Samedi 1 mars 2008
Cauchemars :La définition du cauchemar dans le dictionnaire que je viens de consulter est un rêve angoissant.

Ma Gazelle -surnom de ma fille de 13 ans- y est sujette.
Elle est à l'âge des grands changements : physiques, psychiques, intellectuels...
Sa personnalité s'affirme.
Non sans mal parfois, ce qui nous vaut de grandes crises de larmes suivies en un instant de fous rires aussi intempestifs que sonores.
Le tout pour des raisons mystérieuses qui m'échappent le plus souvent.

Je passe donc de l'étonnement admiratif :
Elle me tient un discours, des propos mâtures, sensés, pesés, mesurés, aboutis, voire quasi philosophiques...,
à l'agacement le plus vif :
Ne répondant pas dans l'immédiat à l'une de ses demandes -elle a égaré par exemple un objet qui lui est personnel-, je la vois trépigner, s'énerver, s'emporter et même parfois taper du pied.

Ainsi elle peut vouloir m'emprunter mon khôl, très jeune fille soucieuse de son apparence, et en même temps faire une moue enfantine réprobatrice parce que je viens de lui dire : Non.
Peu importe à cet instant que je lui explique mes raisons ou mes motivations .
Rien n'y fait.
Elle croise ses bras sur sa poitrine, puis boude longuement de mécontentement.
Enfin ses pas coléreux résonnent dans le couloir avant que la porte de sa chambre ne claque bruyamment .

Mais ceci n'est qu'un exemple.
Tous les sujets sont "à risque".
Dernièrement, le plus marquant a été sa coiffure.

Personnellement, j'aime tresser sa chevelure en de fines nattes collées à son cuir chevelu.
Cela lui va magnifiquement bien.
J'ai donc il y a peu et à sa demande, passé deux grandes heures à entrelacer patiemment ses longues mèches de cheveux moutonneux, en un motif graphique particulier qu'elle m'avait indiqué.

Le travail terminé, elle se lève, court au miroir et ...
Horreur, stupeur et désarroi !
Elle pleure.
A chaudes larmes, elle pleure, en hoquetant de chagrin :
-"Je suis moche, enlève-les moi tout de suite, jamais je n'irai au collège comme ça..."

Toute la maisonnée en est abasourdie.
Poussinette -sa soeur cadette de 3 ans- la regarde ahurie.
Son grand-frère âgé de 19 ans oscille entre colère et fou rire.
Mon compagnon interloqué tente de la rassurer.
Et même nos deux chats, que les pleurs insupportent, accourent pour voir ce qui se passe .

Et moi ?
Je reprends mon souffle pour canaliser l'exaspération qui me gagne.
Je lui explique le plus calmement possible que je viens de lui consacrer deux heures de mon temps, à elle uniquement et que c'est à sa demande expresse qu'elle se retrouve coiffée ainsi, précisant fermement que je refuse tout net de la détresser.
C'est clair, net, précis et péremptoire.
Et dans le même temps, le ton de ma voix monte d'un cran .

La réaction ne se fait pas attendre.
C'est donc dans sa chambre qu'elle part se réfugier non sans m'avoir signifiée qu'elle n'en sortirait plus jamais !
Bruit de porte refermée violemment.
Rien ne tombe ? Non ?
Ouf, brave porte qui résiste aux assauts vengeurs de ma fille.
Je plaisante intérieurement, mais je suis ...déçue.

Le silence a fait place à la tempête aussi soudaine qu'inattendue.
L'atmosphère se détend peu à peu.
L'électricité ambiante retombe, puis s'estompe.
Trente petites minutes passent ainsi .

Ma Gazelle arrive tranquillement, de sa démarche souple et féline.
Elle arbore un sourire radieux :
-" Finalement, je trouve que c'est très bien, cela me plaît ! "
Je ne sais si je dois rire ou la gifler.

Voilà : le monstre qui sommeille en ma fille s'éveille .
Elle est en pleine crise d'adolescence !
Il n'y a donc rien d'étonnant que les nuits aussi puissent parfois être agitées.
Et la dernière en date remonte à une semaine.

C'est le calme apaisant de l'obscurité nocturne.
Le sommeil a envahi la maison.
Et pour ma part, je suis plongée dans une délicieuse torpeur, bien à l'abri dans le cocon douillet de ma couette.
Les nuits sont fraîches et humides.
Le plaisir de s'engloutir dans la tiédeur d'un lit n'en est que plus doux.

Mais un cri strident vrille mes tympans et me jette à bas du lit.
Pas le temps de comprendre, d'analyser, je me précipite en courant dans le couloir .
Pas le temps d'allumer quoi que ce soit non plus, je suis dans le noir.
Quitte à me cogner un peu partout, je continue ma course.
Les hurlements se poursuivent...
-"Ma Gazelle, Ma Gazelle ...Chut... doucement..."

Je suis debout sur l'échelle qui mène à son lit mezzanine.
Elle est dans mes bras, mais continue à se débattre contre de mystérieux agresseurs.
"Ma Gazelle...Ma gazelle...Ce n'est rien ...
Tu viens de faire un cauchemar..."
Je caresse son joli visage toujours ensommeillé mais submergé par la peur.
Ses yeux sont dans le vague et ses mouvements désordonnés.
Je lui tapote doucement la joue pour la faire émerger définitivement de son rêve cauchemardesque.

Et tandis que j'alterne caresse, tapotement et baisers rassurants, tout en lui parlant, je prends conscience que je ne suis pas seule.
Les cris de ma fille ont été tellement brutaux -comme dans tout cauchemar- que rien d'autre n'a retenu mon attention, toute préoccupée à la rassurer que j'étais.

Ainsi donc, Poussinette est debout sur son lit et attend, inquiète.
Leur grand-frère qui s'était lui aussi rué à la rescousse est alarmé et questionne.
Nos deux boules de poil campent telles des divinités égyptiennes à l'embrasure de la porte.
Leurs yeux ronds et phosphorescents, luisent dans l'obscurité du couloir.
Elles sont aux aguets.

Ma Gazelle se dégage de sa gangue comateuse et s'apaise.
Poussinette tremble de tous ses membres.
C'est une petite fille au tempérament anxieux.
Joyeuse aussi .
Mais comme elle veut tout savoir, tout comprendre, tout expliquer, la moindre interrogation sans réponse immédiate vire à la préoccupation, puis aux affres de l'angoisse.

Je tente de calmer maintenant mon petit monde.
-" Maman...J'ai peur de me rendormir..."
Ma Gazelle frissonne. Je parlemente, rassure, rasséréne.
Je demande ensuite à chacun de reprendre sa place dans son lit respectif.
Mes filles s'éxécutent à contre coeur tandis que mon fils perplexe et peu convaincu regagne sa chambre.

Je vais pouvoir dormir.
Je suis épuisée.

Moins de deux minutes s'écoulent et on frappe à ma porte.
C'est Poussinette :
-" Maman, je peux dormir avec toi ? S'il te plaît... Maman... juste pour cette nuit... j'ai trop peur ..."
-"Juste pour cette nuit alors, demain ce sera dans ton lit"

Poussinette se glisse dans mes draps et se love tout contre moi :
-" Tu peux me serrer très fort dans tes bras ?"
-" Bien sûr Ma Chérie, viens "

Sur ces entrefaites, retoc à la porte .
Ma Gazelle ne veut pas être toute seule dans sa chambre.
Son frère est à ses côtés :
-" Elle n'a qu'à venir dormir dans ma chambre "
-" Mais, elle est grande maintenant..."
-" Ce n'est pas grave, elle n'a qu'à prendre son oreiller, sa couette et son matelas et s'installer pour cette nuit..."
-" Bon, juste pour cette nuit alors ! "

Je vais enfin pouvoir dormir.
Cela devient une obsession : Dormir !

-" Maman...? "
-" Hum...? "
-" Il y a les chats qui font du bruit et je n'arrive pas à me rendormir..."

C'est vrai, il y a du bruit.
Je me lève au radar.
La plus jeune de nos chattes a trouvé une petite bille et s'amuse à la faire dévaler les escaliers tout en tentant de l'attraper avec sa patte.
Une fois en bas, elle prend la bille dans sa gueule, remonte jusqu'en haut, puis recommence.
En me voyant, elle se sauve, sachant qu'elle a déplu et se cache sous le canapé.

Il est trois heures du matin et je suis à quatre pattes en train d'essayer d'attraper Galipette .
C'est son nom .
Celui que lui a attribué Poussinette parce qu'elle faisait de très belles roulades.

J'ai enfin le chat entre mes bras et je la mets sur notre balcon.
Mais où est l'autre ?
Je la cherche partout dans la maison.
Et je la trouve finalement ronronnante dans le cou de Ma Gazelle qui s'est enfin assoupie.
Je n'ai pas le coeur à l'enlever alors que je refuse pourtant énergiquement que les chats dorment avec mes enfants.
Pour cette nuit, pour cette nuit seulement.

Je vais enfin pouvoir regagner mon lit et je m'y traine littéralement.

- " Maman...?"
- " Oui...? "
- "J'arrive toujours pas à me rendormir..."
- " C'est normal, Ma Chérie, ton sommeil a été interrompu. Il faut simplement attendre qu'il revienne ."

Cinq minutes s'écoulent :
- " Maman...,"
- " Hum...?"
- " Et tu ne saurais pas par hasard quand est-ce qu'il va repasser ? "
- " !!!!!!!!!!!"
par Circé publié dans : légèreté, humour,famille et fin de semaine communauté : blogsLOIRETcitoyens
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