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23 Dec

La Margotte au Georges. (III)

Publié par Circé  - Catégories :  #Ecriture, #Chroniques Circéennes, #Enfance et Souvenirs, #Nouvelle

Mr Prégent faisait maintenant de grands moulinets avec ses bras et se dirigeait vers le fond de la classe, à l'endroit où Georges était assis, côté fenêtre. Le brouhaha était au diapason de sa voix. Il s'amplifiait au même niveau que ses vociférations.

 

- " Non, mais ce n'est pas possible. Mais quelle audace, quelle effronterie ! Georges, enfin... Mais bougez-vous ! Car je suppose que c'est à vous que nous devons cette facétie que je goûte plus que modérément ! Et à vous aussi que nous devons le tohu-bohu actuel ? Georges ! ".

 

Georges éberlué reprenait pied dans son corps. Il avait du mal à comprendre ce qui se passait. Mais voyant l'instituteur se diriger vers lui balai en main et tenter d'ouvrir la fenêtre toute proche, il prit alors conscience des événements, se leva d'un bond et se mit en travers, essayant de l'en empêcher.

 

- " Non, Mr Prégent, non, ne faites pas cela. Il ne faut pas, s'il vous plaît, je vous en prie, arrêtez, je vais m'en occuper !"

 

Mais il était déjà trop tard. L'instituteur avait ouvert la fenêtre, et les rires et gloussements se transformèrent en hurlements. Les élèves se mirent alors à courir de droite et de gauche, dans un terrible tintamarre, renversant dans un grand fracas les battants des pupitres soulevés, s'égosillant au même rythme éffréné que les battements d'ailes furieux qui venaient d'envahir la salle de classe.

 

Armé de son balai, Mr Prégent courait lui aussi de même manière, en poursuivant l'oiseau qui venait de pénétrer dans la pièce. Car tout ce joyeux désordre était dû à un oiseau, une magnifique pie bavarde qui, furibarde, venait de prendre possession des lieux.

 

C'est ce que Georges n'avait pas vu venir, perdu qu'il était dans ses pensées. Depuis de longues minutes, l'oiseau avait voleté autour des vitres. Ce qui avait d'abord intrigué les élèves avant de les distraire complètement lorsque la pie s'était posée sur le rebord de la fenêtre, alors qu'ils étaient attelés à la confection d'une nouvelle page de leurs herbiers. Sa façon drolâtique de tourner la tête, puis de coller son oeil au carreau avait déclenché l'hilarité générale et le courroux de Mr Prégent, qui ne tolérait pas le moindre chahut dans sa classe.

 

Au moment où lui aussi apercevait la pie, celle-ci commençait à donner des coups de bec dans la vitre, un peu comme si elle toquait à une porte. Ce qui acheva définitivement de perturber la leçon de choses, dans des éclats de rires inextinguibles. D'où son emportement et sa chasse au volatile, balai en main.

 

Maintenant Georges courait alternativement de Mr Prégent aux élèves, tentant de calmer tant l'un que les autres. Mais rien n'y faisait. La pie, déchainée et enragée, volait au dessus de Mr Prégent et tel un ohka de kamikaze japonais, fondait en piqué sur la tête de celui-ci. Ses lunettes en souffraient déjà. ,Les branches en étaient tordues et la paire ne tenait plus qu'à une de ses oreilles, menaçant de tomber irrémédiablement à terre.

 

Les élèves, quant à eux, s'époumonaient de plus belle, se cachant qui sous les pupitres, qui dans le placard à balais, ou la réserve à charbon, renversant au passage la bouteille d'encre violette qui s'écoulait maintenant sur le sol en des rigoles couleur aubergine.

 

Georges, à bout de patience, voyant ainsi les uns et les autres s'égayer sans aucun résultat, ordonna alors en hurlant d'une voix de stentor :

- "TAISEZ-VOUS ! ".

 

Et ce fût comme une formule magique. Le temps s'arrêta, suspendu. Les bouches restèrent ouvertes sans plus émettre aucun son, tandis que Mr Prégent qui moulinait les airs avec le manche à balai, se retrouva les bras levés sans plus bouger.

 

Seule la pie continuait à jacasser frénétiquement. Le silence se faisant, elle jasa plus doucement puis se posa sur le haut de l'armoire où le matériel de classe était rangé, juste à côté de la mappemonde.

 

Georges s'approcha alors du meuble, en mesurant chacun de ses mouvements. Puis il émit de légères stridulations qu'il entrecoupa de nombreux suppliants et apaisants : "Margotte". L'oiseau le regarda alors, gonfla ses plumes, puis d'un battement d'ailes se retrouva sur son épaule. Là elle se mit à fourrager sa tignasse du bec tout en cajolant doucement.

 

Georges se laissa faire, et tourna calmement son visage vers l'animal tranquillisé. Elle frotta délicatement sa tête contre sa joue tout en roulant des yeux. Lui caressant posément le cou, il l'attrapa délicatement, puis la fourra sous son pull.

 

La classe n'était pas encore terminée, mais Margotte, à sa façon venait de clôturer tant la leçon que la journée. Georges savait pourtant, que l'incident n'en resterait pas là. Margotte n'en était pas à son coup d'essai. Et si c'était la première fois qu'elle venait le chercher en classe, sa renommée jouissive, quoique négative était déjà faite.

 

Et ce n'était pas la péripétie de ce jour, qui allait lui tresser lauriers plus reluisants.

 

* Avec la participation amicale de Chipie...

 

 

La Margotte au Georges. (III)
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Michel BCT 02/01/2015 17:15

Plein d'enseignements...

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" Pourquoi une Femme entière ne serait-elle qu'une moitié ? "