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20 Jul

Les Hoquets de l'Histoire .

Publié par Circé  - Catégories :  #Droits de l'Homme, des Femmes, Politique


Il est des parallèles que l'on peut faire rapidement, parfois peut-être trop vite d'ailleurs.
Cependant sont-ils justifiés ? Erronés ?
Seule l'Histoire avec un grand "H" pourra nous répondre .
Bien évidemment pas dans l'immédiat puisqu'elle se lit toujours par l'Historien après un nécessaire travail de recherche et d'analyse minutieuses.

Toujours est-il que ce matin se déroulait à Orléans, place de la République, une commémoration de la rafle du "Vél d'Hiv" de juillet 1942 ainsi qu'une journée consacrée aux "Justes d'entre les Justes".

Ce n'est qu'hier fort tard que j'ai eu cette information.
Et pourtant je n'ai pu faire autrement que de réagir en citoyenne, militante des Droits Humains, fille d'ancien combattant comme nombre de ceux qui m'accompagnaient, petite-fille de déportée, tout comme V. est la petite fille d'un compagnon de la Libération, ami du Colonel Rol Tanguy.

Ces "pedigree" ne sont pas énoncés pour se rengorger, en quoi en sommes-nous d'ailleurs comptables ?
Sinon pour les valeurs en lesquelles nos aînés, à fortiori nos parents et grands-parents ont cru et se sont levés pour les défendre.
Ces mêmes valeurs, ils nous les ont transmises. Elles forgent ce que nous sommes, ce que nous pensons, ce que nous jugeons justes pour chacun d'entre nous, que nous soyons jeunes ou vieux, femmes ou hommes, étrangers ou nationaux.

Serions-nous prêt(e)s à nous lever, à résister, à combattre si par grand malheur notre pays avait à devoir faire face de nouveau à la "Bête Immonde" ?
Qui peut préjuger de l'âme humaine ?

Avons-nous eu tort, avons-nous eu raison ?
Ce matin nous avons été "8", 8 citoyen(ne)s à protester, EN SILENCE contre la mise en oeuvre d'une politique odieuse des expulsions, qui non contente d'être arbitraire et inhumaine fabrique désormais articiellement des clandestins pour que le chiffre au compteur de la "machine à éjecter" estampillée Sarkozy-Hortefeux tourne dans le sens du plus gros chiffre possible.

C'est fort tard dans la soirée d'hier que j'ai contacté des amis et connaissances pour leur expliquer la façon dont je comptais procéder pour cette protestation (et non manifestation) .
Il était important pour moi que nous ne perturbions en rien cette cérémonie.
Nous devions y assister en silence, sans en troubler l'ordonnancement et la solennité.

Dans le même temps, j'avais contacté l'une des personnalités emblématiques de cette cérémonie du souvenir, pour lui expliquer ce que je souhaitais faire et prendre connaissance de son ressenti quant à ce type d'actions.
Je sais qu'elle est très proche de nous, nous soutient le plus possible par sa présence  lorsqu'elle le peut au sein des tribunaux.

Ici, pas de désaccord formel, ni d'aquiescement sans réserve dois-je ajouter.
Elle comprend notre action.
Ce matin, elle est venue nous saluer en début de cérémonie, nous demandant de n'intervenir qu'à la fin, ce qui était de toute façon prévu. Ce que nous avons fait.
Toujours en silence bien entendu.

Après les Lectures poignantes de lettres d'enfants retenus à Beaune La Rolande avant d'être déportés vers Auschwitz pour y être gazés, la lecture du témoignage d'une jeune fille qui assiste à l'arrestation de ses parents lors de la rafle du Vel d'Hiv et se retrouve seule et sans-papier, l'intervention de Mme Klein présidente du CRIF, le Secrétaire Général de la Préfecture du Loiret Mr Bergue, s'est contenté de lire le discours de Mr Jean-Marie BOCQUEL, secrétaire d'état aux anciens combattants.  

Rapidement et sans âme, accrochant sur des mots révélateurs - que tout bon psychanalyste utiliserait pour dresser une personnalité - il a ensuite procédé au traditionnel dépôt de gerbes de fleurs.
Puis la sonnerie aux morts a retenti, suivi de l'hymne national et pour clore la cérémonie la minute de silence.

Enfin, nous pensions que la cérémonie était terminée. (Ce qui n'était pas le cas !)
Aussi nous avons rapidement pris les pancartes que nous avions préparées qui égrenaient les noms des différents cas de sans-papiers que nous avons suivis pour nous les accrocher toujours en silence autour du cou.
Et bien entendu, Houari était en bonne place.

Seulement voilà, la Prière aux Morts avait lieu juste à cet instant. 
C'est ce que nous a fait remarqué le "Maître de cérémonie" ou "grand chambellan " ou...Peu importe et navrée,  je ne connais pas son titre et sa fonction exacts .
Cependant c'est cette prière qui mettait un point final à la célébration.

Aussi, nous nous sommes naturellement dirigés vers Mme Klein pour lui expliquer notre attitude, lui affirmant que nous n'avions nullement souhaité choquer ou manquer de respect à la Communauté Juive d'Orléans.
Seule notre ignorance nous avait fait commettre cette bévue, et à l'avance nous présentions nos excuses si l'un d'entre eux avait pu être blessé par notre attitude.

Car c'est bien la conduite de la Préfecture et son zèle à mettre en oeuvre la politique des quotas des Sarkozy-Hortefeux que nous voulions dénoncer et rien d'autre.
Aujourd'hui, des clandestins fabriqués tout à fait artificiellement viennent grossir "à bon compte" au propre comme au figuré les statistiques départementales et gouvernementales des expulsions.

Incroyable lorsque l'on sait que le rapport Mazeaud dénonce comme « inefficaces », « irréalisables » et « sans intérêt » cette politique désastreuse et inhumaine .
Beaucoup sont venus nous voir, dont une conseillère qui nous a dit sa satisfaction de nous voir là, qu'effectivement nous y avions toute notre place.

Mme Klein présidente du CRIF a compris notre action et était d'accord avec nous à bien des égards.
Elle nous a cependant mis en garde contre les amalgames.
Ce à quoi nous lui avons répondu qu'avant d'en arriver à 1942, des lois et décrets, une politique sournoise et rampante avaient conduits à cette situation.
Nous sommes tombés d'accord sur cette analyse.

Je ne sais ce que ressentent ceux qui ont oeuvré pour une cause juste.
Sans doute quelque chose ressemblant au sentiment que nous éprouvions en fin de cérémonie malgré les rodomontades d'un ancien combattant provocateur qui passant à notre proximité s'est écrié :
" On devrait tous les expulser !"

Malgré cela, nous étions "8" à être fiers du devoir accompli.
Celui de la vigilance et de la non-acceptation aveugle de directive sans âme ni humanité.

"8" à dire NON et à être VIGILANTS .
 "8" aujourd'hui, pour aujourd'hui seulement à se sentir libres de s'exprimer et de résister.

Demain est un autre jour, et demain amènera sans nul doute son lot d'arrestations inutiles et honteuses.

Pour Houari et tous les Houari existants, pour Onur et sa famille, pour Alexandre, Rajaa, Khatsan, Raimundo, Daouda, Zafar-Ali...et tous ceux que je ne peux nommer ici, liste longue, bien trop longue, qui n'en finit pas de grandir de manière éhontée, soyons demain au Tribunal d'Orléans, salle 3 à 14h30 auprès de Houari.


photos, propriété exclusive d'Antonio DIAS,  site : www.agorapress.com
Merci à lui pour ce prêt.

Voir aussi son excellent article intitulé : Ombres et Lumières lors de la cérémonie officielle des Justes.

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Clara 21/07/2008 16:17

Coucou maman, c'est clara c'était pour te dire que tu me manque et que je t'aime.

Circé 21/07/2008 20:54


@ Clara : Moi aussi je t'aime Ma Poussinette, à dimanche.


Kamizole 21/07/2008 02:40

Comparaison n'est sans doute pas raison me dit-on souvent (sur le mode du reproche)quand je compare la politique de Sarko & Hortefeux à celle de Vichy. Sans doute n'y a-t-il pas l'extermination au bout des charters et autres avions. Mais sont bien à l'oeuvre le même mépris, la même haine farouche, la même démagogie qui cherche à détourner l'attention des couches populaires de la vraie nature des problèmes : la mondialisation, la désindustrialisation et les délocalisations, l'exploitation ici et dans les pays les plus pauvres (la "FrançAfric") sont le terreau globalisé de tous les malheurs du monde (économiques et guerres) ajoutés aux haines ethniques, tribales et religieuses.
Il serait intéressant que nous dises sur quels mots le préfet a trébuché... "Psychopathologie de la vie quotidienne" selon Freud

Circé 21/07/2008 08:22


@Kamizole: Je ne les ai pas tous retenus, mais  " fonctionnaires serviles de Vichy", tout à la fin est passé difficilement bien qu'énoncé à la vitesse Grand "V" 


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