Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
26 Dec

La Margotte au Georges. (VII)

Publié par Circé  - Catégories :  #Ecriture, #Chroniques Circéennes, #Enfance et Souvenirs, #Nouvelle

Madame Gudule à 75 ans passés, continuait à faire son potager, malgré les vicissitudes de l'âge et ses conséquences. Elle était moins alerte, et avait dorénavant bien des difficultés à se baisser. Mais qu'importait, tant qu'elle le pourrait, elle continuerait à faire ses semis et à cultiver ses légumes.

 

Mars et ses giboulées venaient de céder la place au mois d'avril, lorsqu'elle se décida à semer ses petits pois. Elle aimait la variété à grains ronds et avait ses habitudes quant à ses semis et plantations qu'elle faisait à chaque fois en abondance. Ainsi, elle avait toujours avec ce légume un franc succès auprès de ses voisines qu'elle approvisionnait en conséquence avec prodigalité. Car bien entendu, elle en faisait beaucoup plus qu'il ne le fallait pour son propre usage, même si elle ne manquait pas d'en faire des conserves pour l'hiver. Sa réputation n'était donc plus à faire. Que ce soit en quantité ou en qualité, elle avait bien les plus beaux petits pois du village !

 

Le dos cassé en deux, elle venait de tracer un sillon bien droit à l'aide du cordeau qu'elle avait tendu entre deux piquets, puis avait gratté la terre juste ce qu'il fallait pour y déposer ses semis. Ce qu'elle était en train de faire conscienceusement. C'est à cet instant qu'elle entendit derrière elle un babillement caractéristique. Ne voulant pas se relever tant elle avait déjà eu du mal à se baisser, elle souleva sa jupe et son jupon, et la tête en bas, regarda entre ses jambes écartées ce qui se passait derrière elle. Stupéfaite, elle n'en crut pas ses yeux.

 

Là, au milieu du sillon, à l'endroit où elle venait de ranger soigneusement ses semailles, une pie, tranquillement et avec application faisait tantôt un festin des graines alignées ou bien les envoyait valser de droite et de gauche, loin du sillon de terre sensé les voir prendre racine et pousser.

- " C'est'y pas possible que c'te satanée bestiole est en train de m'bouffer mes s'mis..." s'écria-t-elle, en se relevant brusquement, tout en émettant un cri de douleur. Sous l'effet conjugué de la surprise et de la colère, elle en avait oublié son dos endolori, mais qui se rappelait à elle de bien mauvaise façon.

 

C'est encore toute voutée, en faisant de grands gestes avec ses bras qu'elle ponctuait de nombreux cris et exclamations courroucées, qu'elle s'avança vers l'oiseau :

- " Allez zou...sale bête, va-t-en d'là, déguerpis que j'te dis...",

 

Mais la pie prit tout juste la peine de s'envoler à son approche, pour tournoyer ensuite autour de son chignon fait de cheveux blancs. Elle s'y accrocha à maintes reprises pour y piquer rageusement de son bec la chevelure qu'elle tirait de ses petites pattes griffues.

- " Oh la vilaine bête " continuait à  crier Mme Gudule, en tentant d'esquiver l'oiseau qui ne lâchait rien et poursuivait ses attaques en jacassant furieusement.

 

Louise, la mère de Georges qui vaquait à ses occupations dans le jardin voisin, entendit les cris de la pauvre femme. Jetant rapidement un coup d’œil par une anfractuosité du vieux mur, elle comprit immédiatement la situation et appela son fils occupé à aider son père au rangement de la grange.

 

Georges accourut aussi vite qu'il le put, et tenta vainement de calmer de la voix, sa pie. Mais rien n'y faisait . Aussi finit-il par enjamber le mur d'enceinte pour sauter promptement dans le jardin de Mme Gudule. Il lui fallait empêcher Margotte de continuer à sévir. Il finit par l'attraper, pour la passer à sa mère qui par-dessus le mur tendait ses mains. En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, elle se saisit de Margotte et courut l'enfermer au poulailler. Cependant Mme Gudule en était toute retournée, et s'en sortait surtout avec un vilain tour de rein.

 

Aussi, pour rattraper le mauvais comportement de sa Margotte envers elle, Georges lui promit de terminer tant les semis que le bêchage de son potager. Il compléta sa contrition par l'engagement de lui faire quelques menus courses et travaux, le temps qu'elle se rétablisse complètement. Et comme Mme Gudule était une brave femme, elle accepta son aide et ses excuses.

 

Mais la mésaventure de Mme Gudule avait le tour du village, et amusé bien des rieurs encore moqueurs. Pourtant, Margotte n'allait pas tarder, par ses frasques, à transformer les rires de certains en sourcils froncés.

 

 

 

La Margotte au Georges. (VII)
Commenter cet article

Archives

À propos

" Pourquoi une Femme entière ne serait-elle qu'une moitié ? "