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23 Mar

La Révolte des Saris Roses.

Publié par Circé  - Catégories :  #Droits de l'Homme, des Femmes, Politique

 journee-femme.jpg
Pour vous, je ne sais pas.
Pour ma part, la journée du 08 mars s'est déroulée sans tambour, ni trompette.
Tout juste était-ce une veille de scrutins électoraux.
Et puis quoi ?

Symboliquement ce jour est dédié aux femmes : C'est " La journée internationale des Droits des Femmes" .

Comme
Astringues, que je vous invite à lire et à découvrir, je pense qu'il vaudrait mieux que les droits des femmes soient respectés 365 jours par an au lieu de "fêter" une journée bonne conscience.
Ceci afin de mieux se dédouaner de toutes les exactions, crimes, et discriminations en tout genre commis à leur encontre le reste de l'année, dans une indifférence quasi générale.
Tout juste de temps en temps cela fait-il la "Une" de pathétiques faits divers.

Si j'avais bien eu ce jour-là quelque vélléité à commettre un billet un brin sarcastique du style :
" Elle n'aime pas faire le ménage, la vaisselle et la cuisine, mais elle blogue ", titre-parodie d'une comédie d'Audiard, voulu volontairement futile et dérisoire pour l'occasion, j'ai vite abandonné au profit du silence.

Néanmoins si je me ravise aujourd'hui, c'est bien parce qu'il y a tout de même nécessité à mettre en avant le combat de femmes qui luttent pour la reconnaissance de leurs droits fondamentaux .

Et si j'utilise le terme de "combat", c'est à dessein .
Car les femmes dont je vais vous parler l'utilisent dans tous les sens du terme, au propre comme au figuré.
Sampat-Pal-Devi.jpg
Elle s'appelle Sampat Pal Devi.
Elle est indienne et habite la province la plus pauvre de l'état le plus démuni qui soit en Inde : l'Uttar Pradesh.
Elle a 47 ans, a été mariée de force dès l'âge de 9 ans et est mère de cinq enfants.

Sampat Pal Devi est la fondatrice d'un groupe de femmes surnommés les " Gulabis ", du nom de la couleur rose particulière de leurs saris qu'elles portent en signe de ralliement.
On les connaît aussi sous le nom de "Gang des Saris Roses" ou " Pink Gang" .

Elle est en passe de devenir une héroïne à la
Phoolan Devi .
Celle dont le Président Narayanan, premier Président Indien "dalit" (Intouchable) disait d'elle :

" Si on lui associe le nom de reine et de bandit à la fois, c'est que Phoolan Devi est devenue l'héroïne d'une population pauvre et opprimée à travers une rébellion sans précédent de la gente féminine indienne...
Sa vie était une histoire de rébellion et de défi réussis devant l'oppression et l'exploitation  " .

Toutefois, c'est dans la détermination et la révolte qu'elles se ressemblent .
L'action de Sampat Pal Devi ne conduit pas à la mort comme on pouvait le reprocher à Phoolan Devi, même si elle utilise une certaine forme de violence inédite pour les femmes indiennes .

Cependant je me dois de vous rappeler la situation de la Femme en Inde.

Naître Femme en Inde est encore et toujours une malédiction.
Les paroles de cette chanson populaire :
-" Pourquoi es-tu venue au monde, ma fille, quand c'est un garçon que je voulais ? Vas donc à la mer remplir ton seau : puisses-tu y tomber et t'y noyer", en donne la mesure. 

Les classes les plus aisées n'hésitent pas à recourir à l'avortement sélectif, privilégiant la naissance de garçons au détriment des filles.
Les classes les plus pauvres ont recours à une méthode plus passive mais tout aussi irrémédiable : le défaut de soins .
Ainsi la mortalité infantile est de 1,5 fois supérieur chez les petites filles, comparée à celle des garçons. 
Les infanticides de nouveaux-nés de sexe féminin sont aussi courant.

C'est ainsi d'un déficit de naissance de près de 100 millions de femmes dont l'Asie est victime, donnant au livre d'Amin Maalouf, "Le siècle après Béatrice"  un résonnement tout particulier.
Car bien entendu c'est en Inde et en Chine que les manques deviennent les plus criants.

Ainsi dans l'état de l'Uttar Pradesh le ratio hommes/femmes est de 846 femmes pour 1000 hommes, alors qu'au niveau international il est de 105 femmes pour 100 hommes.
Le taux d'alphabétisation, qui est un autre indicateur du soin donné aux femmes est de 25,9 pour les femmes contre 50,4 pour les hommes.

Il serait ainsi légitime de penser que le fait de devenir "rare" conférerait à la Femme une attention toute particulière qui la rendrait précieuse aux yeux de la société.
Mais pas du tout ! 

Le film du cinéaste indien Manish Jha Matrubhoomi, un monde sans femmes (2005) illustre parfaitement le(s) problème(s).

Humiliées, maltraitées, vendues, enlevées, violées, livrées à la prostitution, assassinées dans des crimes dit "d'honneur" être Femme est un fléau.
Et si en plus vous faites partie de la caste des intouchables, l'indignité est totale.

C'est le cas de Sampat Pal Devi.
Et de pratiquement toutes les femmes qui "militent" auprès d'elle.
Elles sont donc, vêtues d'un sari rose, mais aussi et surtout armées d'un long bâton traditionnel appellé "lathi" dont elles se servent pour faire respecter leurs Sampat-20Pal-20Devi-202.jpgdroits.

Et elles s'entrainent : Au combat, à la résistance.
 
 Ainsi si une femme est victime de violence domestique, d'abus sexuels et qu'elle veut déposer plainte,  elles l'accompagnent auprès de l'officier chargé de prendre la plainte.
Et si celui-ci fait mine de refuser de la recevoir, comme c'est souvent le cas, poids des traditions et corruption obligent, elles n'hésitent pas à le traîner hors du commissariat pour le rouer de coups jusqu'à ce qu'il s'éxécute.

Si un mari s'avise de violenter  sa femme, elles viennent en délégation lui infliger une correction.
De même pour les belles-mères maltraitantes.

Elles veillent aussi désormais à la répartition des denrées alimentaires attribuées gratuitement par le gouvernement pour venir en aide aux populations défavorisées.
Denrées détournées le plus souvent par des fonctionnaires corrompus et qui finissaient en vente sur les marchés locaux.

Et bien entendu, elles défendent la scolarisation des petites filles. 

Témoignage de Sampat Pal Devi :

" Personne ne vient à notre secours, ici. Les fonctionnaires et la police sont corrompus et hostiles aux pauvres. Aussi sommes-nous parfois obligées de faire respecter la loi par nous-mêmes. Nous sommes une bande de justicières, pas un gang... 

 
Nous avons empêché que les femmes soient violées et nous avons envoyé les filles à l’école. La violence contre des femmes et le viol sont très communs ici, aussi, nous essayons de les éduquer pour qu’elles connaissent leurs droits...

 Dans les cas de violence domestique, nous allons parler au mari pour lui expliquer qu’il a tort. S’il refuse d’écouter, nous faisons sortir la femme et alors nous le battons. Au besoin, nous le battons en public pour l’embarrasser.
Les hommes ont l’habitude de croire que les lois ne s’appliquent pas à eux, mais nous faisons le forcing pour que ça change totalement...
L’année dernière, après avoir reçu des plaintes parce qu’un magasin d’état ne donnait pas la nourriture qu’il était sensé distribuer gratuitement aux pauvres, le gang a commencé à surveiller le propriétaire et son fils.
Une nuit, on a vu deux camions chargés de grain sur le chemin du marché, où le propriétaire du magasin prévoyait de le vendre et d’empocher les bénéfices...
L
e Pink Gang a fait pression sur l’administration locale pour qu’elle saisisse le grain et s’est assuré ainsi que le grain soit correctement distribué."

Pink-Gang.jpg

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Thanaa 23/03/2011 11:06



bonjour,


je trouve votre article tres bien ecrit, et sourtou tres interessant! avec votre permission je vais utilisé cette article dans un travail universitaire, je voudrais svp savoir le nom de la
personne qui a ecrit cette article .


merci 



Circé 23/03/2011 13:42



Bonjour,


Je suis celle qui a écrit ce billet. Et je ne fais nullement mystère de mon nom.


Je me nomme Dominique Tripet et si vous avez besoin de plus de renseignements je vous laisse mon e-mail :


tripet.dominique@yahoo.fr



Caroline REYS 18/08/2010 12:40



Merci pour ces informations claires et détaillées. Un ami indien cherche à se procurer le livre Le Sari rose , il semblerait que ce ne soit pas possible en Inde... À moins qu'l
ne désire pas afficher publiquement son intérêt pour ce texte...



Circé 18/08/2010 13:03



Bonjour Caroline.


Le livre dont vous parlez retrace la vie de Sonia Gandhi, tandis que celle dont je parle ici est Sampat Pal Devi.


Ceci dit, la vie des femmes dans la société indienne est assez remarquable à différents niveaux - du pire à la réussite, même dramatique- pour qu'effectivement la vie de Sonia Gandhi puisse être
intéressante. Je ne sais si la censure sévit au niveau de ce livre, d'autant qu'effectivement Sonia Gandhi est une personnalité politique.


Je ne suis pas d'assez près les arcanes du pouvoir indien pour pouvoir émettre une opinion qui ne serait que pure spéculation de ma part.



joliefee50 27/04/2009 12:32

j' ai de l' admiration pour cette femme, mais en France aussi les femmes sont abusée ça m' est arriver étant enfant maintenant même si j' ai un petit ami les hommes doivent garder leur distance et souvent je suisu obligée soit d' expliquer soit s' ils ne comprennent pas de les menacer d' être violente même si je déteste la violence et que je la banni ça marche en général. Je dis en général car il m' est arrivé une fois de frapper un mec parce qu' il était trop collant alors que je l' avais prévenu ordonner de me lâcher  

Circé 27/04/2009 13:41


@ joliefee50 : C'est une chose que je comprends, pour avoir été moi aussi victime.
Nous avons à lutter pour ne pas devenir ce que nous avons eu à supporter, à nous faire respecter, à ce que notre NON soit entendu et pris en compte.
Mais surtout ne jamais plus être en état de subir.



IV 02/11/2008 18:10

il y a eu un reportage sur le gang des saris roses aujourd'hui (2oct2008). Elle a "tabassé" un fonctionnaire à coups de bâtons parce qu'il refusait d'enregistrer une plainte pour viol, elle n'a pas été inquiétée et le mec a été condamné pour corruption!

Maëlys 12/04/2008 19:43

juste un mot : Admirative

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" Pourquoi une Femme entière ne serait-elle qu'une moitié ? "