Dernièrement j'ai évoqué dans " XI ", l'un de mes billets, l'anniversaire de Poussinette, surnom de ma dernière née.
En septembre dernier, son ainée a eu 13 ans et pour l'occasion, je lui avais écrit ceci.
Curieusement, si je lui avais fait lire, je ne l'avais pas publié sur mon blog .
Il est vrai aussi, pour être juste que celui-ci a été créé quelques semaines plus tard.
A l'inverse, j'ai publié le texte retraçant la naissance de Poussinette sans le lui faire lire.
Aujourd'hui, tout est rentré dans l'ordre.
Toutes deux ont lu ces écrits que je leur avais dédiés.
Et les deux textes sont parus.
Enfin, le dernier article deCDGm'a interpellé quant à l'histoire de mes ancêtres, la mienne bien entendu et aussi et surtout celle de mes enfants et de mes filles en particulier.
L'Amour a-t-il une couleur, une frontière, une nationalité, une préférence "nationale" ?
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" Mon amour, mon enfant, Ma colombe, ma
tourterelle, Ma source de joie,
Mon inquiétude et mon tourment,
Ma beauté, mon adorable jouvencelle,
Déploie tes ailes de velours
Et sèche ton plumage immaculé à l'aube de tes treize ans.
Ta frimousse espiègle de petite fille a fait place à un visage juvénile et gracieux.
Seuls ta moue boudeuse et tes grands éclats de rire subsistent.
Ta prunelle dorée, parfois zébrée de tes jeunes colères éclaire la douce amande de tes yeux.
Ta bouche aux lèvres délicatement ourlées sont des fruits pleins de promesse, au voleur qui bientôt chapardera ton premier baiser.
Ma belle, ma gazelle, ta peau ambrée résonne de l'étrange mélopée du tam-tam africain au soir d'une journée de fête.
Elle proclame ton entrée dans le monde des femmes.
Petite-fille de roi, fille de prince n'oublie jamais tes racines.
Celles qui vibrent en toi.
Ton sang est fait de la poussière de la terre d'Afrique.
Du rugissement du lion dans la savane, de la cavalcade des gnous rejoignant le point d'eau pour s'y désaltérer, de la course bondissante des gazelles tentant d'échapper au léopard véloce, du rire
sarcastique de la hyène voleuse, du guet patient de la lionne chasseresse, du troupeau majestueux des pachydermes à l'ivoire étincelante, des grands singes à la force herculéenne...
Ton grand-père, en des rites mystérieux convoquait tes ancêtres et présidait à la destinée de sa tribu.
Sa sagesse était renommée, ses décisions honorées.
De tous, il forçait le respect.
Mais ta silhouette gracile à l'égale d'une fragile tanagra tintent aussi de tes ancêtres venus du pays minier du nord de la France, des fileuses de coton de l'industrie textile, de l'émigrée
italienne fuyant sa province miséreuse, du poseur de rail flamand participant à l'édification de notre réseau ferroviaire, du journalier corse vaquant de village en village en quête de précaires
moyens de subsistances, de ton arrière grand-père, petit télégraphiste qui dès l'âge de 12 ans sillonnait les rues de Paris pour délivrer les plis qu'on lui confiait.
Et de tous ceux que tu ne connais pas encore et dont je te révélerai l'histoire.
Aucune loi alors ne défendait leur statut de travailleurs.
D'eux sont nés des syndicalistes, résistants, militants engagés refusant l'iniquité, la dictature, la tyrannie, la domination des plus forts exercée sur les plus faibles.
Eux ont lutté pour la liberté, l'égalité, la fraternité entre tous les peuples.
C'est de la croisée de tous ces chemins dont tu es issue.
Mon enfant, mon bijou,
N'écoute pas les sirènes audacieuses de ceux qui t'appellent :
-"Ma soeur...Cousine...", te faisant croire qu'ils ont droit sur toi.
Ces lourdauds irrespectueux ne voient que ton agréable physique, ta taille élancée, la courbe harmonieuse de tes reins cambrés, ta poitrine menue aux tétins dardés.
Ils utilisent ta délicieuse couleur pain d'épices comme un sésame à tous leurs désirs.
J'ai peur qu'un de ses balourds, customisé comme un tracteur de labour, possédant la grâce d'un néanderthalien primitif à l'esprit aussi vif et fécond qu'une terre stérile ne te blesse, ne
t'éteigne.
Vole, mon enfant, papillonne, butine avant que de te poser.
Rayonne de ta pleine jeunesse.
Resplendis de ton éclat intérieur.
Fais toujours retentir tes rires comme d'immenses carillons joyeux.
Que ta vie soit belle, douce et chaleureuse.
Répands ce concentré de bonheur autour de toi !
Sois citoyenne et consciente.
Comme au soir d'avril 2002 où tu as pleuré en voyant s'afficher le visage de l'ignoble sur l'écran de notre téléviseur.
Lui n'a jamais caché ses idées.
D'autre ratisse dans cette poubelle abjecte aux effluves pestilentielles.
Toujours, il te faudra être vigilante.
L'honneur de tes ancêtres, de ta famille, c'est dans la diffusion des valeurs des lumières et de l'humanisme que tu le porteras.
N'abdique jamais devant ceux qui voudraient te faire croire que ton statut de femme te rend inférieur à eux.
N'accepte aucune prison fût-elle dorée .
Ni le joug d'un voile qu'il soit de soie, de dentelle ou de toute autre étoffe qui dénierait ta féminité.
Elle transformerait ton allure souple et féline en une pauvre et misérable chauve-souris prisonnière de sa geôle de tissu.
A ceux qui ne supporteraient pas ta beauté, je répondrai :
-" Si vous n'avez pas la force de vous détourner, vous qui vous prétendez forts, voilez votre face, aveuglez vos yeux et passez votre chemin. "
Khalil GIBRAN, admirable poète libanais dont tu découvriras un jour les textes disait :
-" ...Tes habits dissimulent beaucoup de ta beauté, mais ne cachent pourtant pas la laideur.
Bien que tu cherches à travers eux la liberté de la discrétion, tu risques d'y trouver un harnais et une chaîne.
J'aimerais que tu puisses saluer le soleil et le vent avec plus de peau et moins de vêture.
Car le souffle de la vie bouge dans le rayon du soleil, et sa main dans le vent...
Et n'oublie pas que la terre s'enchante de sentir tes pieds nus, que le vent aspire à jouer dans tes cheveux."
Petite fille, le jour où devenue femme tu feras ton choix :
Que celui qui sera doux à ton corps, le soit aussi à ton coeur et à ton esprit.
Que toujours il te respecte.
Et que de la petite flamme que j'ai allumée, il fasse de toi, par son amour, une flamboyante torche source de toute vie.
Et moi, ta mère-louve, la matriarche, au sein de laquelle tu t'es abreuvée de la sève nourricière, au soir de ma vie, dans la nuit ombreuse nimbée de l'astre lunaire, je veillerai et clamerai votre
appartenance au clan des hommes libres.