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22 Feb

Le temps qui passe...

Publié par Circé  - Catégories :  #Naissance, Filiation, Généalogie.

C'est ainsi, chacun à notre tour, nous nous retournons sur notre passé tel JPM qui a laissé coup sur coup deux articles que je qualifierai volontiers de sensibles mais aussi de cruels.

Il est parfaitement exact que nous ne sommes que des êtres humains.
Que nos douleurs passées sont de désagréables remugles d'événements plus ou moins anciens qui viennent nous hanter lorsque le spleen du soir nous prend.
Il n'empêche.
Trop volontiers nous abandonnons tous nos petits bonheurs et enchantements qui ont émaillé nos vies pour les reléguer loin derrière le chagrin.

La capacité à être heureux ou à regarder le monde sous un prisme différent est bien difficile, je le reconnais d'autant mieux que moi-aussi je suis encline au bourdon grésillant du temps évanoui.
Très longtemps et parfois encore lorsque je suis fatiguée ou découragée, je me demande si tout cela, ce temps qui passe n'est pas inutile et vain.
Ne vaut même pas la peine d'être vécu.

Cette faculté très humaine de détruire, dénigrer, abîmer, vilipender, désespérer, rabaisser, tenir sous son joug l'autre, celui qui dans la glace, le miroir de la vie, est la/le même que vous, mais que vous ne reconnaissez pas comme un autre vous-même.
Le mépris affiché, le dédain, la morgue, l'arrogance de certains sur d'autres, toujours cette notion de dominants-dominés me flétrit l'âme et le coeur lorsque je désespère de ne pouvoir avancer sur un autre chemin que celui où argent et pouvoir seraient les seules valeurs qui vaillent.

Je n'ai pas de rolex à mon poignet à plus de cinquante années passées.
Et pourtant je m'en fous.
Lorsque je vois ceux qui en portent une ostensiblement en ce moment, je me dis que c'est tant mieux pour moi.
Je n'ai pas vendu mon âme au Diable, je ne suis traître à aucune de mes valeurs.
Toujours debout et fidèle à celles que l'on m'a inculquées.

Ainsi , je me retourne, et regarde mon passé et mon avenir.
Mon passé est dans ces enfants, petits enfants qui grandissent et qui me poussent en âge.
J'aime voir résonner en eux tant de ceux qui sont aujourd'hui disparus.
Parfois moi-même au même âge.
Est-ce cela l'éternité. Je ne suis pas loin de le croire.

L'une de mes petites filles si drôle, tendre, et d'une implacable logique.
Hier encore cela a été un grand éclat de rire.
Ses parents comme moi-même aimons beaucoup Serge Gainsbourg.
Nous écoutions donc " Couleur Café " et la question obligée a fusé :
- " C'est quoi la couleur café ?"
- " C'est la couleur de tes tantes Ma Petite Chérie, tu vois..."
- " Il dit n'importe quoi ce Serge machin chose, personne ne pourrait boire Poussinette et Gazelle..."

En cela, elle n'a rien à envier justement à Poussinette que j'accompagnais encore chaque jour à bicyclette l'année passée sur le chemin de l'école.
Parfois lorsqu'elle aussi était prise d'un petit coup de fatigue passagère, voulant ainsi se faire cocooner, "doudouner" ( c'est notre mot à"nous" pour signifier caliner, chouchouter), c'est sur mon porte-bagage qu'elle finissait.

Or, il y a dans ma résidence des dos d'âne virulents, évidemment pas aux normes.
Bien des voitures s'en souviennent.
Revenant un jour de son école, alors qu'elle était installée à l'arrière de mon vélo, bras bien serrés autour de ma taille, je ne pris pas garde à l'un de ces passages abrupts.
Je l'entendis donc pousser le "aïe" justifié et lui demandais aussitôt si cela allait.
La répartie ne se fit pas attendre :
- " Cela va aller, Maman, et puis de toute façon si j'ai encore mal en arrivant à la maison, tu me feras un massage cardiaque des fesses..."

Tous ces petits mots amusants, réflexions enfantines et puis ces enfants qui d'un seul coup devenus grands, viennent vous voir avec leurs petits.
Ce fût le cas il y a peu avec l'un des amis de mon fils âgé de 20 ans et déjà Papa.
Flanqué d'une ravissante jeune femme aux yeux cristallins et d'une petite boule toute rose dans les bras, il est venu frapper à ma porte.
Tellement surprise mais heureuse de le voir.

Il a été l'un de ces enfants que l'on qualifie volontiers de "difficiles", toujours sur le fil du rasoir.
Une vie familiale un peu rude au niveau du passé de la maman et un gamin gentil mais un peu perdu qui venait passer quelques soirées ou fins de semaine à la maison.
C'est ainsi qu'il me présenta à sa jeune compagne, celle qui l'accueillait souvent, mais en lui expliquant toutefois, tout en me regardant :
- " Qu'est-ce que vous avez pu m'engueuler tout de même !"

Ce à quoi je lui répondais aussitôt :
- " Il faut avouer aussi que j'avais le don , n'est-ce pas de toujours tomber sur toi au moment ou tu faisais des conneries, non ?".
- " Et que je t'ai défendu aussi lorsque tu étais par extension toujours accusé de tout, même lorsque tu n'étais pas là..."

C'est avec beaucoup d'émotion que j'ai vu son visage s'illuminer lorsqu'il me répondit :
- " Oui, c'est vrai çà, qu'est-ce que vous avez pu m'énerver mais qu'est-ce que vous avez eu raison, parce que vous savez ma fille, elle n'aura pas intérêt en grandissant à mal se comporter..."

Sourire un rien narquois de ma part, imaginant l'adolescence de cette petite fille potelée, aux cheveux blonds comme les blés et au regard azur qui réserverait sans doute à ses parents bien son lot de tours et détours.
La ronde de la vie qui continue.

Aujourd'hui, je vais aller à la source de mes racines.
Rejoindre ceux qui m'ont donné la vie.
Ma mère, et mon père sorti hier de l'hôpital.
Passer quelques jours en leur compagnie.
Réentendre le big ben familial qui sonne tous les quarts d'heure et vrille les typans d'aise pour annoncer le seuil d'une nouvelle heure.

Les entendre se chamailler sur les vêtements que portent mon père tandis que ma mère ne mettra pas aux pieds les chaussures adéquates pour qu'elle ne souffre pas en marchant.
Sa canne, objet de tous les litiges, qu'elle "oublie" très volontairement, refusant de s'aider d'une troisième jambe dit-elle, la télé trop forte ou pas assez, le sudoku dans lequel mon père est plongé tandis qu'elle babille avec moi...

Des bribes de vie si banales, mais si importantes.
Durant trois jours je vais engranger cet amour silencieux fait de gestes simples.
Et je vais m'en nourrir, pour ensuite pouvoir le partager, le rendre aux miens, aux leurs.
L'enfant en vacances auprès de ses parents.

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Guillaume 28/02/2009 23:11

Magnifique texte Circé, juste et sensible. Il me rappelle à quel point l'amour de nos proches est ce qui compte avant tout!

Etudiant, je voulais voyager, décrocher de bons diplomes, un bon job ... j'ai eu tout ça et c'est bien. Mais ça ne fait pas une vie réussie. C'est après la naissance de mon premier enfant que j'ai compris. Toute petite bouille souriante dans son berceau, il m'a appris une chose toute simple et pourtant immense : il m'a appris que j'étais heureux!

Et quand je pense à ma femme et mes enfants, je me dis que le bonheur est simple, et qu'il est là, tout autour de moi! ... si je ne le prends pas parce que je suis stressé par mon boulot, ou par la crise, ou par le controle technique de ma voiture, alors c'est que je suis un con et que je ne le mérite pas!

Et toutes les Rolex du monde ne valent rien à côté de ceux qu'on aime!

Kamizole 28/02/2009 16:12

Texte magnifique dont tu as le secret. J'adore le "massage cardiaque des fesses"... Il m'est arrivé de devoir faire des massages cardiaques dans ma vie professionnelle mais je n'eus jamais pensé à ce terrain... ça marche peut-être ? Les enfants sont souvent marrants et attendrissants dans leurs trouvailles.


Je ne sais si tu l'as lu mais il y a un livre magnifique de Marie Rouanet : "la marche lente des glaciers" qui raconte avec beaucoup de pudeur la longue déchéance de sa mère, atteinte de la maladie d'Alzheimer. J'ai lu d'autres livres d'elle par la suite, "Nous les filles" (sur l'enfance dans les années 50 dans les milieux populaires où j'ai retrouvé beaucoup de ce qui faisait notre quotidien) et "Appolonia" sur la vie d'une femme (et des autres femmes) dans les dures montagnes cévenoles. Plus un autre dont le titre m'échappe sur les bagnes d'enfants dans l'Hérault.

L'écriture est superbe, c'est celle d'une poète et me fait beaucoup penser à Jocelyne François ("Joue-nous Espagna") et d'autres textes magnifiques.

Je me souviens d'une horloge comtoise lors des nombreuses vacances en Sologne... égrénant également quarts d'heures, demi-heures et heures, même la nuit, ce qui ne troublait guère mon sommeil une fois endormie.

Bien évidemment, comme le demandait Vigny, les objets inanimés ont une âme quand ils disent les choses du passé... J'ai ici le bureau de mon trisaïeul paternel (né en 1789) et c'est sans doute un des rares meubles auxquels je tienne vraiment... Les autres sont remplaçables.


Mais je n'étais pas plus pressée que toi de le voir arriver chez moi... Je préférais de loin le voir chez mes parents. Je savais qu'il m'était destiné.

fleche 26/02/2009 13:24

Je te souhaite d'avoir fait le plein de provisions :)
Je crois que l'un des maux de notre société est qu'on ne sait plus être simple.
Je crois aussi que les enfants et les adolescents nous sont reconnaissants à nous adultes de poser les limites.

Je suis élue dans ma commune et ai en charge les écoles. Je fais partie des gens que l'on qualifie de sévère. Ceci dit beaucoup d'enfants viennent m'embrasser quand je suis dans la cour de l'école. Comme quoi ...

Circé 26/02/2009 13:59


Flèche, comme tu as raison. Mais comme c'est difficile parfois en tant qu'adulte de trouver la juste place. Je ne cesse de m'interroger et finis par trouver des réponses rassurantes comme celles
que tu viens de citer.


BCT 24/02/2009 10:54

"Ne vaut même pas la peine d'être vécu.".
Tout ton récit démontre le contraire.

Le "massage cardiaque des fesses", je ne connaissait pas....

"vous savez ma fille, elle n'aura pas intérêt en grandissant à mal se comporter...".
Dis lui bien de ma part que lorsque sa fille sera grande il pourra vérifier ce qu'ils ont semés, sa compagne et lui. C'est maintenant, sans garanties bien sûr, que tout se joue.

C'est drôle, mais à la suite de la lecture de ton récit, une image apparait. Celle d'une commode campagnarde patinée dont l'éclat atténue toutes les rayures et les coups du passé. Ils sont là, c'est son histoire, mais, elle, resplendit toujours et sa "valeur" ne fait que grandir.

Circé 26/02/2009 13:57


Il y a la même commode chez mes parents.
Elle fera partie de mon héritage obligé puisque ma mère le dit et le souligne à chaque visite de mes frères et moi-même.
Je n'ai pas hâte de la recevoir, elle est bien là où elle est avec le cariilon qui sonnera tous les quarts d'heure, demi-heure et heure.


marie laure 22/02/2009 18:04

C'est un beau billet du dimanche. Qui donne envie de s'offrir un bon chocolat chaud crémeux et de s'écouter une musique tendre. Bonnes vacances

Circé 26/02/2009 13:55


Merci Marie-Laure. J'en reviens. Et comme d'habitude un rêve éveillé, un peu hors du temps.
Le repos du coeur et de l'âme, l'abandon quelques heures de tout ce qui nous exaspère et nous fait entrer en résistance.
Et puis le retour au quotidien, un brin orpheline de leurs présences.


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