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04 May

Les Carabistouilles de Juliette (II)

Publié par Circé  - Catégories :  #Naissance, Filiation, Généalogie.

Petit matin clair aux nuances rose et violine et gazouillis printaniers des moineaux en mal de compagne à attirer dans leur arbre.
Nous voivi donc toutes levées, mes petites filles, leur maman et moi.
Grand bol de café noir sans sucre et tout de suite mes deux petites filles sur les genoux.

Justine a très rapidement observé que Juliette voyait d'un mauvais oeil son rapprochement avec moi.
Aussi, elle en joue tout en observant les réactions de sa soeur aînée du coin de l'oeil.
Ce petit bout rose et blond aux yeux couleur d'améthyste comme sa maman me coupe le souffle à chaque fois que je la tiens entre mes bras.
Cette impression saugrenue de distorsion et d'abolition du temps qui me prend alors est extraordinaire.

J'ai entre mes bras le même bambin qu'était sa Maman au même âge, 30 années auparavant.
Bien que connaissant le laps de temps écoulé, j'ai à chaque fois le coeur serré d'émotion.
Mon éternité qui se perpétue dans les veines de mes petits enfants, leurs sourire, gestuelle, expression ...
Mêmes et tellement autres que leurs parents, grands-parents...
Filiation, généalogie et temps qui passe.
Bouleversant d'émotion et d'affection débordante.

Pour l'heure, le départ est proche mais Juliette a décidé qu'elle ne mettrait pas son joli pull de couleur pourpre.
Les manches en sont trop longues, trop larges, font des plis...
Bref, nous voila parties dans un désespoir digne des plus grandes tragédies.

Sa mère et moi, laissons faire sans nous préoccuper de sa colère à ne pas être entendue .
Et c'est bougon qu'elle finit dans la voiture mais sans un mot de plus.
Petite victoire pour sa maman qui aurait fini par céder lasse de l'entendre pleurer et pleurnicher.

Et à vrai dire, Juliette a très rapidement compris un peu plus tard, l'avantage de le porter ce pull "infâme" qu'elle ne porterait plus jamais nous avait-elle dit, car sur le quai de la gare, il allait faire un peu frisquet.

Après avoir rapidement dit au revoir à sa mère et lui avoir intimer l'ordre de partir rapidement - nous partons que toutes les deux avec Mamie - elle s'est littéralement engouffrée dans le hall de gare, s'est campée devant le guichet, a levé le nez vers le préposé aux billets et lui a déclaré :
- " Je vais à Orléans avec ma Mamie ".

C'est avec un grand sourire que celui-ci s'est levé pour regarder d'où venait cette petite voix.
Il ne l' avait pas vu arriver.
- " Et tu as quel âge, jeune demoiselle ?"
- " 4 ans et demi, Monsieur. Il arrive quand le train ?"
- " Très bientôt, tu voyages toute seule ? "
- " Mais non, je suis avec ma Mamie, elle me montre comment aller à Orléans, comme cela je pourrai revenir toute seule..."

Pincez-moi, je rêve...
Si sa mère avait été là, elle en aurait été malade.
Mais je m'acquitte promptement du prix du billet tout en essuyant les commentaires du guichetier :
- " Et bien, vous ne devez pas vous ennuyer tous les jours avec une luronne pareille !"
- " Vous avez raison, nous ne nous ennuyons jamais, et vous ? "
- " Trop souvent à vrai dire, et heureusement qu'il y a de temps en temps des voyageuses aussi rafraichissantes que cette jeune demoiselle , bonne journée à vous en tout cas "


Nous gagnons le quai de gare en passant le souterrain au moment même où un train de marchandise passe au-dessus de nous.
Juliette se bouche les oreilles en riant aux éclats.
- " Houla la, tu as vu Mamie, la terre, elle tremble..."

Nous voici à côté de la salle d'attente.
Une vasque de terre vierge de toute plantation est fichée entre un platane bien feuillu désormais et un arbre d'âge indéfinissable au tronc noueux.
Aussitôt l'esprit de Juliette part en vadrouille.
Juliette a observé que le tronc d'arbre présentait des "yeux" et la voilà partie à entamer un discours sur les trolls transformés en végétaux à l'aspect aussi étrange que biscornu.

De la vasque, elle a fait une marmite ou feuilles de platane, petites branches ramassées à terre et "gendarmes" sont les ingrédients d'un breuvage mystérieux qu'elle est en train de concocter, tout en s'inquiétant du retard du train.

Car il est effectivement en retard et pointe le bout de la locomotive de tête avec un bon quart d'heure de retard.
Juliette est excitée et grimpe comme si elle avait des ailes aux pieds dans un wagon divisé en compartiment.
Je recherche avec elle une autre voiture où les sièges seront regroupés ensemble plutôt que par ces divisions qui ne me plaisent que modérément.
Nous en trouvons une bien vite et Juliette saute littéralement sur le siège, très étonnée.
- " Ah bon, il n'y a pas de ceinture dans les trains ? "
- Et non, ma Petite Chérie, il n'y en a pas.
- Et pourquoi le train, il ne rédémarre pas tout de suite ?
- Je ne sais pas, il s vont sans doute nous le dire, il faut attendre..."

Le train repart après dix minutes d'attente, à toute petite vitesse, au ralenti devrais-je dire.
- " Mamie, je croyais que les trains allaient plus vite que les voitures. D'habitude ils nous dépassent et les voitures sur la route là-bas, elles nous distancent ..."

C'est bien ma veine, sans doute encore des travaux sur la ligne, pensais-je tout bas, lorsque le train s'arrêta en pleine voie pour repartir toujours au pas quelques instants plus tard.

Et là, en dépassant une locomotive, je comprends le pourquoi du comment.
Elle avait tout simplement pris feu. Celui-ci avait été jugulé, mais celle-ci n'avait pas pu encore être déplacée, ce qui expliquait notre lenteur.

Je riais intérieurement en imaginant la tête de ma fille.
Elle avait presque fait une crise d'angoisse lorsque gardant Juliette la fois précédente, je lui avais annoncé que j'irais sans doute avec elle et Justine à un rassemblement devant la préfecture d'Orléans.
Ceci pour protester contre les expulsions locatives qui avaient recommencé après la trêve hivernale.

Bien évidemment, elle s'était arrangée pour être là avant l'heure dite et éviter que ses filles ne soient confrontées au militantisme de leur grand-mère.
Depuis, les choses se sont arrangées.
J'ai l'autorisation de les emmener où bon me semblera .

Et une locomotive venait de me rappeler que le danger est partout sans équivoque.
Vivre sous cloche n'est pas vivre.
C'est ce que je tente souvent d'expliquer gentiment à ma fille qui craint tant, trop pour ses filles.
Et comme je la comprends.
Mais comme je comprends aussi qu'elle ne s'octroie aucun moment de répit et de décompression

                                                                                        .../...
Commenter cet article

sixtine 08/05/2009 15:10

Eh bien, merci Bernard ! Je vous salue également !

Bernard 06/05/2009 00:19

Bonjour, Sixtine. Bien content d'avoir à nouveau l'occasion de vous saluer.

sixtine 05/05/2009 19:51

La fraîcheur de ton des enfants me fascine souvent ... Leur monde, en parallèle du nôtre, leur permet de franchir des frontières pour nous insaisissables...Il faut suivre, et ce n'est pas de tout repos ! Mais quelle énergie il s'en dégage ! Les vieilles gens trouvent souvent d'instinct  le langage codé à employer avec les enfants...Etrange, cette passerelle entre les âges !

Bernard 05/05/2009 10:09

Vieux motard que jamais !

Circé 05/05/2009 10:36


Et une seconde en moins de 24 H, vous tenez la grande forme Bernard !


Bernard Bonnejean 05/05/2009 00:33

SCENE DE LA VIE QUOTIDIENNE ANTILLAISE

Chez le pharmacien
'oméo pa'tipauv'e Juliette

Circé 05/05/2009 09:42


Celle-la cela faisait longtemps que je ne l'avais pas entendu !


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" Pourquoi une Femme entière ne serait-elle qu'une moitié ? "