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04 May

Clan

Publié par Circé  - Catégories :  #Naissance, Filiation, Généalogie.

 


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" Mon amour, mon enfant,
Ma colombe, ma tourterelle,
Ma source de joie,
Mon inquiétude et mon tourment,
Ma beauté, mon adorable jouvencelle,
Déploie tes ailes de velours
Et sèche ton plumage immaculé à l'aube de tes treize ans.

Ta frimousse espiègle de petite fille a fait place à un visage juvénile et gracieux.
Seuls ta moue boudeuse et tes grands éclats de rire subsistent.
Ta prunelle dorée, parfois zébrée de tes jeunes colères éclaire la douce amande de tes yeux.
Ta bouche aux lèvres délicatement ourlées sont des fruits pleins de promesse, au voleur qui bientôt chapardera ton premier baiser.

Ma belle, ma gazelle, ta peau ambrée résonne de l'étrange mélopée du tam-tam africain au soir d'une journée de fête.
Elle proclame ton entrée dans le monde des femmes.
Petite-fille de roi, fille de prince n'oublie jamais tes racines.
Celles qui vibrent en toi.

Ton sang est fait de la poussière de la terre d'Afrique.
Du rugissement du lion dans la savane, de la cavalcade des gnous rejoignant le point d'eau pour s'y désaltérer, de la course bondissante des gazelles tentant d'échapper au léopard véloce, du rire sarcastique de la hyène voleuse, du guet patient de la lionne chasseresse, du troupeau majestueux des pachydermes à l'ivoire étincelante, des grands singes à la force herculéenne...

Ton grand-père, en des rites mystérieux convoquait tes ancêtres et présidait à la destinée de sa tribu.
Sa sagesse était renommée, ses décisions honorées.
De tous, il forçait le respect.

Mais ta silhouette gracile à l'égale d'une fragile tanagra tintent aussi de tes ancêtres venus du pays minier du nord de la France, des fileuses de coton de l'industrie textile, de l'émigrée italienne fuyant sa province miséreuse, du poseur de rail flamand participant à l'édification de notre réseau ferroviaire, du journalier corse vaquant de village en village en quête de précaires moyens de subsistances, de ton arrière grand-père, petit télégraphiste qui dès l'âge de 12 ans sillonnait les rues de Paris pour délivrer les plis qu'on lui confiait.

Et de tous ceux que tu ne connais pas encore et dont je te révélerai l'histoire.
Aucune loi alors ne défendait leur statut de travailleurs.
D'eux sont nés des syndicalistes, résistants, militants engagés refusant l'iniquité, la dictature, la tyrannie, la domination des plus forts exercée sur les plus faibles.
Eux ont lutté pour la liberté, l'égalité, la fraternité entre tous les peuples.
C'est de la croisée de tous ces chemins dont tu es issue.

Mon enfant, mon bijou,
N'écoute pas les sirènes audacieuses de ceux qui t'appellent :
-"Ma soeur...Cousine...", te faisant croire qu'ils ont droit sur toi.
Ces lourdauds irrespectueux ne voient que ton agréable physique, ta taille élancée, la courbe harmonieuse de tes reins cambrés, ta poitrine menue aux tétins dardés.
Ils utilisent ta délicieuse couleur pain d'épices comme un sésame à tous leurs désirs.

J'ai peur qu'un de ses balourds, customisé comme un tracteur de labour, possédant la grâce d'un néanderthalien primitif à l'esprit aussi vif et fécond qu'une terre stérile ne te blesse, ne t'éteigne.

Vole, mon enfant, papillonne, butine avant que de te poser.
Rayonne de ta pleine jeunesse.
Resplendis de ton éclat intérieur.
Fais toujours retentir tes rires comme d'immenses carillons joyeux.
Que ta vie soit belle, douce et chaleureuse.
Répands ce concentré de bonheur autour de toi !

Sois citoyenne et consciente.
Comme au soir d'avril 2002 où tu as pleuré en voyant s'afficher le visage de l'ignoble sur l'écran de notre téléviseur.
Lui n'a jamais caché ses idées.
D'autre ratisse dans cette poubelle abjecte aux effluves pestilentielles.
Toujours, il te faudra être vigilante.

L'honneur de tes ancêtres, de ta famille, c'est dans la diffusion des valeurs des lumières et de l'humanisme que tu le porteras.
N'abdique jamais devant ceux qui voudraient te faire croire que ton statut de femme te rend inférieur à eux.

N'accepte aucune prison fût-elle dorée .
Ni le joug d'un voile qu'il soit de soie, de dentelle ou de toute autre étoffe qui dénierait ta féminité.
Elle transformerait ton allure souple et féline en une pauvre et misérable chauve-souris prisonnière de sa geôle de tissu.

A ceux qui ne supporteraient pas ta beauté, je répondrai :
-" Si vous n'avez pas la force de vous détourner, vous qui vous prétendez forts, voilez votre face, aveuglez vos yeux et passez votre chemin. "

Khalil GIBRAN, admirable poète libanais dont tu découvriras un jour les textes disait :

-" ...Tes habits dissimulent beaucoup de ta beauté, mais ne cachent pourtant pas la laideur.
Bien que tu cherches à travers eux la liberté de la discrétion, tu risques d'y trouver un harnais et une chaîne.
J'aimerais que tu puisses saluer le soleil et le vent avec plus de peau et moins de vêture.
Car le souffle de la vie bouge dans le rayon du soleil, et sa main dans le vent...
Et n'oublie pas que la terre s'enchante de sentir tes pieds nus, que le vent aspire à jouer dans tes cheveux."

Petite fille, le jour où devenue femme tu feras ton choix :
Que celui qui sera doux à ton corps, le soit aussi à ton coeur et à ton esprit.
Que toujours il te respecte.
Et que de la petite flamme que j'ai allumée, il fasse de toi, par son amour, une flamboyante torche source de toute vie.

Et moi, ta mère-louve, la matriarche, au sein de laquelle tu t'es abreuvée de la sève nourricière, au soir de ma vie, dans la nuit ombreuse nimbée de l'astre lunaire, je veillerai et clamerai votre appartenance au clan des hommes libres.

Bon Anniversaire Ma Fille, Mon Enfant.

"

                                                 

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SIMON 16/02/2015 13:26

Beau texte dont j'extrais: "Ton sang est fait de la poussière de la terre d'Afrique."
Avez-vous essayé de publier vos poèmes ??

Circé 16/02/2015 14:06

J.Simon :

Il y a quelque temps, sous la pression d'une amie, j'en ai envoyé quelques-uns, mais de façon si brouillonne, et si peu organisée que cela ne pouvait donner que le résultat négatif.

Pourtant, une amie comédienne a organisé une lecture publique de certains textes, et ils ont eu du succès.
Curieux pour moi, de voir des larmes rouler sur les visages autour de moi, ou bien d'entendre des éclats de rire.

Curieux aussi, d'entendre ses textes lus, les reconnaître et pourtant se forcer à être spectatrice, d'autant que le premier à être lu, évoquait une situation encore très lourde à porter pour moi.

C'était celui-ci :
http://circe45.over-blog.com/article-les-hirondelles-fin-50800973.html

Taillandier 13/05/2008 23:17

bonsoir Cirsé ,
il ya un moment que je me dit , réponds à cette magnifique lettre .Beaucoup d'amour pour tes enfants , et je t'avoue avoir été très émue en la lisant .J'ai moi même une petite fille , et la sagesse des enfants nous apportent tellement de choses .Grand respect pour cet écrit .J'ai mis ton blog sur mon site Bises
Eric

Astringues 06/05/2008 22:43

Ahhh... la poésie humaniste de Gibran m'en ferait presque aimer le côté religieux.
En tous cas, la sincérité de l'amour que tu exprimes force le respect.
Bravo, tu as des qualités que j'envie...

dany 05/05/2008 10:43

magnifique....et bon anniversaire aux deux superbes filles caramel avec un peu de retard pour l'une d'elles.

BCT 05/05/2008 09:15

Je m'aperçois que beaucoup autour de moi écrivent des choses lumineuses et admirables. Ce pays, ma France, est plein d'écrivains anonymes pétris d'une grande sensibilité. C'est vraiment un pays d'expression.
Bravo pour ce texte, ta fille, tes filles ont beaucoup de chance.

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" Pourquoi une Femme entière ne serait-elle qu'une moitié ? "