Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
27 Dec

La Margotte au Georges. (VIII)

Publié par Circé  - Catégories :  #Ecriture, #Chroniques Circéennes, #Enfance et Souvenirs, #Nouvelle

Il fut décidé, après le mauvais tour que venait de jouer Margotte à Mme Gudule, que la pie resterait dorénavant au poulailler. Et cela tant que Georges ne serait pas présent. Il avait la permission de la sortir, mais était devenu en contrepartie, le garant de sa bonne conduite. Margotte n'appréciait guère la situation qui lui était faite, elle qui avait été élevée en liberté et dormait d'habitude dans la cuisine. Mais force était de constater qu'elle pouvait se sauver lorsque Georges était à l'école, ou bien occupé à aider sa famille à différentes taches. C'était donc une mesure de sécurité pour tous les deux, même si c'était crève-coeur pour lui que de la savoir enfermée.

 

Il s'était acquitté de bonne grâce des travaux qu'il s'était engagés à faire, en contrepartie des avanies subies par Mme Gudule. Puis les jours avaient passé, et l'incident commençait à être oublié dans le village.

 

C'était cependant mal connaître Margotte, pie indépendante et insoumise s'il en était, et qui supportait mal son incarcération forcée. De la belle colère qu'elle avait montrée dès l'instant où elle avait été enfermée au poulailler, piaillant furieusement, se cognant aux limites du grillage en tentant de s'échapper, elle était passée à un état de bouderie qui bouleversait Georges. Elle refusait ainsi de répondre à ses appels suppliants, lui si malheureux de la voir en cage. Pourtant le poulailler construit par son père était de belles dimensions. Mais obstinément, Margotte le boudait, accrochée à la plus haute branche du perchoir, où elle lui tournait le dos.

 

Mais là aussi, le temps faisant son oeuvre et après quelques jours, Margotte qui semblait s'être habituée à sa nouvelle conditon, se laissa attraper, puis revint d'elle-même sur l'épaule de son maître. Elle goûtait en sa compagnie les instants de liberté retrouvée, hors de la cage grillagée en son entier. Toutefois, celui-ci lui avait confectionné, pour plus de précaution, une sorte d'immense laisse dont l'une des extrêmités était nouée à la patte de l'oiseau, tandis que l'autre était soigneusement arrimée à son poignet.

 

Quelques semaines passèrent ainsi. Le printemps fort beau s'écoula tranquillement et l'été amena à profusion, belle récolte de fruits savoureux. C'était donc la saison des confitures. Ce que faisait Mme Germaine depuis le matin, en cette belle journée de juillet. Elle avait sorti son chaudron de cuivre où les fruits, des fraises, cuisaient doucement avec leur égal poids en sucre.

 

Mme Germaine, était l'autre voisine de jardin des parents de Georges. Agée d'une cinquantaine d'années, c'était encore une belle femme, plantureuse, aux formes généreuses et rebondies et qui avait son franc-parler. Ses enfants devenus grands étaient tous partis à la ville, et elle restait seule à s'occuper de la ferme, en maitresse femme qu'elle était devenue.

 

Pourtant, la vie ne l'avait pas ménagée. Elle avait subi plus souvent qu'à son tour les mauvais traitements que lui infligeait régulièrement son mari, amateur de dive bouteille en ses débuts, et qui était devenu avec le temps, le plus odieux pochtron qui soit. Au point qu'il faisait désormais de terribles crises de delirium tremens où il cassait tout sur son passage et battait d'importance tout être humain qui se trouvait à sa portée.

 

Mme Germaine et ses enfants s'en souvenaient douloureusement. Mais aujourd'hui, c'était fini. L'une de ces épouvantables crises l'avait définitivement cloué au lit. Il avait fait un accident vasculaire cérébral et en était resté grabataire. Cela faisait maintenant 10 années qu'il vivait ainsi, entre les quatre murs de cette chambre, immobilisé en l'alcôve conjugal. Lucide sur son état, bien qu'il ne puisse plus ni bouger, ni parler. Les larmes qui coulaient doucement sur son visage, lorsque Mme Germaine lui rappelait chaque jour en lui prodiguant les soins qu'exigeait son état, combien il avait été un tyran et un bourreau pour les siens, en attestaient.

 

Mais, elle s'en occupait fort bien : le nourrissant comme un petit enfant, le lavant, le coiffant, changeant scrupuleusement ses draps dès qu'ils étaient souillés. Bien entendu, elle faisait depuis chambre à part, et dormait désormais dans l'un des lits désertés de ses enfants. Elle avait installé celui-ci dans un coin de la vaste cuisine de la ferme familiale.

 

Mais si Mme Germaine, était connue dans le village, autant pour ce qu'elle avait souffert, que pour le dévouement aux soins de son mari, que nombre auraient placé à l'asile depuis bien longtemps, elle l'était aussi pour ses nombreux galants. Et elle les collectionnait depuis la paralysie de son mari. Elle avait cependant mis un point d'honneur à ne prendre des amants qu'en dehors du village, afin de ne pas se mettre à dos ses voisines, qui lui en savaient gré. Pourtant certains maris n'auraient certes pas rechigné à s'abandonner en son vaste et accueillant giron. Mais elle n'avait jamais dérogé à cette règle qu'elle s'était fixée.

 

C'était elle qui choisissait, et quand c'était non, c'était non ! Elle avait désormais fort caractère et savait le montrer. Ainsi un vieux beau d'un village voisin en avait les frais et était dorénavant la risée de tout le village.

 

Il était vieux garçon de son état, propriétaire d'une belle ferme, mais avait eu le défaut, lorsque le mari de Mme Germaine était encore valide, de ne pas lui avoir tendu la main, alors qu'elle demandait de l'aide, notamment pour que son mari soit occupé aux champs plutôt qu'à chopiner toute la journée. Elle lui en avait gardé rancune tenace. Aussi avait-il beau insister, et insister encore la réponse était invariablement NON. Non qui allait devenir tonitruant et faire les gorges chaudes de tout le village.

 

L'homme avait eu en effet l'audace, de passer le portail de sa cour et de se présenter devant sa porte de cuisine sans y être invité. Et pour ne pas en rester là, l'oeil égrillard, il avait eu la main baladeuse tandis qu'elle s'approchait de lui, sourcils froncés et mine renfrognée. Erreur fatale ! Tous les noms d'oiseaux qu'elle avait en son répertoire, se mirent alors à sortir de sa bouche, en des éclats de voix retentissants. Ce qui n'avait pas manqué d'attiser la curiosité des proches voisins, dont les parents de Georges, et qui regardaient médusés, par dessus le mur d'enceinte, la scène qui se jouait dans la cour de chez Mme Germaine.

 

Et c'était ahurissant et burlesque tableau, que de voir celle-ci, une grande cuillère de bois en main, faire des moulinets devant le visage de l'importun, tout en lui assénant ses quatre vérités. Après l'avoir copieusement incendié, elle finit par lui tourner le dos en s'écriant :

- " J'te dis que j'veux point de toi...T'es t'y sourd ? Tu veux quoi à la fin ? C'est çà que tu veux ? " lui hurlait-elle en lui désignant du doigt son généreux postérieur .

 

- " Et ben tiens ! " asséna-t-elle en soulevant ses larges jupes, tout en arborant sous son visage congestionné, le plus beau derrière, dodu et fessu à souhaits qu'il ait été donné de voir à l'assistance ébahie : elle n'avait pas de culotte...

- " Tu l'vois là ? Tu l'vois mon c...? Dis ? Tu l'vois ? Et bien louches ben d'ssus, tu l'auras point ! "

Et comme une tigresse, elle s'était désormais retournée et lui appliquait avec l'ustensile de cuisine, de méchants coups qu'il esquivait comme il pouvait, tout en déguerpissant comme un beau diable vers la sortie. Les rires furent à la hauteur de la scène.

 

Mme Germaine, s'apercevant alors qu'il y avait des témoins, avait remis de l'ordre dans ses jupes. Et ponctua l'acte final, avant que de rentrer chez elle, les mains volontairement posées sur son postérieur désormais recouvert, d'un :

 

- " Pour qui s'prent 'y çui là ? C'est mon c...et j'en fais ce que j'veux, non mais, l'vilain goujat, l'a eu que c'qui méritait ! !"

 

Et c'est donc de ce côté-là, que Margotte allait encore faire des siennes...

 

 

 

 

 

La Margotte au Georges. (VIII)
Commenter cet article

Archives

À propos

" Pourquoi une Femme entière ne serait-elle qu'une moitié ? "