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14 Mar

Alcool. (I)

Publié par Circé  - Catégories :  #Femme, Société et politique

Quel drôle de mot, que ce mot alcool.
Quel drôle de breuvage qui peut vous mettre la tête à l'envers et telle la langue d'Esope être la meilleure ou la pire des choses.
Quelle drôle d'orthographe aussi que ces deux "o" accolés, comme les futurs soubresauts bredouillants de celui ou celle qui s'adonnera au culte de Dyonisos et telles les Bacchantes perdra tout contrôle.

Alcool, vocable qui fait rêver, délirer, poétiser, cauchemarder aussi.
D'Omar Khayyam, poète persan du XIème siècle qui chantait dans ses "Rubayat", les délices du divin breuvage et des femmes :

" - Imite la tulipe qui fleurit au noorouz; prends comme elle une coupe
dans ta main, et, si l'occasion se présente, bois, bois du vin avec bonheur,
en compagnie d'une jeune beauté aux joues colorées du teint de cette fleur :
cette roue bleue, comme un coup de vent, peut tout à coup te renverser."

en passant par "Alcools" le recueil de poèmes d''Appolinaire :
- " Et tu bois cet alcool brûlant comme ta vie
Ta vie que tu bois comme une eau-de-vie."

ou Rimbaud et son " Bateau Ivre ":
- " Plus fortes que l'alcool, plus vastes que vos lyres,
Fermentent les rousseurs amères de l'amour."

L'alccol est ainsi depuis des siècles, chanté ou décrié montrant différentes facettes, et d'autres réalités.
"L'Assommoir" de Zola en est une autre.
De l'inspiration à la déchéance, du petit coup de pouce pour oser, à l'aliénation totale soumise à un élixir devenu potion maléfique, l'être humain peut ainsi passer de l'offficiant rendant hommage à la Dive Bouteille à l'esclave enténébré de vapeurs d'alcools qu'il ne peut plus quitter

Un miroir à deux faces donc.

Pour ma part, j'ai connu l'envers du décor.
L'Enfer quotidien que vous fait vivre, jour après jour, heure après heure, minute après minute, celui ou celle qui partage votre vie, mais qui n'est plus qu'un pathétique et cruel pantin, assujetti à sa prise de drogue quotidienne, mais aussi à ses effets et méfaits, pour ne pas dire ruine et désolation qu'il (elle) fait autour de lui (elle)en vous les faisant endurer.

C'est ainsi un passé douloureux qui m'est revenu, s'invitant sans carton, ni flonflon récemment.
Tel une marionnette fantômatique surgissant d'une boîte de Pandore oubliée dans un coin de ma mémoire, bien enfouie dans le labyrinthe de mes souvenirs, mais pourtant bien vivante et vivace.
Ces boîtes affreuses que l'on offre au gosse et qui laisse sortir un diablotin grimaçant me font ainsi horreur

Il a suffi de peu.
Concours de circonstances, croisements de chemin de vie, et le désastre a ressurgi.
L'odieux, votre cauchemar personnel qui hoquette, réactivant toutes vos souffrances passées, douleurs, et colères.
L'intolérable réapparaît.

Et la personne qui a réanimé ces blessures n'a d'importance que parce qu'elle a réactivé.
C'était elle ce jour-là, cela aurait pu être une autre, un autre jour, hier comme aujourd'hui, comme demain.
Depuis des années, je fuis.
Je fuis littéralement .

Que quelqu'un passe dans la rue et sente l'alcool et la nausée me prend.
Je reconnais les effluves de bière, ou de gros rouge qui tâche à des kilomètres.
Je reconnais les odieux mélanges alcool fort et menthe, chewing gum poivré, dentifrice, ou autre déodorant et parfum dont s'aspergent à foison ceux qui souffrent de la maladie alcoolique, tentant veinement de cacher les relents pinardesques qu'ils traînent derrière eux.

Car bien entendu, c'est une maladie.
Bien entendu qu'ils ont besoin d'aide et de soutien.
Mais à un seul moment : Celui où ils ont décidé contre vents et marées, dans les plus grandes difficultés de s'arrêter.
Et c'est là un très grand courage qu'il faut leur reconnaître.

Mais il ne convient de traiter cette maladie qu'à la demande du (de la ) principal(e) intéressé(e).
Car l'échec est alors de mise si celui ou celle qui souffre de cette pathologie ne se reconnaît pas comme tel(le), ou bien ne le fait que contraint(e) et forcé(e) par son entourage, ses proches.
Ne soyez pas surpris si je mets les mots aux féminin et masculin.
l'alcoolisme n'est pas sexiste, n'a pas de préjugé .
L'alcoolisme touche tout le monde, les jeunes comme les vieux, les femmes comme les hommes et de tous niveaux socio-économiques.
  
Mais je ne vous parlerai que d'un aspect :

Celui de celles et ceux qui subissent l'alcool de leurs proches, les manipulation, violence et perversité qu'ils déploient jour après jour pour nier et tenter de donner le change : un portrait lisse et polissé.
Et ça marche, tant que vous êtes une victime consentante.
Tant que vous n'avez pas eu le courage de dire Stop !
Tout en sachant que vous allez le payer !!!
Le prix de la Liberté.

C'est ma vie de compagne d'alcoolique avéré pendant 10 ans que je vais tenter de vous raconter, si cela m'est possible.
Des années plus tard j'ai encore honte.
Des années plus tard, je suis toujours aussi en rage.

17 années que cela est terminé maintenant.
Pourtant l'aversion et la douleur demeurent en moi.
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minijack 16/03/2009 19:42

Détrompez-vous. Ce n'est pas pour me donner "bonne conscience" comme vous dites. En 60 ans je confesse avoir donné une fois un gifle à une femme (qui l'avait bien méritée !). Par contre, j'en ai pris plusieurs (que j'avais sans doute méritées aussi ?) ;c) Tout ça en n'ayant jamais été sous l'emprise de l'alcool. J'ai pris deux cuites dans ma vie en tout et pour tout, La première par surprise un soir de vacances en Espagne. J'avais quinze ans et je ne me suis pas assez méfié du Moscatel. L'autre à l'armée où malheureusement... il n'y avait pas de femmes !   Non, sans blaguer, je pense vraiment qu'on n'est jamais innocent des malheurs qui vous arrivent dans la vie. Celui-ci ou un autre. ça ne veut pas dire que je défende l'agresseur car c'est quelque chose d'intolérable, mais l'alcool n'est pas LE responsable. En tout cas pas le seul.  Il y a des millions de gens qui boivent, et souvent plus que de raison mais Dieu merci, ils ne battent pas tous leurs conjoints. Et parmi les deux ou trois femmes qui malheureusement tombent encore par semaine sous les coups, je ne doute pas qu'il y ait aussi des épouses d'hommes sobres mais violents de nature. Bien sûr, mieux vaut ne pas cumuler les deux. Violence + boisson font toujours mauvais ménage.  

Circé 16/03/2009 19:59


@ Minijack : Je ne parlais pas de vous en particulier lorsque j'ai écrit  "bonne conscience".
Je me suis mal exprimée si c'est ainsi que vous l'avez ressenti. Je parlais de la société en général qui vous fait ce genre de remarque toute faite, à l'emporte-pièce pour éluder bien des
questionnements, bien des responsabilités.
J'ai lu tout ce que vous avez écrit, mais je n'irai pas plus avant, ici, en commentaire, puisque cela fera l'objet d'autres articles. 


minijack 16/03/2009 17:01

L'acool est comme toutes les bonnes choses à prendre avec modération. Euphorisant à petite dose, il participe à la détente du corps et de l'esprit. A doses massives ou incontrôlées, ça devient un danger pour soi et pour les autres, car s'il désinhibe, les tendances caractérielles du sujet s'en trouvent libérées, qu'elles soient bonnes ou mauvaises... Vous ne devez donc pas vous en prendre à l'Alcool lui-même, qui n'est qu'un produit dopant parmi bien d'autres et que le poète persan avait raison de vanter, mais au mauvais choix que vous aviez sans doute fait quant à votre compagnon de l'époque. Désolé de vous le dire comme ça, mais on n'est jamais complètement innocent des malheurs qui vous arrivent. On ne les cherche pas bien sûr mais on les provoque souvent par imprudence. Comme toutes les femmes dans cette situation, vous avez évidemment du souffrir bien trop longtemps avant que de vous résoudre à tirer les conséquences de ce constat, et c'est évidemment de ce retard que vous avez honte. N'en ayez pas honte. Tout le monde peut se tromper et vous n'êtes coupable que d'amour.   

Circé 16/03/2009 18:24



@ Minijack : Bien que toutes vos conclusions ne soient pas fausses, vous avez des considérations hâtives et un rien "bonne conscience".
Vous n'êtes pas le premier, vous ne serez sans doute pas le dernier à avoir ce genre de remarque qui évite à terme à se poser les bonnes questions.


La victime coupable, bien entendu, mais sans doute pas dans le sens où vous le pensez.


Nous en reparlerons à un autre moment si vous le voulez bien.


 



marie laure 15/03/2009 11:35

Bravo Circé. Il te faut du courage pour témoigner mais il faut savoir aussi se débarasser des dernières pudeurs pour raconter car , sans aucun doute, tu vas ainsi permettre à celles et ceux qui vivent la même chose de pouvoir parler eux-aussi...Et peut être guérir.

Circé 15/03/2009 18:22


@ Marie-Laure : je ne sais si on peut qualifier cela de dernières pudeurs, je dirais plutôt encore maintenant honte et culpabilité.


fleche 15/03/2009 09:19

C'est terrible à vivre.Tout est imbriqué pour les personnes qui vivent ce cauchemar : culpabilité, colère, compassion.Personne ne sort indemne de vivre avec un(e) alccolique qui ne se reconnaît pas en tant que tel(le). Tout le monde souffre, les drogués par l'alcool et les victimes des drogués.

Circé 15/03/2009 18:21


@ Flèche : Tout le monde sans doute aucun.
Le ou la conjoint(e) ou compagn(e)on. Mais à terme, des mois et des années plus tard, tout ce qui ressurgit au niveau des enfants, des petits enfants.
Tout ce que l'on n'a pas vu soi-même, tout ce que l'on a tu...


Tryphon 14/03/2009 21:50

osez, osez Joséphineosez, osez Joséphineplus rien ne s'oppose à la nuitrien ne justifie

Circé 15/03/2009 18:18


@ Tryphon : Il a osé, il a franchi le pas, alors moi, pourquoi pas ? Pourquoi n'oserai-je pas dire la douleur, et l'indicible pendant tant de temps ?


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