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22 Jan

Chroniques de la Peur Ordinaire en Sarkozie : Larissa.

Publié par Circé  - Catégories :  #Droits de l'Homme, des Femmes, Politique

Encore un nom qui s'égrene sur la liste infernale des expulsés.
L'année nouvelle est arrivée.
Préfet nouveau et Sinistre Ministre aussi.
"Besson" le bien nommé, fera-t-il aussi bien que son effrayant jumeau ?
L'année a bien commencé pour ses basses oeuvres en tout état de cause !

Après le show d'un Hortefeux satisfait et repu, très fier de lui d'avoir ainsi dépassé les 28000 expulsions assignées par son éxécrable suzerain, explosé le compteur de la vilenie et de la Honte : 29 796 victimes à dénombrer, voici donc le zélé successeur dans la continuité de l'indignité nationale.

16H20, hier. Mon téléphone sonne.
Un parent d'élève m'informe qu'une jeune fille de 3ème manquait à l'appel ce matin même en classe de mathématiques.
Son professeur venait d'être informé par la CIMADE qu'elle avait été arrêtée la veille à son domicile en compagnie de sa soeur aînée et de sa mère, direction le local de rétention administrative de Cercottes .

Pas d'autres informations, sinon son prénom ; Larissa, son nom de famille, sa classe ; 3ème et sa nationalité : Brésilienne.
Je donne à la Maman que j'ai au téléphone un parcours probable qui l'attend selon l'expérience que j'ai de ce genre d'arrestations.
Sans doute passage aujourd'hui devant le juge aux libertés, les habituels appels de décision de la Préfecture qui conteste celle du juge si celui-ci trouve l'arrestation illégale, puis le second passage devant le tribunal le lendemain qui infirme ou avalise les décisions de la Préfecture. Ensuite centre de rétention administrative au plus près des aéroports et dans son cas certainement celui du Mesnil-Amelot.

Et puis il y a d'autres cas. Comme celui de Larissa. 
Elle ainsi que sa Maman et sa soeur étaient sur le territoire français depuis 3 années maintenant.
Larissa bien intégrée dans sa classe, parlant un Français plus que correct, élève appliquée, sans problème particulier, tandis que sa mère travaille.
Car oui, même sans papier on travaille, car c'est aussi cela la vie de sans-papier.

Travailler avec de faux papier ou bien sans papier et être exploitée.
Payer des cotisations sociales et n'avoir droit à rien, sinon d'être interpellée au petit matin ou en soirée à son domicile, histoire de ne louper aucun membre de la famille.
D'une part, cela fait désordre, mais en plus le compteur de la Honte tourne plus vite quand toute la famille est ramassée.
Et le système est désormais bien rodé et huilé.

Pensé, codifié, rationalisé. Une belle petite machine à expulser.
Curieusement dans l'histoire on se souvient de ce genre de procédés.
Ils s'affinent de jour en jour comme dans ces lugubres transferts d'effrayante mémoire.
Je viens de retrouver un document où le Préfet de la Marne s'adressait à la gendarmerie en ces années noires.

En les adaptant un peu avec quelques mots effacés par des" ..." et d'autres changés par ceux mis en italique, voici ce que cela donne :

" J'ai l'honneur de vous adresser ci-inclus, en double exemplaire, le relevé...d'étrangers...qui doivent être expulsés...
Cette opération devra être effectuée avec célérité...
Du moment de la notification des autorités ...aux intéressés, ils ne devront plus être perdus de vue.
Il leur sera laissé le temps nécessaire pour préparer leur départ, mais les gendarmes devront les surveiller constamment jusqu'à leur arrivée à l'aéroport.
L'expulsion devra être terminée pour le mercredi 22 janvier 2009 à midi au plus tard.
Cette date devra être strictement respectée...
Je n'ai pas besoin d'insister sur le tact et l'humanité dont devront faire preuve les militaires de la gendarmerie dans l'éxécution de ces mesures. "

Je sais .
Certains vont se prétendre scandalisés, ou outrés par un tel rapprochement.
Elles ne vont pas à la mort, sans doute.
Pourtant qu'est-ce que se retrouver dans un pays où on n'a plus aucune attache, aucun parent, aucune maison, aucun argent et sans rien ?
Car la Maman de Larissa avait tout vendu pour payer leur voyage et venir en France.

Qu'est-ce donc de se retrouver seules, sans rien, sans lieu où aller sinon être condamnées dès votre arrivée au Brésil, dès que vous avez posé le pied sur le tarmac de l'aéroport où vous êtes déposées comme un vulgaire bagage sinon être condamnées à la misère et à l'errance ?
Est-ce vraiment cela le Pays des Droits de l'Homme et du Citoyen ?

Pour Larissa, tout a été programmé.
Mardi soir arrestation à son domicile avec sa mère et sa soeur, direction Cercottes pour une nuit.
Ce matin impossibilité de la joindre. Le centre ne répond pas. La préfecture est muette.

Aucune info n'est délivrée.

Les élèves de sa classe, des parents d'élèves dont je suis ainsi que d'autres élèves de l'établissement se retrouvent à l'entrée pour crier leur indignation et demander son retour parmi nous.

- " Rendez-Nous Larissa, rendez-nous Larissa..." scandent-ils autant à l'extérieur de l'établissement qu'à la fenêtre des classes ou dans la cour du collège.

Pour nous, la pêche aux infos est lancée.

Une voiture de police passe.
Les enfants huent cette police qui est dorénavant pour eux, synonyme d'injustice.
Larissa, c'est leur camarade de classe depuis trois ans.

La meilleure copine d'une de ses élèves qui oscille entre colère et effondrement.
- " Rendez-nous, Larissa..."

Une heure est passée. Le visage de certains adultes sont devenus graves.
Des professeurs sont en larmes, l'information est tombée.
Larissa est à Roissy, déjà embarquée dans un avion sur le départ.
10H, Larissa a quitté le territoire français.

Soyez fiers de vous, valeureux champions de l'iniquité.
Votre cause est injuste et indigne, mais vous avez gagné trois points à votre compteur.
Les élèves ne le savent pas encore.
Ils sont pris pour l'instant par l'élaboration de différents projets : manifestation de protestation, pétition, demande d'audience au préfet pour qu'on leur rende leur copine.

Ils ne savent pas, pas encore.
Il est 10H, nous savons, pas eux.
Ils rentrent un à un au collège. Le principal tient un discours très bref dans la cour leur rappellant que ce qui se passe à l'extérieur ne concerne pas l'intérieur de l'établissement comme si cela était aussi simple.

Un enfant menacé d'expulsion peut-il laisser sa peur à l'extérieur une fois franchi les murs de l'établissement ?
Un autre dont la famille n'a pas d'argent pour lui payer sa cantine, qui reste le ventre vide à l'extérieur le midi n'a-t-il pas lui aussi les "soucis de l'extérieur" chevillés au corps ?
Celui qui assiste chaque jour aux coups que prend sa mère laisse-t-il son chagrin et sa douleur sur le paillasson du collège, comme une simple poussière que l'on déposerait et reprendrait au passage de retour ?
L'école, le collège, le lycée : un sanctuaire ?
Comme c'est facile de penser cela, accommodant, arrangeant, réconfortant ...(?)

Les élèves sont rentrés .
Nous sommes partis nous réchauffer et boire un café.
C'est une vague d'élèves bruissante de colère que nous voyons d'un seul coup à l'extérieur.
Ils viennent d'apprendre la nouvelle, incontestablement et ils sont sortis en force.
Nous annulons notre commande et filons à leurs trousses.

Ils partent et hurlent en ordre dispersé.
Certains veulent aller à la mairie, d'autres à la préfecture, d'autres demandés de l'aide à "ceux d'Anatole ".
Ils sont hors d'eux. C'est à une grande injustice qu'ils sont confrontés.
- " Elle n'a rien fait, ce n'est pas une voleuse..."

Expliquer encore et toujours, mais rien n'est satisfaisant lorsque vous êtes entre larmes de chagrin, cris de rage et mouvements de révolte spontanés.
Nous courrons, expliquons, ramenons, proposons.

- " Pour Larissa, nous comprenons votre chagrin et votre révolte, mais pour elle, nous ne pouvons plus rien faire. Mais pour d'autres, il est encore temps...
Peut-être est-ce l'un(e) de vos camarades de classe et vous ne le savez pas, comme vous n'avez pas su pour Larissa. Dites et informez qu'il existe un comité de soutien aux familles  sans-papier..."

La discussion dure, François prend la parole, canalise les jeunes et finit par être applaudi.

12h, pratiquement tous les élèves sont rentrés.
Certains manquent à l'appel, partis par d'autres chemins que ceux que nous avons croisé.

Un petit mot va leur être passé pour les informer d'un rassemblement organisé à leur demande demain vendredi 23 janvier 2009 de 17h30 à 18h30 devant la préfecture pour qu'ils puissent exprimer leur refus de telle situation..
Canaliser leur émotion est important.
Qu'ils s'expriment aussi. Au risque sinon de débordements dont l'adolescence est si souvent coutumière.

Les parents restent en contact.
Je rentre, m'enferme chez moi.
Un message : "Libérez Larissa".
C'est Poussinette, elle est en 6ème. Je ne sais pas comment je vais la retrouver ce soir.
Moi ? J'ai pleuré un bon coup de colère et d'impuissance.

Mais elle ? Mais les autres ?
Et je pense à Abraham, à Alexandre et à son bébé qui lui tendait les bras alors qu'il était menotté mains dans le dos.
Combien de Honte encore à souffrir ?

Pour Larissa, pour les familles qui vivent ce calvaire, cette peur incessante d'être arrêtée, expulsée, déposée comme de simples colis dans un pays qui n'est plus le leur .
Pour toutes les Larissa en devenir, pour tous les Alexandre, Rajah, Houari, Maurice...

          RASSEMBLEMENT VENDREDI 23 JANVIER 2009 DE 17H30 à 18h30
                    DEVANT LA PREFECTURE DU LOIRET A ORLEANS.


Soyons nombreux, dans la dignité et la réprobation.
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Modus 26/01/2009 16:23

Mon avis, Johann, est que lorsque l'on appartient à un parti politique, on se doit d'avoir un avis sur les questions politiques. Cette expulsion n'est pas un fait divers quelconque et sans signification, c'est la conséquence d'une politique mise en place par la majorité suite aux élections présidentielles. Votre parti a participé à ces élections, il participera aux prochaines, il a un rôle sur la scène politique, il a passé ici ou là des alliances avec la majorité, il est donc légitime qu'on lui demande ce qu'il pense.. Le renfort, aux côtés de ceux qui se battent contre ces expulsions brutales de ceux des partis politiques qui pensent que ces méthodes sont injustes, loin d'affaiblir le propos, serait forcément appréciable . Sinon, vous ne servez à rien.

johann lauthier 26/01/2009 15:39

Très honnêtement, motus, je ne sais pas quelle est la position officielle du parti...
Je ne peux vous donner que mon opinion, qui est celle du Président des Jeunes Démocrates...

Je pense que l'expulsion "en catimini" comme elle l'a été dans le cas de Larissa est simplement scandaleuse, et choquante pour tous, et notamment pour les compagnons de classe de Larissa.

Je pense qu'il n'est pas question de parti dans ces cas là... Il n'est question que d'une gamine de 17 ans qui était en train d'apprendre à vivre dans un pays, auprès de sa famille qui essayait tant bien que mal, avec les moyens du bord, de s'intégrer... Je ne pense pas qu'il faille rendre cette discussion partisane.... Cela affaiblirait bien au contraire le propos...

Motus 26/01/2009 15:28

Il vaut mieux apporter son soutien trop tard que pas du tout.

Il vaut mieux appartenir à un parti qui condamne fermement ces agissements, plutôt que mollement ou pas du tout.

Il vaut mieux s'interroger sur l'intolérable manque d'humanité des expulseurs plutôt que sur les aspects juridiques. Les aspects juridiques, on les connait : il est interdit d'être étranger en France si l'on a pas de papiers..

La manière, elle, est scandaleuse et c'est cela qui pose problème.

Votre parti condamne la manière ? Il l'a dit au Préfet ? Au ministre ? Aux médias ? En quel termes ?

Si vous avez des élus dans le Loiret, que disent-ils ? Ils condamnent, eux aussi ?

Et vos alliés politiques, ils disent quoi ?

Tenez-nous au courant..

johann lauthier 26/01/2009 14:52

j'ai moi aussi publié sur ce sujet sur http://jeunesmodem45.com.

certes un peu en retard, mais mieux vaut tard que jamais...

Motus 26/01/2009 11:08

Il y a sans doute un certain nombre de français qui sont peinés pour les malheureux "sans papiers" que l'on traque, mais une majorité d'entre eux reste silencieuse, hésitante: "on ne peut pas accueillir toute la misère du monde" disent-ils pour expliquer qu'ils ne font rien, ou ne disent rien, devant tel ou tel cas, pourtant proche de chez eux, dont ils pourraient avoir connaissance ... Courageux les français ? Le "peuple français" est-il encore à l'avant-garde des luttes pour la fraternité ? Pas si sûr... L'exemple aujourd'hui ne vient pas de la France, mais des Etats-Unis. Heureusement, de temps en temps, il ya des petites voix qui nous rappellent qu'il suffirait juste d'un peu d'humanité, de simple humanité, comme cette collégienne de Jeanne d'Arc, sur le site de Libé Orléans, qui écrit ces mots simples : " Papiers ou pas, Larissa était une collégienne comme les autres" . Belle leçon pour tous les silencieux non ?

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