lui en prend, elle découvre ainsi que son mari est de toute façon en interdit bancaire et que l'ouverture d'un compte joint n'aurait pu se faire.
Une année se passe.

Zahra suspecte des aventures féminines du côté de son mari.
Car l'une de ses conquêtes se fait connaître d'elle.
Zahra apprend que son mari et elle, se connaissaient bien avant leur mariage.

Et surtout que l'argent et les voitures qu'il avait, étaient issus des emprunts que cette jeune femme, mère d'un enfant, effectuait en son nom propre.
Et qu'en conséquence, elle était ainsi criblée de dettes.
La raison pour laquelle elle s'adressait à elle, espérerant récupérer une partie des plus de 14 000 euros de dettes qu'elles avaient faits pour Aziz, donc.

Zahra écoute, mais a quelques doutes sur la sincérité, la véracité des dires de cette jeune femme.
Ce n'est pas possible, ce n'est pas vrai, ce n'est pas lui, c'est sans doute la belle-mère qui le "mène" à cela.
Quand elle n'est pas là, il est si gentil...
                                                                                            .../...

Commenter cet article

Robert 19/07/2009 19:26

Bonjour,Un 'tit comm pr dire que j'adore ce blog. très bien présenté et au contenu des plus intéressant. Je vais le mettre dans mes favoris !Ne vous arrêtez surtout pas !

Circé 19/07/2009 20:14


Merci


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" Pourquoi une Femme entière ne serait-elle qu'une moitié ? "