Mercredi 14 novembre 2007

        Ou pour être plus exact
, " Le Bras de Fer Social" une épreuve de trop.

C'est l'éditorial, point de vue du directeur d'une gazette locale que je viens de lire et qui me fait réagir.
D'emblée, pour être tout à fait honnête, c'est un journal que je ne lis que très rarement, voire jamais.
Cependant, lorsqu'il est à ma disposition gratuitement, je prends le temps de le feuilleter même si je n'en sors pas plus intelligente ou informée après, qu'avant de l'avoir ouvert et lu.

Pour ma part il tient plus lieu des potins de la commère du crû que d'une véritable information, mais comme je l'ai déjà dit cela n'engage que moi.

A ce propos, je me souviens entre autre avoir été particulièrement choquée l'année dernière du traitement d'une information par ce journal.
C'était une manifestation de RESF qui soutenait des enfants et leurs familles risquant à tout moment d'être expulsés et ce peu ou prou aux alentours de la rentrée scolaire.

De passage en ville, je me sens interpellée, m'informe, reste un peu avec eux .
Ayant un RDV chez un spécialiste je dois partir tout en me disant que j'aurais sans doute un complément d'information dans le "canard" local, expression paternelle pour désigner un journal.
Terme très injustifié en l'ocurrence, car pour moi il n'y en a qu'un et c'est "Le Canard Enchaîné ".
Différence notable, s'il en est .

Pour en revenir à mon histoire donc, pour une fois j'attends la parution de ce quotidien, et ne l'achète pas .
Devant le kiosque à journaux, je tombe métaphoriquement parlant sur ce qui me sert de postérieur. 
Gros Titre et photo en une :
"A Chécy, record battu de la plus grosse tarte aux pommes" !

Et moi, je venais de m'en prendre une de "tarte", au figuré certes, mais une belle quand même.
Des mômes et leurs familles sont dans un état de stress permanent, ont peur de sortir de chez eux, risquent d'être arrêtés à tout moment, puis expulsés -quittant ainsi de force leurs copains, amis, école, quartier, ville- vers un pays qu'ils ne connaissent pas, mais ce qui fait la une, c'est la plus grosse tar(t)e locale.

Amère, déçue, dépitée, désillusionnée...Les mots me manquent pour dire ce que j'ai ressenti.
Seul élément positif, je n'ai pas dépensé un centime d'euro pour ce ...papier imprimé.

Autre fait s'il y avait besoin d'en donner d'autre en guise d'exemple, qui se passe avant les grandes vacances.
Gros titre sur le panneau de la maison de la presse :
" Tirs d'armes à feu en centre ville "  

Waouh !
"Ainsi donc, nous sommes bien à Chicago, sans doute un règlement de compte entre bandes rivales ou dealers, finalement toutes ces caméras installées même si je n'ai rien vu venir, ils avaient finalement raison avec leur laboratoire sécuritaire..."
Tout se bouscule dans ma tête .
Je suis presque appâtée comme tout bon chalant qui se respecte.
Méfiante cependant, et à raison.

C'est un fait divers pathétique et poignant.
Un couple d'octogénaire désespéré venait de mettre fin à leurs jours après avoir oté la vie à leur fils handicapé.
Quelques détails donnés s'en suivent, enquête de police et voisinage relatée, mais rien sur le fond du problème que soulevaient ces fins tragiques.
- Que deviennent les personnes handicapées qui vieillissent lorsque leurs parents disparaissent ?
- Comment sont-ils pris en charge par la société ?
- Quelles types d'aides auraient pu bénéficier cette famille ?
Non, rien de tout cela, pas d'article de fond sur ce genre de problème.

Et pour moi, juste une vague colère à mon encontre de m'être un instant laissée aller à douter de mon précédent jugement.

Mais me voici à cet éditorial.
Et il commence bien, très bien même :

" Entre ceux qui vont faire grève et ceux qui vont la subir, voilà la France qui va s'offrir une nouvelle et éprouvante épreuve. Il y a six mois, une majorité de Français votait pour Nicolas Sarkozy et son programme de réformes. Six mois plus tard, alors que le même Nicolas Sarkozy tient parole, les mêmes Français renâclent et s'interrogent..."

Curieux raccourci ; Ceux qui l'auraient élu seraient maintenant tous mécontents.
A moins qu'être à 53% contre 47% pour Ségolène Royal supposait qu'il y ait maintenant unanimité .
Ou bien qu'il ait ainsi voulu signifier qu'en 6 mois de temps, Nicolas Sarkozy ait réussi à cristalliser la colère de tous les français . 
Et dans ce cas pourquoi cette entrée en matière ?
C'est en tout cas de la part de ce journaliste une curieuse tournure d'esprit qui confine au mensonge .

Cependant nous voici devant la énième caricature de ce type .
D'un côté les grévistes, de l'autre les usagers.
Les méchants à gauche, les bons à droite qui subissent.
Pourquoi ne pas continuer dans la caricature !

Que les grévistes soient en réalité les premiers à subir, je n'ai encore rien entendu de tel.
Et pourtant...
Quand va-t-on s'intéresser de près aux grévistes ?
Quand fera-t-on un vrai reportage sur une journée type de gréviste, les raisons, les répercussions sur sa vie de famille, sur son salaire, sa carrière, ce qu'il a à perdre et pourquoi, comment cotise-t-il, quelle qualité de vie...?

Je ne suis pas journaliste et pourtant cela m'intéresse.
L'information que l'on nous sert à longueur de journée, telle une huile de ricin frelatée, est exaspérante de manque de hauteur, de nécessaire travail d'investigation, pleine au contraire d'étroitesse d'esprit, d'opinion dirigée ne servant qu'à nous rendre tels les moutons de Panurge, dociles à souhait, quitte à ce que tombions ensuite dans le gouffre.

Pourquoi ne pas parler aussi de ceux qui disent :
-" Ils ont raison de faire grève, nous, nous ne le pouvons pas ?"
Question précarité, temps partiel imposé aux horaires décalés eux-aussi, impossibilité de se syndiquer au risque de se faire mettre, au mieux de côté, au pire renvoyé ?

Un Nicolas Sarkozy élu par une majorité de Français : 53 %, c'est exact.
Il me semblait cependant l'avoir entendu dire qu'il serait le président de tous les Français.
Qu'en est-il en réalité ?
Quelle partie est réellement d'accord avec lui ?

Celle à qui l'on déclare à l'encan :
" Regardez ils vous spolient, eux sont des privilégiés, ils ne sont pas comme vous, ils ne sont pas solidaires, ils sont égoïstes, ne pensent qu'à leurs petits avantages...",
tout ceci dit par un Nicolas Sarkozy fêtant son élection au Fouquet's alors qu'il est attendu par ses électeurs, s'octroie des vacances sur un yacht qui me coûterait cinq années de mon salaire, s'augmente de 172 % net de toute charge soit 19300 euros d'argent de poche, x 3 les frais de fonctionnement de l'Elysée, soutient ses amis qui s'en sont mis pleins les poches ( Lagardère, Bolloré, Forgeard...), donne un bouclier fiscal aux plus riches...
 
Et pour les autres ?
Bernique !
Payez et fermez-là !

Des sondages en veux-tu en voilà, à longueur de journée, sondages de tel ou tel institut se répondant en écho, comme si notre vie n'était plus faite que de sondage.
Mon estomac a-t-il envie de manger, un sondage...
J'ai envie de dormir, un sondage...
Faire pipi, un sondage...
Sommes nous tous devenus des zombies pour croire et ne vivre que de sondage ?
Et les médias, redondants à souhaits qui s'en gorgent, s'en gavent à qui mieux-mieux pour ensuite nous les prédigérer et nous dire ce que l'on doit penser, faire...

Sondage machin a dit ça, inutile de faire grève .
Sondage truc a dit ça, inutile de demander une augmentation.
Sondage trucmuche, il faut accepter la franchise médicale...
La nausée, la gerbe pour être triviale.

Revenons à notre édito :

"Certes, ils sont toujours 55%(selon BVA) à estimer que la grève qui commence ce soir n'est pas justifiée, mais ils sont 51% (selon l'IFOP) à penser que le gouvernement va négocier. C'est que la France hâbleuse en discours, fuit les réformes comme la peste dans le concret. La réforme des régimes spéciaux de retraite était pourtant de celles qui ne se discutent pas. Et que d'ailleurs, personne ne discutait vraiment à gauche, à condition d'y mettre quelques formes. On pourra évidemment reprocher mille choses à Nicolas Sarkozy (en particulier de s'être dispersé) mais, sur ce dossier, le pouvoir n'a pas fermé toutes les portes. "

Je ne reparle pas des sondages, déjà fait.
Ainsi à gauche, tout le monde est d'accord ?
Etonnant, curieux, bizarre autant qu'étrange, ça vous chatouille ou ça vous gratouille ?
Le Dr Knock est de retour.
Nous ne devons pas avoir ce Monsieur et moi, la même vision de la gauche,et ne pas fréquenter le même milieu, n'est-ce pas ?
Comme dirait une pub devenue célèbre par sa répartie :
-" Nous n'avons pas les mêmes valeurs !"

Et les portes sont ouvertes ?
18 octobre, grève record.
24 octobre réception des syndicats et depuis ?
" Nous ne céderons pas !"

En septembre dernier, François Fillon, premier ministre pourtant quasiment fantôme, avait élégamment quoique bêtement laché:
" La réforme est bouclée et prête à être présentée."
En clair, votée .
-" Circulez y'a rien à voir " aurait dit Coluche.
Mais c'est certainement une vue de l'esprit de ma part.

Reprenons :
"Qu'importe ! Le conflit s'est radicalisé. Et certains n'attendaient que cela pour "organiser" le troisième tour de la présidentielle. L'appétit avec lequel l'extrême gauche étudiante tente d'embraser les amphis dans des votes à poings levés,témoigne de cette volonté de "coagulation" des luttes. Quitte à effrayer. Même Bruno Julliard, président de l'UNEF et étudiant prolongé qui n'aura jamais tous ses trimestres pour partir en retraite à 60 ans, a pris ses distances avec les radicaux. Le PS est pareillement tiraillé entre l'envie de profiter des désordres et la crainte que cela aille trop loin. Oui cette épreuve est décidément de trop. Pour tout le monde."

Nous y voilà donc, l'extrême gauche, poings levés, pas encore le couteau entre les dents, mais sans doute prête à fondre, mais sur quoi au fait ?
Des étudiants qui contestent une loi mal ficelée, pas respectée, ce sont d'horribles gauchistes prêts à en découdre ?

Autre ineptie à rajouter ici, et que j'ai lu ailleurs :" ils veulent politiser le conflit."
Mais juste une question très naïve, bête, néophyte (?) :
- Est-ce que contester une loi qui doit être appliquée à leurs détriments n'en déplaisent aux chantres sarkozystes de tout poil, est-ce que ce n'est pas de la politique tout simplement ?
Est-ce devenu une insulte de s'intéresser à la façon dont ils vont devoir financer leurs études, ce qu'il en sera effectivement pour eux ?

Perdre un trimestre universitaire pour ensuite être sûr de pouvoir continuer ses études, pouvoir s'inscrire dans une université sans que les frais d'inscription ne soient tellement prohibitifs que seule une certaine élite pourrait y accéder, est-ce si pervers que cela ? 

Quant à la mauvaise foi du dernier trait concernant Bruno Julliard, c'en est tellement consternant que cela en deviendrait presque sénile !
Connaissez-vous un seul étudiant qui ait fini ses études à 20 ans, soit entré dans la vie active au même âge pour ensuite cotiser 40 annuités et partir à la retraite à 60 ans ?

Pour ma part aucun !
Par contre j'en connais certain qui l'âge étant venu serait bien inspiré de faire valoir ses droits à la retraite.
Il pourrait continuer à jouer le gros chat ronronnant, ne remettant surtout pas le pouvoir en cause, ceci afin de toujours avoir à portée de lèvres le bol de crème tendu par Nicolas Sarkozy. 

L'Epreuve de trop me semble là . 
par Circé publié dans : Culture, et Politique communauté : blogsLOIRETcitoyens
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