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05 Dec

Souvenirs et Histoire .(I)

Publié par Circé  - Catégories :  #Souvenirs et Petite Histoire

La ceinture rouge...
C'était le nom donnée à la banlieue parisienne il y a quelques années.
Ceinture parce qu'elle enserrait Paris et rouge parce que communiste.

Deux villes de cette banlieue rouge ont été le théâtre de mon enfance puis de mon adolescence.
La première a été Sarcelles.
Je sais, rien qu'à l'énoncé de ce nom, cela fait frémir et donne envie de fuir.
Mais mon Sarcelles à moi c'est celui que les moins de quarante ans ne peuvent pas connaître pour paraphraser une chanson d'Aznavour.
C'est celui qui court de la fin de la guerre d'Algérie jusqu'à l'année qui précède mai 68.

Le Sarcelles d'alors, comme bien d'autres villes champignons de cette époque n'en est qu'à ses débuts d'essor et de développement.
Cette ville-cité va cependant enfler très vite.

C'est une période où il faut en effet résoudre rapidement la très prégnante crise du logement d'après-guerre.
D'abord pour loger ceux qui abandonnent la ruralité pour un travail moins rude et astreignant que celui de la terre ; Ils seront de toute façon mieux payer !
En cela la ville, tel l'El-Dorado attire les hommes comme la lumière des réverbères aimante les éphémères.

Puis pour résorber les bidonvilles avoisinants où sont entassées dans le dénuement le plus complet les populations immigrées venues alimenter de leurs bras les métiers du bâtiment, la construction des routes, autoroutes, l'extension de l'activité de Boulogne-Billancourt autrement dit Renault, et aussi Peugeot, Citroën grandes dévoreuses de main d'oeuvre...

Ensuite toute la fonction publique qui s'étoffe, s'accroît mais se concentre sur Paris et sa région.
Enfin tous ceux qui se retrouvent "rapatriés" d'Algérie.
Et tout cela faisait une population hétéroclite, hétérogène, disparate, composite mais qui venait dans le même but : Le travail et le logement.

Donc, ne m'en veuillez pas si je ne vous parle pas d'hypercentres ou de galeries marchandes, de piscine, stade ou autres activités.
Rien de tout cela n'existait.

Dans mes souvenirs, un seul cinéma, quelques commerces regroupés autour de petites places qui portaient pompeusement le nom de centre commercial, un stade improvisé à la va-vite pour jouer indifféremment au foot ou au rugby, une petite église et puis...?

Un très beau marché qui dans ma mémoire d'enfant était bigarré, chamarré.
Je me souviens des couleurs vives et chaudes des étalages qui accrochaient mes regards tandis que des épices inconnues aux effluves enivrantes chatouillaient délicieusement mes narines.
La diversité tant dans la physionomie que dans la mise des gens qui s'y côtoyaient était pour moi l'objet d'une attrayante curiosité.
Surtout l'observation des femmes à la peau brune.

J'aimais leurs longues jupes bariolées et ondoyantes qui se balançaient au rythme chaloupé des démarches de leurs voluptueuses propriétaires.
La rondeur de leurs corps me rassurait. J'aurais aimé m'y blottir, fermer les yeux et respirer leur indolente tiédeur.
Leurs chevelures pourpres exhalant la fragrance particulière du henné me fascinaient, autant que leurs grands yeux sombres soulignés de khôl .
Les tatouages indigo ornant leurs fronts et leurs mains m'hypnotisaient.

J'étais souvent dans une telle contemplation que ma mère me tirait vivement la main pour me signifier l'impolitesse de mon comportement.
Mais les accents chantants, gutturaux, suaves, pointus, profonds se mêlant dans un réjouissant et plaisant brouhaha me ramenaient tout aussi rapidement à mes inconvenantes scrutations.

Si le marché était l'endroit qui me plaisait le plus, le bâtiment où nous résidions était situé en face de la maison des jeunes travailleurs.
Comme tout le reste de la ville alors en cours de construction, les lieux où les enfants pouvaient jouer, étaient encore rares.
Les bacs à sable avec cage à poules, toboggan, tourniquet et autres conduites d'évacuation des eaux usées utilisées ludiquement comme tunnel étaient un grand luxe que l'on ne trouvait pas à proximité de notre domicile.
Aussi toute la bande de gamins de notre quartier, dont je faisais partie, reluquait avec envie le bassin décoratif rempli d'eau au pied du dit bâtiment.

Mais peut-être faut-il justement que je vous présente notre petite troupe.
Dans ma cage d'escalier, il y a des enfants à tous les paliers, issus de tous horizons.
Un voyage rien qu'à nous situer sur une carte.

Au RDC, Brigitte petite blonde aux yeux bleus est picarde.
Au Ier, je passe car ce sont des adolescents pour qui nous ne présentons aucun intérêt.
J'habite pour ma part, au second avec mes deux premiers frères qui me suivent à quelques mois d'intervalle et nous arrivons de Bourgogne.
Au 3ème, il y a Marc et Catherine originaires du midi dont la maman est italienne.
Sur le même palier, Jean-Louis et Evelyne sont oranais.
Au 4ème, Marie-Claude est constantinoise tandis qu'Henri son voisin est martiniquais.
C'est un splendide métis aux yeux verts et c'est le premier que nous rencontrons.

Voilà pour notre entrée.
A côté vivent Didier et Michel qui sont algériens.

Pourquoi faire cette différence entre eux d'une part et Jean-louis, Evelyne et Marie-Claude d'autre part ?
Tout simplement parce que les premiers m'ont expliqué leur différence cultuelle (eux :musulmans, les autres : catholiques et juive ) mais surtout parce que leurs parents avaient opté pour la nationalité algérienne et non française, ce qui n'était pas le cas des seconds.
Pour ma part, je n'y comprenais pas grand chose.
Je savais seulement que les enfants subissaient l'animosité certaine entre leurs parents.
Cette différence plombaient leurs rapports.
Ils devaient se cacher des grands pour être ensemble et partager des moments d'enfance.

Et puis il y avait aussi Nadine jolie rousse pétillante, au visage tavelé de son rehaussé d'un regard émeraude arrivant de sa Flandre natale .
Bruno surnommé "baby", la terreur du quartier...
Le papa étant parachutiste, était-ce une forme d'atavisme ?
Et d'autres qui venaient se greffer à notre groupe de temps à autre comme Aurélie, camerounaise à la superbe peau d'ébène veloutée et luisante, Marie-Noëlle enfant souffreteuse à la pâleur diaphane ...

C'est l'heure du goûter, et ce sont les jeudis après-midi à jouer ensemble qui ont scellé notre amitié.
Mais pourquoi l'heure du goûter ?

.../...
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BCT 06/12/2007 08:14

C'est extrêmement bien décrit et cela me ramène quelques années en arrière (!) à Marseille.
J'habitais dans les "quartiers Nord". On appelle cette "zone" comme ça aujourd'hui. C'est le quatorzième arrondissement de Marseille, "Le merlan". Comme ta ceinture rouge , cet arrondissement (on ne parlait pas de quartier) a accueilli toutes les populations que tu décris. Avant c'était, prairies, fermes, grandes maisons bourgeoises entourées de murs très hauts et Moulins (minoteries), aujourd'hui ce sont les "Quartiers Nord" cher à Akhénation, comme "Belsunce". Il n'y a pas de nostalgie parce que ces quartiers ont une âme et malgré l'affreuse histoire du bus incendié et de Mama Galedou, ils restent quand même un formidable exemple pour toutes les "banlieues".

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