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01 Feb

Etre Sans-Papier .

Publié par Circé  - Catégories :  #Droits de l'Homme, des Femmes, Politique

Avez-vous déjà pensé à ce que pourrait être votre vie, si du jour au lendemain vous vous retrouviez à votre tour, dans la situation de ceux que l'on nomme communément "Sans-Papier" ?

Bien sûr, ce qui vous vient immédiatement à l'esprit c'est :
Il n'y a aucune raison, mon pays n'est pas en guerre, n'est pas classé dans les pays les plus pauvres de la terre, n'est pas dirigé par un tyran, est encore un pays démocratique.

Bien, imaginons donc une situation plus vraisemblable, un changement climatique soudain (là, je crois que je vais un peu vite) ou bien tout simplement une catastrophe nucléaire en chaîne, ce qui pourrait faire une éventualité tout à fait acceptable.
Le fleuve Loire n'est pas avare de sites nucléaires et Orléans se retrouve bien coincée entre deux centrales.
 


Admettons donc qu'un événement "x", (attentat, erreur humaine, tremblement de terre) produise une catastrophe telle que la population qui n'est pas immédiatement anéantie soit obligée de fuir...
Non pas la région, mais le pays, voire une partie de cette Europe que l'on voudrait tant fermer aux migrations aléatoires, et n'ouvrir qu'à "ceux" qui nous seraient utiles.

Drôle d'image qui me vient à l'instant à l'esprit.
Celle d'une boîte de nuit où au faciès, parce que vous êtes trop sombre ou bistre, crépu ou frisé, on détermine si vous êtes acceptable ou non.
Ici ce serait un métier, et encore .
Selon l'endroit d'où vous êtes originaire, un emploi vous sera ou non ouvert.

Mais revenons à cet exode massif, cette fuite en avant pour votre vie, celle de votre famille.
En premier lieu vous n'avez pas la possibilité de prendre quoique ce soit.
Aucun bien, ni vêtement.
Si vous avez la chance d'avoir vos papiers et un peu d'argent vous êtes privilégiés, car la vie du pays est totalement désorganisée et plus rien ne fonctionne.

Course, fuite hasardeuse au long des chemins encore praticables pour franchir une frontière, pas assez loin.
Une autre, puis encore une. 
Epuisé, affamé, apeuré, sans nouvelle de votre famille, ne parlant pas la langue du pays dans lequel vous échouez.
L'afflux sans fin de population de plus en plus nombreuse a effrayé la population locale.
 
Les frontières ont été fermées et vous êtes assignés dans un camp avant qu'une décision de justice ne décide de votre sort.
Vous n'avez pas la couleur locale, vous ne parlez pas le même langage et vous faites peur...

Etes-vous contaminé, allez vous rendre malade ceux que vous cotoyez, est-ce que vous n'êtes pas en train de prendre leur nourriture, est-ce que l'état ne dépense pas trop d'argent pour vous alors que vous n'êtes pas citoyen, que rien ne vous donne droit à vivre là, sinon celui de fuir un pays où les conditions de vie sont bien justement devenues impossibles .

Ceux qui ont réussi à passer au travers des mailles du filet de la rétention, tentent de se terrer, de se fondre si possible dans la population locale.
Et ce n'est pas facile. 

Certains vous accueillent mais vous n'osez pas leur parler de votre vie passée, ni du périple et des péripéties qui vous ont conduit là.
Vous avez appris à vous méfier.
D'autres  vous regardent de travers, vous méprisent, ne comprennent pas :
Leur pays doit-il accueillir toute la misère du monde ?

"Et nous alors ?
C'est notre pays, nous y travaillons, payons nos impôts, contribuons à notre société .
Alors que ces autres ? Ils nous ruinent, profitent de ce que nous avons sans vouloir travailler, nous volent car ce sont des délinquants, des trafiquants en tout genre qui pourrissent notre société à force de mélange...
En 2025, nous serons tous des sangs-mêlés, c'est intolérable, qu'ils retournent chez eux !
Qu'est-ce qu'on y peut à leurs problèmes ? Chacun sa M.... !"

Alors, au sein de leur gouvernement, certains arrivistes vont organiser la délation, naviguant allègrement sur la xénophobie inhérente à l'inculture, à l'individualisme forcené érigé en réussite enviée et admirable.

Cependant, une frontière est-elle définie ?
Est-ce que de tout temps les migrations ne se sont pas faites pour des raisons "économiques ou sociales" ?
Est-ce que la famine n'a pas poussé nos ancêtres vers des terres plus accueillantes ?
Est-ce que les guerres de clan n'ont pas provoqué de grands déplacements ?
Est-ce que les catastrophes "naturelles" n'ont pas obligé des populations entières à abandonner leur territoire de prédilection pour trouver des terres de refuge, d'asile ?

Les frontières, ce sont dans nos têtes et nos coeurs que nous les avons érigées.
Qu'au niveau de la Finance de Haute Voltige, elles n'existent plus depuis longtemps est un fait et un grand paradoxe aussi.
Des bouts de papier, des matériaux en tout genre ont plus de valeurs que des vies.

Pourtant, est-ce qu'une mère africaine aime moins son enfant qu'une mère européenne ?
Est-ce que fuir son pays en guerre ou dans une misère tragique est un crime ?
Est-ce que vouloir faire grandir ses enfants dans le calme et la paix est un délit.
Est-ce que vouloir vivre debout et libre est un forfait ?

Et enfin, est-ce qu'un morceau de papier au fond de votre poche vous rend plus honorable que celui qui ne l'a pas ?

Aujourd'hui un papa est en centre de rétention administrative parce qu'il a fui son pays.
Il est séparé de sa femme qui attend un bébé et de ses deux premiers enfants qui sont eux, privés de leurs camarades de classe, d'école.
Et pour quel crime ?
Ils ne sont pas nés du bon côté de la frontière bien qu'aspirant tous à une vie meilleure . 
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Mais, ne sommes-nous pas tous des sans-papiers en puissance ?
"Nul ne sait de ce que demain sera fait." nous dit l'adage maintes et maintes fois vérifié.
Pour ma part, je n'ai que peu de culture religieuse, cependant il est une phrase qui résonne toujours en moi : " Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas que l'on te fît "

Aussi, pour Safet et Fata, pour qu'ils grandissent ici, auprès de leurs copains.
Pour leur Maman et leur Papa, ne les laissons pas subir une situation indigne .

Signez et faites signer la pétition en leur faveur en cliquant ICI

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la nymphette 04/02/2008 12:16

Puis-je me permettre de reprendre partiellement ton texte (en te citant bien sûr) que je trouve très à propos...?

Circé 04/02/2008 20:03

@Nymphette : Bien entendu sans souci.

isl359345 01/02/2008 19:13

je commence à avoir honte de mon pays et de la manière dont on traite les personnes ici. elles sont venues pour pleins de raisons et changer de pays n'est pas une mince affaire. nous lançons la chasse aujourd'hui. c'est terrible, juste pour une raison de principe, juste pour faire des chiffres , pour montrer que l'on respecte ses engagements. l'Homme n'est plus au centre de notre société qui se gargarise des droits de l'Homme. certains peuvent se défendre mais la plupart sont dans l'incapacité de le faire. ils souffriront de leur retour. au Maroc, les personnes qui accueillent les jeunes expulsés sans famille, ne peuvent plus les accueillir, tellement ils ont eu de jeunes renvoyés. quel avenir pour ces jeunes ? expulsés dans un pays où ils n'ont rien construit.

BCT 01/02/2008 18:22

C'est bien dit. Bravo. Pour les références religieuses, vas sur google. C'est comme ça que j'ai trouvé une citation du XV siècle que je croyais être du Christ... Ignare que je suis.

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" Pourquoi une Femme entière ne serait-elle qu'une moitié ? "