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21 May

France," Terre d'Asile "?

Publié par Circé  - Catégories :  #Droits de l'Homme, des Femmes, Politique

Aujourd'hui je vais céder la place sur mon blog à un commentateur que vous connaissez tous, pour la plupart, ne serait-ce que parce que vous l'avez croisé au fil des articles et des annotations que vous avez bien voulu laisser.

Ce texte, il l'avait en préparation depuis de longues semaines.
Je lui avais proposé de l'adjoindre à l'un des miens, malheureusement toujours à l'état de genèse .
Cependant je pense qu'effectivement ce cas ( qui en représente tant d'autres ) est particulier, et finalement, je n'y aurais pas accolé le mien.

En quelques mots, voici ce que Michel dit en préambule :

"  J'insiste sur celui-ci (ce cas ) car pour moi, et je ne sais pas si cela apparait clairement, le fait que ce soit un homme "seul" est important.
On a souvent l'habitude de montrer des malades (il le sont tous), des mamans avec leurs
enfants et des écoliers studieux, tout ça pour faire pleurer dans les chaumières
(bien malgré nous d'ailleurs, vu le nombre de cas), mais un homme seul cela n'est pas très porteur...l'image toujours l'image !..."

                                                 ******

La France « Terre d’asile » ?


La Tchétchénie est un pays détruit. Les antagonismes sont irrémédiablement installés entre d’un côté les « Musulmans terroristes » et les Tchétchènes aux ordres de Moscou.


Pour faire court, une des raisons principales est la course à l’énergie et l’installation de voies d’approvisionnement durables et sous contrôle.
Des familles ont fui pendant les guerres et fuient encore un pays dévasté.
Aujourd’hui un Président fantoche, marionnette de Moscou, dit « reconstruire » ce pays.


La corruption est le moteur de cette reconstruction.
Il y a énormément de travail non rémunéré.
La seule rémunération est la peur et la torture dirigées essentiellement vers la population musulmane.


Des enfants, des femmes et des hommes se sont réfugiés en Europe et notamment en France.
Ils ont demandé l’asile. Cet asile leur est refusé.
Après les avoir acceptés sur le sol français la France leur demande de repartir dans le pays par lequel ils sont entrés en Europe ( ?!).
En l’occurrence la Pologne pour la grande majorité.


Règlement -CE- n°343/2003 du Conseil du 18 février 2003 établissant les critères et mécanismes de détermination de l’Etat membre responsable de l’examen d’une demande d’asile présentée dans l’un des Etats membres par un ressortissant d’un pays tiers - journal officiel n°1.050 du 25/02/2003 p.0001 - 0010


Extrait de ce Règlement appelé « Dublin II » (CE) n° 343/2003 du Conseil du 18 février 2003


Chapitre II - Article 3 - alinéa 2 :


« Par dérogation au paragraphe 1, chaque Etat membre peut examiner une demande d’asile qui lui est présentée par un ressortissant d’un pays tiers, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. Dans ce cas, cet Etat devient l’Etat membre responsable au sens du présent règlement et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. Le cas échéant, il en informe l’Etat membre antérieurement responsable, celui qui conduit une procédure de détermination de l’Etat membre responsable ou celui qui a été acquis aux fins de prise en charge ou de reprise en charge. »


Histoire d’un homme.


Mr Kassan ITAYEV . Il fait partie de ces réfugiés. Il était juriste en Tchétchénie, sorte d’huissier de justice. En danger de mort en Tchétchénie il part en Ossétie du nord, ennemis héréditaires des Tchétchènes.


Arrivé en Europe, par la Pologne, en septembre 2007, il choisit la France comme terre d’accueil car il y a de la famille. Il est admis dans le dispositif d’urgence mais très vite, en février, il reçoit une lettre lui demandant de se présenter à la préfecture afin de prévoir son retour en Pologne (règlement Dublin II rapporté ci-dessus).


La Pologne : Pays européen qui ne veut pas de ces réfugiés. Pour la plupart, la Pologne a refusé leur demande d’asile. Lorsqu’ils sont renvoyés d’un autre pays européen ils y risquent la prison. Ils peuvent être enfermés au moins pendant un mois sans possibilité d’imaginer un seul instant une reconstruction.


De plus ces camps ne sont pas sûrs. Des russes (FSB) s’infiltrent pour les enlever. Les Polonais, malheureusement comme beaucoup d’autres pays, ne les acceptent pas ce qui amène immanquablement son lot d’actes xénophobes trop bien connus. Les enfants en sont les premières victimes.


Depuis, quelques jours Mr ITAYEV a été sorti du dispositif d’urgence pour des raisons encore inconnues, pour moi, à ce jour. Début d’une courte vie d’errance.
La faim, le désespoir, il prend une pomme dans un magasin « Carrefour ». On croit revivre le « crime » de Jean Valjean tellement bien décrit dans les « Misérables de Victor Hugo ».


Arrêté, il est placé au local de rétention de Cercottes.


Mr Kassan ITAYEV est malade (Hépatite C, Claustrophobie, hypertension, calculs rénaux). Enfermé la nuit dans sa chambre il est obligé d’appeler pour pouvoir aller aux toilettes : gênant quand on a des problèmes rénaux.
La Gendarmerie, responsable de ce Centre, quant à son fonctionnement, a une attitude digne et respectueuse (dixit Mr ITAYEV).



Sa famille, une sœur, un neveu en France et une femme et deux enfants en Tchétchénie mais plus de nouvelles depuis de nombreux mois.
Durant ce court séjour au centre de Cercottes, après une demande de recours en référé, il « passe » devant le Juge des Libertés.


Enoncé des faits. « Métalliques » et « administratifs » par le représentant du Préfet, empreints d’humanisme par le Juge des Libertés.

Je ne retiendrai de cette audience que la colère rentrée de Mr Kassan ITAYEV qui criait en silence son désespoir. Dans cette expression désespérée j’ai entendu plusieurs fois « démocratie »…

Devant ce mur d’incompréhension, Mr Kassan ITAYEV en est venu à réclamer son retour immédiat vers la Pologne. Comble d’ironie, dans un ultime sursaut lassé, il a exprimé son respect des décisions judiciaires et des personnels de gendarmerie.
Enfin, perdant toutes défenses, il a décrit son état physique et son souhait de pourvoir boire souvent dans sa cellule, à Cercottes.

Le Juge des Libertés lui a demandé s’il voulait un médecin. Il a refusé dans ce qu’on peut appeler une attitude suicidaire, pensant que cela était inutile. Fier et respectueux, jusqu’au bout cet homme a été digne. Le Juge des Libertés a réussi à ce qu’il accepte la visite d’un médecin.


Au-delà des détails, il ressort de cette affaire que la France n’est plus une « terre d’asile ». Loin des considérations, des palabres, des lois et des décrets, des calculs électoraux, il reste que ce pays s’enfonce dans des crispations et des attitudes trop bien connues par le passé.


L’inflexibilité de l’administration n’est pas de mise et acceptable dans ces cas de réfugiés.

L’humanité avec laquelle ce type d’affaire doit être conduite devient sélective et innacceptable.

Je le redis nous parlons de réfugiés. Ils arrivent en France avec un rêve, avec l’idée qui en est véhiculée, et entretenue, par l’histoire de ce pays.

Mr Kassan ITAYEV, depuis que je le suis m’a plusieurs fois exprimé son souhait de se reconstruire et de vivre en paix. Nous sommes loin des clichés ressassés par les extrêmes et par ce gouvernement.

Mr Hortefeux (Ministre de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité nationale et du Développement solidaire) disait il n’y a pas très longtemps « qu’il fallait envoyer aux pays d’immigration des signaux forts », je crois, sans humour, qu’ils commencent à comprendre mais contrairement à ce que dit Mr Hortefeux la Tchétchénie n’est pas un pays d’immigration, c’est un pays détruit où ces personnes sont exploitées, rackettées, violées, torturées, parquées.

Mr Kassan ITAYEV, après un court séjour au centre de rétention de Mesnil Amelot, a été renvoyé en Pologne.

Nous avions eu quelques espoirs pendant son séjour dans le centre. Il aurait été admis à l’hôpital pour des examens car son état est très préoccupant. Pendant quelques jours les informations ont été contradictoires. Une fois il pouvait avoir l’autorisation de séjourner un an en France, une autre fois il devait repartir en Pologne.


En définitive il a été renvoyé.


En résumé, cette histoire est exemplaire mais malheureusement pas la seule et surtout pas la dernière.
Elle fait partie des drames, nombreux, différents, que tous nous rencontrons, nous entendons, nous lisons.
Elle fait partie de ces drames que tous nous dénonçons jour après jour. L’indignation face à ces drames commence à grandir. Elle ne touche plus seulement que les associations traditionnelles qui s’occupent des migrants ou les gens de gauche touchés, atteints dans leurs convictions.


Aujourd’hui l’indignation s’étend aux chrétiens et aux anonymes…
 

Aujourd’hui, il y a une dizaine de familles Tchétchènes avec une vingtaine d’enfants dans l’AgglO d’orléans. 


                                                                       Journal d'un Bénévole

 

 

Commenter cet article

BCT 23/05/2008 15:47

« Ce que vous aurez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait ». C'est marrant c'est une phrase que j'ai déjà citée.
Alors bien sûr, si on la respecte on parait intéressé mais justement si seulement tout le monde était intéressé par le sort de ces gens-là. Le souci de l'autre est bien inscrit en nous. Il suffit de s'entrainer et de ne pas le mettre "à l'abri".

Steph / Polyborus Plancus 21/05/2008 23:05

Je ne sais que dire, j'ai trop honte.
Je sais (un peu) la grande souffrance physique que cet homme peut endurer notamment avec des calculs rénaux.
Je sais (un peu) la grande souffrance morale qu'il peut endurer du fait qu'il est tchétchène.
Je ne comprends plus rien à mon pays, plus rien à rien...
Je continue à élever mes enfants dans un univers de valeurs qui n'a rien à voir, et je tremble.
Quelle société, quelle vie, quels sentiments leur prépare-t-on ?
Je ne suis pas un parent responsable, très certainement ! Je devrais les élever en requins... Mais je ne peux m'y résoudre.
A un tout petit niveau, je tente... continuer à se battre, continuer à croire, continuer à espérer... continuer à enseigner l'amour et le respect de son prochain, un peu d'EMPATHIE...
Que de baffes prises en pleine figure.
Que de gens qui souffrent.
Au nom de quoi ?
...
Il parait que c'est ça, l'humanité, et qu'il faut donc chaque jour s'étonner et s'émerveiller du bien qui parvient tout de même à s'étendre parmi quelques hommes...
Je ne sais plus, mais j'ai, vraiment, très peur.
Pas pour moi.
Pour l'avenir.

BCT 21/05/2008 22:21

D Goux, c'est bien essayé...

Didier Goux 21/05/2008 22:00

C'était pourtant une assez bonne idée, de refiler tout ce petit monde aux Polonais. Enfin, moi, je trouve, hein...

BCT 21/05/2008 18:08

Je voudrais bien connaître ce bénévole.
A t-il des nouvelles de ce Monsieur ?

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