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12 Jun

Violences faites aux femmes : Silence ! on assassine...

Publié par Circé  - Catégories :  #Femme, Société et politique

Aujourd'hui, je ne sais plus si j'oscille entre colère et chagrin, révolte et déception.

Depuis hier, 11 juin 2009, un nouveau clip vidéo est diffusé, consacré aux violences verbales.
Violences verbales plutôt que harcèlement moral, formule elliptique pour parler d'un des aspects des violences faites aux femmes.

On y voit entre-autre le dénigrement systématique et au long cours d'une femme.¨
Puis un portrait brossé en quelques plans caméra d'un homme violent et maltraitant.
Mais bien entendu, ce qui n'est pas dit, juste suggéré, c'est qu'une autre violence va se produire, dès que la porte de leur domicile sera refermé.

Bien, il a le mérite d'exister.


Spot contre les violences conjugales par Jacques Audiard
envoyé par travail-solidarite - L'info internationale vidéo.

Dans la première enquête nationale de 2000, évaluant le nombre de femmes victimes de violences, l'ENVEFF (Enquête Nationale sur les violences faites aux Femmes) révèlent que ces violences sont massives et concernent des femmes de tous âges et de tous milieux.

En quelques chiffres et chaque année en France :
- 1 590 000 femmes victimes de violences conjugales,
- 1 499 963 femmes victimes de harcèlement sexuel dans l'espace public,
- 50 000 femmes victimes de viol, 
- 30 000 femmes excisées ou menacées de l'être,
- 70 000 jeunes filles mariées de force ou menacées de l'être.

Dans le même temps,  la recommandation 1582 de 2002 de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe " Violence domestique à l'encontre des femmes " indique que :

" Pour les femmes de 16 à 44 ans, la violence domestique serait la principale cause de décès et d'invalidité avant le cancer, les accidents de la route, et même la guerre. Elle doit, en conséquence être traitée comme un problème politique et public qui porte sur une violation des Droits de l'Homme ".

Savez-vous, en outre, qu'il aura fallu attendre 2006 en France, pour que les statistiques de police rendent visibles les violences conjugales ?

Mais aucune étude en France n'a été initiée pour évaluer les coûts globaux des violences faites aux femmes, aucune étude non plus pour évaluer les besoins des femmes victimes de violences en termes d'hébergement et de logement.

Par ailleurs, toujours en France, aux niveaux national, régional et/ou local du gouvernement, les fonds alloués pour les politiques publiques et les campagnes d'information et de sensibilisation s'élèvent à 3 000 000 d'euros pour 63 millions d'habitant(e)s.

Le Danemark, les Pays-Bas, l'Irlande, pays démographiquement moins importants que la France y consacrent de 3 à 5 fois plus de moyens financiers :
- Pays-Bas : 11 615 000 euros,
- Danemark : 8 582 921 euros,
- Irlande : 15 635 000 euros.

En ce qui concerne les hébergements d'urgence :
- France : 33 foyers, 1272 places disponibles,
- Pays-Bas : 100 foyers, 2464 places,
- Espagne : 293 foyers, 4144 places,
- Allemagne : 400 foyers, 45 000 places.

Une étude anglaise de 2004, puisque la France n'a jamais cherché à chiffrer le coût annuel impacté par les violences faites aux femmes, l' évalue à 34 milliards d'euros, soit 555 euros par habitant.

Coût bien inférieur à la réalité car :
- De nombreuses femmes victimes de violence ne demandent pas d'aide,
- Les violences envers les femmes ne sont pas toujours reconnues en tant que telles par les organismes intervenant auprès d'elles,(le harcèlement moral, par exemple, n'est pas reconnu par la justice en France au sein d'un couple)
- Ces chiffres ne prennent encompte que les violences recensées par les organismes chargés d'intervenir. Rien sur ce qui peut en découler dans les entreprises, les écoles...

Sources : ECVF (Elu(e)s contre les violences faites aux Femmes)

Voilà, des chiffres, quelques chiffres.

Dois-je ajouter qu'en France, la loi n'autorise pas l'éloignement du domicile conjugal du conjoint violent, sans décision de justice, et on sait malheureusement combien cela peut prendre en terme de mois d'attente avant de que de passer devant un juge !


Alors la lutte contre les violences faites aux Femmes, priorité nationale ?
Il n'en est rien !

Mais pourquoi donc suis-je en colère ?

Aujourd'hui 12 juin 2009 aura lieu un pique-nique géant et solidaire sur la passerelle Simone de Beauvoir à Paris à partir de 18H et jusqu'à 22 H.
Ceci à quelques jours du verdict de la commission d'évaluation présidée par Bernard Accoyer qui jugera opportun ou non du débat puis du vote d'une loi cadre contre les violences faites aux femmes, et rien n'est moins sûr dans le contexte actuel.

Voilà plus de 48 H que j'informe ou plutôt rappelle par communiqué, associations de Femmes, collectifs, planning familial, syndicats, partis politiques, presse et ...
 
RIEN !

Ou plutôt, je dois rectifier, deux réponses reçues :
- Femmes Solidaires de Montargis qui nous rejoindront à Paris.
- JP Grand des Verts, élu municipal d'opposition, qui nous a assuré de son soutien, mais qui ne peut être disponible ce jour-là, à cette heure-là .

Pour le reste : indifférence ? omerta ? pas le temps ? histoire de "bonne femme" ?

Pourtant :
- Plus d'un électeur sur deux est une femme,
- Plus d'un syndicaliste sur deux est une femme,
- Toutes sans exception, quelque soit son milieu socio-économique :femme au foyer, salariée, avocate, journaliste, syndicaliste et même politique...peuvent être victimes
- Que dire du silence des associations de femmes, du planning familial ?
- De celui des médias ?

Là, je risque d'être très méchante.

Car, pourquoi vouloir résoudre ce problème dans le sens où un bon petit crime bien dégueulasse et sanguinolent à la "Une", fait augmenter les chiffres de vente de toute la presse confondue ?
Et que dire des vitriolages, viols, tortures, et autres saloperies ?

Aller, oserai-je ? J'ose :
Ce serait un peu tuer " La poule aux oeufs d'or ", non ?

Allez, je ravale ma colère, mais pas le mépris que je sens poindre au fond de mon coeur.

" Violences faites aux Femmes : Silence ! On assassine..."

A la une de toute vos journaux, précipitez-vous chez votre point presse habituel :
                                 1 meurtre tous les trois jours !
Tous les détails croustillants dans la rubrique info de votre région, voire même en page "national".

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jean GABARD 17/06/2009 23:54

Lou-Anh King 15/06/2009 21:05

Merci Circé pour cet engaement qui est le votre. Vôtre analyse de la passivité des pouvoirs publiques et de la récupération de la presse me parait assez censée. Il y a beaucoup d'hypocrisie dans le système (policier, judiciaire, social, médical ...) Je souhaiterais donc ajouter que la violence faites aux femmes réside aussi dans la réponse sociale insoutenable qui est faites aux femmes qui osent se plaindre et réagir :
- la difficulté à faire enregistrer une plainte dans les commissariats même en cas de viol lorsqu'il intervient dans la sphère conjugale
- la quasi-impunité des auteurs de crimes sexuels dans ce cadre
- l'inaction de la justice en terme de protection même lorsqu'une ou des vies sont en danger
- la schizophrénie des services et organismes sociaux qui se départissent de leur impuissance ( logement, soutien psychologique et juridique) en culpabilisant les victimes
- le refus de travailler dans le concret pour tous ces organismes et leur absence totale de coordination qui les amènent à se renvoyer la balle avec cynisme ...
- la violence verbale de certaines associations soit disant spécialisées qui débordées par le problème sont incapables de la moindre écoute et se permettent de parler aux femmes comme à des criminelles.

Le système français est d'une perversion incroyable et c'est une deuxième violence qui est faite au femmes qui ont cru aux campagnes de sensibilisation ... " Contre les violences faites au femmes, réagissez". On devrait plutôt dire " Contre les violences faites aux femmes ... débrouillez-vous et votre cas ne deviendra vraiment sérieux que lorsque vous serez à la morgue". C'est la réponse implicite et trop fréquente de tous les organismes impliqués dans le dispositif. Personne n'est responsable.

C'est de cette violence là dont je voulais parler aussi car après la violence conjugale, ce qui attend les femmes qui décident de réagir c'est la violence institutionnelle qui conduit au suicide, à l'hopital psychiatrique ou à la rue. Et dans ces cas là, la seule réponse institutionnelle de notre beau pays des droits de l'homme (mais malheureusement pas des femmes ni des enfants) c'est l'isolement ou la stigmatisation psychologique et pour les mères : le placement de leurs enfants. Lorsqu'on sait qu'une majorité de femmes qui se retrouvent à la rue ( avec et sans enfants) ont subi des violences conjugales, qu'aucune réponse ne leur est apportée à part l'injustice supplémentaire du placement des enfants; lorsqu'on sait que les gouvernements qui se sont succédés depuis 2000 sont parfaitement au courant de cette situation, on peut comprendre la colère que tu décris Circé.
Alors les campagnes de prévention oui, mais à condition qu'elles tiennent leur promesses ce qui est faux pour le moment. Cette violence sociale qui procède de la perversion et de la trahison des grands principes des droits de l'homme fait aussi des victimes et des mortes ... Je considère donc et j'assume comme toi mes paroles que les politiques des ministères ( justice, famille, socail, logement) se comportent de façon criminelle à l'égard des femmes victimes de violence, à fortiori à l'égard de celles qui ne disposent pas d'un réseau familial ou social suffisant et que l'on pousse tout bonnement au suicide.
Sous cet angle, les campagnes de prévention ( qui coûtent très cher ...) sont d'un cynisme et d'une perversion insoutenable.

sixtine 13/06/2009 15:06

Merci et bravo à toutes celles qui, comme vous, se battent contre la brutalité, telle qu'elle se vit au quotidien !

Circé 13/06/2009 19:29


Sixtine, de rien, toi aussi tu y participes.


olympe 12/06/2009 17:50

j'aimerai bien aller à ce type de rencontre mais je n'habite pas Paris et si j'y suis souvent en semaine, je reste chez moi le week end.une autre fois j'espère

MHF 12/06/2009 14:14

Je représente l'Ugict-Cgt et nous serons avec mes camarades présentes ce soir au rassemblement !

Circé 12/06/2009 15:05


Merci, cela fait chaud au coeur d'avoir un écho et de ne plus avoir l'impression de crier dans un désert


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" Pourquoi une Femme entière ne serait-elle qu'une moitié ? "