Mais avant, je suis quasi obligée de parler de l'année 1983.
Situation banale et paradoxale s'il en est, puisque je me retrouve de nouveau enceinte alors que je porte un stérilet, moyen de contraception pour lequel j'avais opté après la naissance de mon dernier enfant .
Moyen qui semblait sûr, mais...
Car il y a toujours des mais dans les histoires simples, je prenais à cette époque un traitement à base d'anti-inflammatoires pour tenter de juguler des douleurs de dos récalcitrantes.
Alors ? Avait-il bougé ? Les médicaments que je prenais en avait-il altéré l'efficacité ?
Toujours est-il que le résultat était là.
Être consternée, étonnée, abasourdie...aucun mot n'est assez fort pour exprimer ma surprise.
Comble de l'ironie, l'échographie révélait que j'attendais des jumeaux !
Retour en arrière :
J'ai du mal à réaliser.
Curieusement mon compagnon semble plutôt content.
Quant à moi, je ne sais ce que je ressens, ni même si je suis en état de ressentir.
Le stérilet doit être enlevé. Ce qui est fait.
Est-ce que j'espère que cette légère manipulation, car il y a un risque minime, décide pour moi ?
C'est possible. Mais il ne se passe rien et je suis devant un autre dilemme.
Quelle décision prendre ?
L'éventuel futur papa me presse de prendre une décision positive.
Je me sens seule et sans confiance aucune.
Mon expérience passée est toujours présente et rien ne me rassure.
Et puis passer de trois à cinq ? Tout se bouscule dans ma tête...
Pourtant je finis par céder.
Les trois premiers mois se passent sans encombre.
Visite du quatrième mois : Le visage du médecin est pâle, le geste professionnel de l'échographe appuyé, lent, s'interrompant sur différentes parties de mon ventre pour jauger de mon état.
Quelques longues, très longues minutes s'écoulent et le verdict tombe.
Plus aucun coeur ne bat.
C'est une grossesse arrêtée depuis au moins quinze jours.
Rendez-vous est fixé pour un curetage 3 jours plus tard.
Je ne sais à quoi pensent certains professionnels de la médecine.
Je suis hospitalisée dans le service maternité.
Alors que je dois subir un curetage, que je porte la mort, les vagissements des nouveaux-nés des chambres avoisinantes m'atteignent comme des coups de poignard au coeur.
L'intervention semble bien se passer, mais une infection est détectée.
Malgré le traitement prescrit, il semblerait que je sois désormais stérile .
Avec une obstruction des trompes définitive.
C'est pour cette raison que mon gynécologue répond négativement à ma demande de contraception : Je n'aurai plus d'enfant, il n'y avait plus aucun risque ou chance, à moins que je ne subisse une intervention que je ne souhaitais de toute façon pas.
Différents sentiments font cependant jour en moi entre soulagement, tristesse et l'adieu à la maternité que je dois faire.
Pour une femme savoir que l'on est en pouvoir d'enfanter est une force.
Pour ma part, et je ne l'ai compris qu'au fur et à mesure, c'était aussi une façon de combler un vide affectif abyssal.
Pour l'heure, je poursuivais ma vie de femme.
Petit aparté dans mon récit, concernant le jugement rendu la semaine dernière pour l'inscription d'un enfant mort-né sur le livret de famille, en dessous du seuil des 22 semaines de grossesse..
Je comprends et sais la réalité de la douleur de cette perte.
Cependant l'inscription ou non, ne changera rien au fait .
A qui voulez-vous prouver que vous avez été enceinte ? Vous ? Les autres ? La Société ?
Et que voulez-vous démontrer, et à qui ?
Vous aurez toujours celui ou celle qui vous dira maladroitement : " Vous êtes jeune, vous pourrez recommencer..."
Et un autre qui pensera qu'il y a chose plus grave.
Pour moi, cela ne m'aurait rien apporté.
Deux nouvelles années s'écoulent.
Me levant un matin, l'odeur du café fraîchement écoulé me soulève le coeur.
Une violente nausée m'assaille et je vomis.
Il faut savoir que je suis d'habitude une grande buveuse de café.
Que j'appécie en effet, une bonne tasse de café, comme j'aime en déguster ses différents arômes, son amertume....
Alors...? Ce n'est pas possible... Pas çà ? !
Détail intime mais important pour une femme, l'absence de règles régulières était fréquente depuis cette grossesse arrêtée, normale aussi d'après ma pathologie, dixit mon gynécologue .
Pourquoi me serais-je donc alarmée ?
Visite précipitée chez mon médecin de famille .
Catastrophe, je suis bien enceinte.
Et qui plus est, d'au moins quatre bons mois.
L'échographie faite en urgence le confirme.
Quatre mois et demi !
Comment était-ce possible ?
Il semblerait que la grippe que j'avais contractée cinq mois auparavant, les complications qui s'en suivirent mais surtout le robuste traitement dont j'avais bénéficié auraient ainsi soigné... mes trompes.
Je suis moralement effondrée, je n'en veux pas, non, je ne veux plus...
La date fatidique à l'époque de dix semaines est largement dépassée.
Seul l'étranger peut me sauver.
Par le biais du planning familial j'obtiens une adresse aux Pays-Bas.
Mon compagnon ne me soutient pas, il veut cet enfant.
Les choses ne vont pourtant pas bien entre nous, mais il le veut vraiment.
Une façon de se voiler la face, de ne pas dissoudre définitivement ce couple que nous ne formons de toute façon pas ou plus.
Nous allons à la dérive.
Coup de téléphone passé, RDV pris, je dois partir demain matin.
Mon compagnon m'évite, ne m'adresse pas la parole.
Je sens sa désapprobation entière et totale.
Je passe une nuit blanche à retourner toutes les solutions possibles et imaginables.
Je suis paniquée, acculée, poussée dans mes derniers retranchements.
Et je cède, je craque comme une branche de bois mort.
Je ne partirai donc pas, je mènerai cette grossesse à son terme, mais à quel prix !
Je ne souhaite à aucune femme cette expérience.
Car, comme je ne suis pas enceinte dans ma tête, je ne suis pas enceinte dans mon corps.
Je ne grossis pas, je perds même du poids.
Je porte des tenues qui n'ont rien à voir avec mon état : bustier pigeonnant, pantalon droit et serré.
Je n'ai pas de ventre proéminent.
Mon enfant bouge-t-il ?
Je ne sais pas, je fais tout pour ne pas le sentir, pour qu'il n'existe pas.
Et cela va durer jusqu'au 8ème mois.
Au dernier mois de grossesse, je relâche un peu cet étau, ce carcan dans lequel j'emprisonne mon corps.
J'accepte les mouvements de mon enfant, mais en privé seulement.
Personne ne le sait et je refuse dorénavant de sortir.
Un début d'acceptation sans doute, malgré tout, car mon ventre grossit enfin.
Mon enfant est né le jour de Noël.
Lui que je cachais pesait tout de même 4kg400.
Sur les à peine 6 que j'avais pris c'était en somme un petit exploit.
En entendant ses pleurs, le bloc de glace qui emprisonnait mon coeur et ma conscience depuis des mois a explosé.
J'ai pris mon enfant dans les bras en lui murmurant à l'oreille qu'il ne devait plus pleurer, que j'étais là désormais.
J'ai vécu les neuf mois suivants une grossesse à l'envers, ne dormant plus la nuit, penchée au dessus du berceau où reposait mon enfant.
Je le veillais.
Je l'écoutais respirer, submergée par la peur irrationnelle qu'il ne soit emporté par une hypothétique maladie ou un démon malfaisant qui viendrait subrepticement me l'enlever.
J' ai du me faire aider pour comprendre la culpabilité qui me rongeait. J'en ai guéri.
Pourtant, une question lancinante et crue, à laquelle je ne pourrai heureusement jamais répondre, me taraude l'esprit : Que se serait-il passé si je n'avais rien ressenti au moment de la naissance de mon fils ?
Je pense très fort à des "faits divers" récents, et que se serait-il passé si ?
Mon second vécu face à l'avortement.
Un non choix...
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Après avoir fui leur
pays d’origine, l’Angola, M et Mme Tussevo sont arrivés en France en 2000. Leurs trois enfants sont scolarisés dans les écoles primaires de Saint Jean de Braye.





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