Mardi 22 juillet 2008

Je suis sur mon vélo et je rentre en flânant à mon domicile.
Un rien légère, déconnectée, savourant l'un de ces petits bonheurs qui vous rendent parfois un peu de fierté et de légitimité, qui vous conforte sur le bien-fondé de votre action.
Oh...un petit bonheur, juste un que j'apprécie d'autant plus que rien n'est réglé mais qu'une étape importante et délicate est franchie :
Ce soir, Houari est libre.

Le juge des Libertés du tribunal d'Orléans a tranché.
L'arrestation de Houari dans les locaux de la Préfecture du Loiret alors qu'il s'y rendait de son plein gré est bien jugée illégale et déloyale.
Son maintien en centre de rétention compte-tenu de son état de santé aussi.
Et ce n'est pas rien comme jugement croyez-moi, car en clair, la Préfecture du Loiret a été désavouée.

Dans l'après-midi près d'une soixantaine de personnes avait répondu aux différents appels à soutien et la salle du tribunal était comble.
Sa famille, ses amis venus en nombre, des représentants de tous les collectifs, associations, syndicats et partis engagés auprès des sans-papiers aussi.
Et puis des anonymes ou de simples citoyens telle la fille de Jacques MONOD venus pour apporter leur soutien, indignés tant par la façon dont Houari a été arrêté que par cette procédure arbitraire qui a fait de lui un sans-papier.
Et bien entendu il y avait les médias.

Il était important que nous soyons nombreux.
J'avais relayé, fais marcher tous les relais possibles et imaginables.
De son côté Antonio journaliste avait fait un vibrant appel à mobilisation sur son site (vous pouvez le consulter en cliquant sur son prénom).
Et enfin tout le monde à sa mesure avait sollicité son réseau amical et personnel.

60 personnes à venir, nous n'avions jamais vu cela.
Les consciences se réveilleraient-elles ? J'aimerai le croire.
L'atmosphère était particulière, chacun se regardant n'étant pas sûr d'être venu pour la même raison, mais tellement surpris et satisfait ensuite de constater que c'était bien pour Houari .

Nombreux étaient ceux aussi qui ne savaient pas comment cela allait se passer, le temps qu'il faudrait attendre ensuite pour connaître la décision du juge.
Les explications données aux uns, les questions auxquelles on répond le mieux possible aux autres.
Et puis l'attente...
Longue, stressante,angoissante.

Certains sont obligés de partir, mais laissent leurs coordonnées téléphoniques ou leurs "mails".
Ils partent à contre-coeur, mais il est déjà plus de 17h30 et nous attendons toujours.
Ils seront bien entendu avertis dès que sera connue la décision du juge.

Pendant ce temps-là, toutes les options sont envisagées et les stratégies pour aider Houari mises en place.
Nous savons tous pertinemment que si Houari est maintenu en rétention, il sera dès ce soir amené au plus près d'un aéroport parisien pour ensuite être expulsé le plus rapidement possible.

Et ceci malgré l'appel auprès de la Cour d'appel de Nantes pour faire casser l'arrêté de reconduite à la frontière ainsi que l'Ordre de Quitter le Territoire Français.
Cet appel n'est en effet nullement suspensif de la procédure d'expulsion.
Elle continue.

Le grand "jeu" pour les tenants de la politique des quotas des Sarkozy-Hortefeux étant de les renvoyer rapidement durant ces premiers 15 jours de mesure de placement en centre de rétention. Tout va alors très vite .

Un laisser-passer est demandé aux pays d'origine pour ceux qui n'ont pas de passeport et dès que celui-ci est accordé, le premier vol suivant est "réservé" pour y recevoir un ou des sans-papiers parmi la foule de passagers, touristes, vacanciers qui se rendent à l'étranger.
Ainsi une fois que la personne est refoulée, le compteur peut tourner triomphalement.

Pour Houari, heureusement pour l'instant cette étape a été court-circuitée légalement par l'ordonnance du juge. Mais pour lui rien n'est fini.
Il est toujours "sans-papier" puisque la préfecture a refusé de lui renouveler son titre de séjour. Il est toujours expulsable.
Ce qui veut dire également sans aucun moyen de subsistance, ni possibilité de poursuivre ses soins.

La meilleure solution possible pour que Houari retrouve une vie "Normale" est actuellement en cours d'étude.

Pour ma part, je suis prête et déterminée à en faire appel auprès de Martin Hirsch ainsi que de Roselyne Bachelot.
Eric Taillandier, président de l'association "Les Malades Solidaires" nous apporte son soutien ainsi que Bruno-Pascal Chevalier président de "Ensemble pour une santé solidaire".
Nous allons sans doute aussi solliciter l'Association des Paralysés de France.

Mais ceci est sans doute une autre histoire...

Houari est donc libre.
Je suis rassurée, un membre de sa famille va aller le chercher à Cercottes.
La procédure est ainsi. Il a été arrêté à la préfecture, conduit à Cercottes, présenté au juge, libéré mais devant le centre de rétention.
Pour ceux qui connaissent Cercottes, sans personne pour venir vous chercher, c'est peu ou prou à 12 kms à pied du centre ville d'Orléans.

Pour l'instant Je rentre chez moi, découvre ma messagerie et un message posté sur mon dernier billet.
Un petit rayon de soleil supplémentaire ce soir, comme un supplément d'âme :
" Coucou maman, c'est clara c'était pour te dire que tu me manque et que je t'aime. "
Moi aussi je t'aime Ma Chérie, Ma Poussinette.

Une soirée à décompresser, une nuit enfin à dormir complètement, le petit matin et puis la sonnerie du téléphone résonne :
" Bonjour, c'est Mr B. nous nous sommes vus hier au tribunal . Je suis passé après Houari, ils m'ont transféré cette nuit au centre de rétention du Mesnil-Amelot, qu'est-ce que je dois faire ?..."
 
....

Par Circé - Publié dans : Droits de l'Homme, et politique - Communauté : blogsLOIRETcitoyens
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