Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
07 Feb

Solstice d'Hiver.

Publié par Circé  - Catégories :  #Naissance, Filiation, Généalogie.

Il est des saisons que je n'aime pas.
Depuis ma petite enfance, c'est comme cela.
Histoire familiale en cause en probable explication sans doute.

Ainsi, l'automne et l'hiver sont pour moi des saisons languissantes, amollissantes et même douloureuses.
A divers titres, celles-ci ayant souvent été le théâtre de période de rupture ou de décès dans ma famille.

Ce ne sont pourtant pas les saisons en elle-mêmes que je n'apprécie pas.
Je sais aussi en goûter les charmes.

Ainsi l'automne où les feuilles des arbres se teintent de pourpre et de mordoré.
Comme une consolation au manque de lumière qui se fait de plus en plus prégnant.
Celle qui fuit le ciel sous les coups de boutoirs des nuages tout de sombre et violine mêlés.
Celle qui résiste et s'accroche à la charmille, en de ruisselantes paillettes d'or, de rubis incarnat avant que de terminer au sol en un vaste tapis parcheminé, délavé et éteint.
Dans mon enfance, c'est à grands coups de pieds rageurs que je le déchirais, maigre consolation à un mal être persistant.

Aujourd'hui, je ne le fais plus que mentalement.
A peine par crainte d'être ridicule, surtout pour éviter les désagréables surprises de pilonner une déjection canine qui estourbirait mes narines de relents peu ragoutants.

J'appécie aussi à sa juste valeur le spectacle des toiles d'araignées dont les fils de soie se gorgent de gouttes de rosée et que l'on ne découvre bien qu'en cette saison.
A chaque traversée d'un froid et pâle rayon de soleil, ces perles deviennent des miroirs, où tel le cristal, elles reflètent les éclats irisés et multicolores de fugitifs et minuscules arcs en ciel.
Le travail délicat des tisseuses ventrues mis à nu, sublimé par Damoiseau Automne ainsi auréolé d'une dentelle précieuse où s'attachent de fins diamants.

Quant à l'hiver, j'aimais lorsque j'étais enfant, l'onglée que j'attrapais souvent par grand froid.
Mes doigts étaient rouges et gourds de cette froidure hivernale et piquaient douloureusement en se réchauffant, mais qu'importait.
Les glissades que je ne manquais pas de faire en compagnie d'autres galopins du même acabit sur la glace qui encombrait les ornières ou bien sur les trottoirs recouverts de plaque de verglas.

Les arbres fantômatiques blanchis par le givre.
L'odeur du bois qui brûlait dans l'âtre des maisons et les volûtes crayeuses de fumée qui s'échappaient des cheminées. 

L'herbe gelée qui craquait sous mes pas, et même la bise qui faisait rougir mon nez et mes oreilles tandis que mes yeux versaient quelques larmes de froid.
Je riais de constater chez les autres les "dégats" des rigueurs hivernales.

Sans compter les bonhommes de neige que nous n'hésitions pas à faire, boulets de charbon et carotte figurant regard et appendice nasal.
Echarpe et bonnet ou cagoule abandonnés pour l'occasion pour terminer notre chef d'oeuvre.
Aujourd'hui, je regarde les enfants faire de même avec toujours un sourire au coeur et l'image fugitive de l'enfant que j'étais au même âge il y a moult années et qui faisait de même.

J'attendais cependant impatiemment le 21 décembre.
De même aujourd'hui et sans doute jusqu'à la fin de ma vie.
C'était,  c'est toujours pour moi le début du renouveau.
La fin des jours les plus courts de l'année qui s'achèvent ici en apothéose.
Très bientôt je constaterai les petites minutes de lumière grignotées aux ténèbres de la nuit qui enveloppent si tôt, trop tôt le jour.

Dans mon enfance, et encore maintenant, j'aimais les légendes, fables et mythes qui parlaient de la Nature et de la façon dont les humains l'appréhendaient selon les lieux et les époques.

Ainsi, la fête celtique de Samain que nous avons transformé en fête des morts ou Halloween me parlait de "renaissance".
Le début de la nouvelle année y commençait par le "Temps sombre" dès début novembre.
Tout comme une nouvelle journée débutait elle-aussi par la tombée de la nuit.
La symbolique de l'obscurité et de la lumière, la mort et la vie, l'hiver et le printemps .

Ce moment de gestation, de retour à la terre, était celui où l'on honorait les ancêtres, le monde visible et invisible en trois jours de fête où la lumière et l'obscurité en étaient les figurations symboliques.

Mais je crois que celle qui me parlait le plus était cette légende grecque.
Celle de la déesse Déméter et de sa fille Perséphone.

Déméter, déesse de l'agriculture et des moissons avait une ravissante fille Perséphone.
Comme dans toutes les légendes grecques, cette dernière fut l'objet de l'amour et du désir d'un Dieu, et pour une fois pas Zeus à qui l'on prête nombre de conquêtes, mais celui des Enfers, Hadès. Cependant aucune jeune femme, jeune fille ne souhaitait devenir sa compagne et vivre sous terre. Et il arriva ce qu'il arriva, il l'enleva.

La mère se désolant de la perte de sa fille chérie, refusa d'ensemencer la terre et une terrible famine sévit alors durant laquelle les hommes moururent par milliers.
Zeus, Dieu des dieux dut intervenir et ordonna à Hadès de rendre Perséphone à Déméter.
Ce qui fut fait, mais alors qu'elle remontait des Enfers, elle mangea sept grains d'une grenade : Elle avait mangé la nourriture des Enfers, elle devait y rester. 

Zeus intervint une nouvelle fois et trouva un compromis : Elle passerait six mois de l'année avec sa mère et six mois avec son époux.
Le rythme des saisons rappelle ainsi cet engagement.
Lorsque Déméter attend sa fille,  elle se désole et c'est l'hiver.
Au printemps, elle espère et attend la venue de sa fille.
Refusant qu'elle assiste au spectacle affligeant d'une terre stérile, vide de fruits, de fleurs et de lumière, elle fait renaître la vie.

L'été est le symbole de la joie de leurs retrouvailles.
Mais elle ne peut s'empêcher d'êprouver de la tristesse en pensant à son prochain départ.
C'est l'automne avec les feuilles des arbres qui tombent comme les larmes sur son visage et le temps qui raccourcit pour mettre son coeur en sommeil.

Ces légendes me donnaient toujours une clé pour résister à la mélancolie qui me prenait souvent.

Il faut dire aussi que l'automne signifiait pour moi le retour chez mes parents.
Je fais partie de ces enfants dont les pères ont passé leur vingt ans de l'autre côté de la méditerranée, dans un pays qui s'appelle l'Algérie.
Ils ne l'avaient pas choisi, on ne leur a pas demandé leur avis non plus.
C'est ainsi. Et tandis que ma mère était enceinte de trois mois, il partait vers cet ailleurs qu'il fallait "pacifier".

Il est revenu brièvement après ma naissance, le temps de faire un autre enfant à ma mère.
Et puis, le retour, le travail à chercher, un concours, un emploi dans la fonction publique à Paris mais aussi et surtout un manque de logement criant.
Alors pendant de nombreux mois, mes parents ont habité dans le XIIIème arrondissement de Paris chez une grand-tante tandis que nous, les enfants aînés, restions chez nos grands parents.

Ainsi, née en juin j'ai vécu chez eux pratiquement jusqu'à mes sept ans comme les sept grains de grenade qu'aurait mangé Perséphone. 
Et j'ai passé le reste de mon enfance entre vacances et temps scolaire entre les uns et les autres.

Quels dégâts que ces guerres tant sur les hommes-femmes et enfants.
Mon père était pour moi un quasi inconnu lorsque je suis allée vivre "définitivement" chez mes parents.
Même si je savais qui il y était puisqu'il venait nous voir dès qu'il le pouvait en compagnie de ma mère.
Il m'a fallu des années pour aller à sa rencontre, le découvrir, l'aimer, lui rendre hommage, me rendre compte de tout l'amour qu'il avait toujours eu pour nous, bien qu'il soit "taiseux" quant aux marques et signes de sentiments et d'attachements.

A l'échelle d'une vie, il n'y a ainsi que peu de temps que je suis en paix avec lui, avec ma mère, avec mes parents.
Tiraillée que j'étais entre l'amour débordant et parfois tyrannique d'une grand-mère et ces jeunes parents qui ne savaient comment récupérer leurs enfants sans faire de mal, sans se montrer "ingrat" après tant de services rendus.

Sans doute devenue mère moi-même, puis grand-mère ai-je aujourd'hui une plus vaste compréhension des relations entre les êtres humains au sein d'une famille mais aussi d'une société.
J'ai accepté tout ce qu'ils m'ont légué les uns et les autres.
Leurs joies et leurs douleurs, leurs réussites et leurs échecs.
Leur passé, quel qu'il soit.

Certains ont disparu, mais ils vivent toujours en moi.
Mes parents sont toujours là et restent mon lien indispensable avec l'enfant que j'ai été et l'adulte que je suis aujourd'hui.
S'ils n'ont pas été présents autant qu'ils l'auraient voulu dans ma petite enfance, ils ont forgé l'adolescente et l'adulte que je suis devenue.
Et il n'est pas un jour sans que je les en remercie en pensant à eux.

Hier, j'ai appris que mon père avait un vilain petit crabe qui se nomme cancer qui le ronge de l'intérieur.

Pas maintenant, Papa s'il te plaît.
Il te reste encore tant à découvrir, à vivre, à faire passer, d'arrière petits enfants à accueillir.
Nous avons encore tant à nous dire.
Pas maintenant, Papa s'il te plaît, pas maintenant...
 

Commenter cet article

Eric Taillandier 12/02/2009 01:40

Circé ,
A défaut de pouvoir rencontrer Janine , tu aura l'occasion de la voir ce jeudi , dans le documentaire de Jacques Cotta .Une belle personne .

Je suis bien d'accord avec Polykarpov , il y a quelques bars à vins à Orléans pour s'envoyer quelques pintes et parler ..bon ,quand alors ?

Tryphon 10/02/2009 21:38

Après bien des craintes, le médecin a porté ce soir chez nous le diagnostic inverse...
Sache mes pensées proches de ta peine.
Bises.

Circé 11/02/2009 00:31


@ Eric, Polikarpov, Tryphon : Merci de votre soutien.
C'est une curieuse sensation, comme si je rêvais ou plutôt cauchemardais éveillée, avec ce sentiment d'incrédulité. Ce n'est pas possible...Ce n'est pas vrai...Bien que comme chacun(e) d'entre nous
je sais qu'un jour ou l'autre je devrais faire mes adieux à mes parents .
Pour l'instant...examens avant opération sans doute et traitement probablement lourd.
Mon père a toujours pris soin de sa santé autant qu'il le pouvait, est diabétique mais stabilisé et plutôt sportif ( il pratique encore le cyclisme ).
J'ai l'espoir que son organisme vaincra. Il est très têtu (comme c'est curieux) et ne baisse jamais les bras. Alors pour l'instant, chaque jour est un cadeau que je mesure pleinement et dont je
profite sans modération.


dame Lepion 10/02/2009 13:57

Bonjour Circé, je ne suis pas exactement dans le sujet, mais vous ne m'en voudrez pas je pense, je voulais juste profiter du lieu pour signaler ceci :
http://motspourmaux.perso.cegetel.net/
Pas bien gai, mais toutes ces choses nous rapprochent. Merci pour vos propos, où je me reconnais en partie. Bien fraternellement.

Circé 11/02/2009 08:50


@ Dame Lepion : Merci pour l'info qui est diffusée en continu sur le site du PCF que je gère aussi en tant que webmestre .
J'ai des échanges via mail avec Janine et espère la rencontrer un jour.
Mais il est vrai qu' Orléans est bien loin du midi de la France.
Cependant au hasard d'une manifestation, nous pensons toutes deux que cela sera possible.


polikarpov 10/02/2009 11:47

Je suis un peu comme vous tous...sec ! Sec devant cette nouvelle annoncée ici sur ce blog comme si c'était un appel. (Mais c'est un appel, Du con !).
Je ne sais pas, comme toi Eric, je ne sais pas quoi dire.
Tant de sensations oubliées mais tellement présentes.
Oui parles nous ! Téléphones nous !
Il y a quand même pas mal de bars à vin à Orléans pour s'envoyer quelques pintes et parler. Hein ! vous êtes d'accords ?

Eric Taillandier 08/02/2009 20:14

Chère Circé ,
Je ne trouve pas les mots face à cette situation, une épreuve que chacun(e) n'a envie de traverser .Tout mon soutien et pensées pour ton père , pour toi, tes proches .Tu es une Femme avec un grand Coeur , et comme le dit si bien Steph,tes réserves d'Amour sont immenses .Tiens bon , bises .

Archives

À propos

" Pourquoi une Femme entière ne serait-elle qu'une moitié ? "