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16 Dec

Fable de Loire : Le Vilain Mulard.

Publié par Circé  - Catégories :  #Chroniques Circéennes, #Ecriture, #Fable

Il était en Cenabum, un volatile à l'improbable plumage.

 

Sa livrée terne et insipide n'égalait en rien la luxuriance de celles de ses nobles congénères de mâle importance.

 

Il en éprouvait souvent méchante frustration, pensant pis que pendre de ses frères emplumés : Mais qu'étaient-ils donc sots, et moins vifs d'esprit que lui, eux qui préféraient parader, plutôt que de l'esprit, en société briller !

 

Et pas un de ses homologues qui n'échappa à ses sarcasmes intérieurs.

 

Car notre volatile envieux n'avait guère de courage pour dire le fond de sa pensée, et s'il leur livrait souvent belle figure, et parfois même l'illusion de bon compagnon, il n'était en réalité que zoïle timoré.

 

Cependant notre grimacier gibier avait un talent à nul autre pareil en cette cour colorée et bigarrée où maintes oiselles admiratives et naïves, à leurs habits chamarrés succombaient.

 

Et à ce jeu, notre vilain oiseau au si piètre plumage, remportait franc succès avec son envoutant ramage. Car il avait fort belle voix dont il usait tel un suave archer sur divin violon, que Stradivarius lui-même eût pu lui envier.

 

Et ce n'étaient que trémolos, trilles, vocalises et autres virtuosités en chants et paroles exquises. L'auditoire féminin en tombait littéralement en pâmoison, sous l'effet conjugué de son enjôleur couplet, qu'elles pensaient, les nigaudes, à elles seules destiné.

 

Satisfait notre roublard et envieux mulard, s'en rengorgeait. Et c'est auprès de ses compagnons qu'il méprisait tant, qu'il faisait le fanfaron. L'insolent volatile se répandait alors en confidences graveleuses sur la manière dont il troussait ses crédules admiratrices. Car à la manière d'un maléfique breuvage, dont l'enchanteresse Circé n'aurait rien à lui envier, ses séraphiques mélodies les transformaient en dindes ou oies, qui s'abandonnaient bien vite en ses harmoniques rets.

 

Alors sans autre forme de procès, notre affreux canard en usait et abusait et pour tout dire leur faisait bien mauvaises façons. Et des unes aux autres il s'égaillait, leur celant bien leur mutuelle existence, quoique..., tandis que chaque soir il regagnait son nid où l'attendait sa docile mie. Car notre pathétique volatile avait depuis bien longtemps convolé en juste noce, mais multipliait ainsi, oiselles de passage en sa vie. Et c'était là insatiable satyriasis.

 

Et cela aurait pu durer encore longtemps ainsi, s'il n'avait eu cette inconséquente turpitude, cette goujaterie sans pareille, de se laisser aller, là aussi, à obscènes épanchements. Car de tout il se délectait même de salir, souiller, vilipender celle qu'il avait tantôt honoré. A la nouvelle élue, en mufle endurci et aguerri, il dressait alors lubrique portrait de la précédente, mais lui jurait alors la patte sur le cœur que ce n'était qu'entre ses plumes qu'il connaissait suprême ravissement.

 

Las, à trop vouloir profiter, notre malhonnête halbran finit par se faire prendre le bec dans la tapette, ou plutôt dans le collet.

 

Car dans sa longue liste d'oiselles, il s'en trouva pourtant deux à ne pas s'en laisser conter plus qu'il ne fallait. Toutes deux, poulettes libres de leur état, furent vite intriguées de ces si méchantes urbanités. Et rien n'est plus dangereux, que femelles à plume ou à poil qui de la réalité cherchent vérités.

 

Et comme l'écho des vents de Loire bruissait de leurs noms, ce leur fût chose bien aisée que de se rencontrer. Le vilain oiseau fut bien vite confondu. Et c'est en rires et dignité retrouvée que leur nouvelle amitié fût bien vite scellée.

 

Quant au vilain mulard, elles lui envoyèrent chanson à leur façon, pour lui faire démonstration de la vacuité de sa ridicule corruption. Et en un humoristique duo, lui réglèrent son compte de malhonnête hâbleur.

 

L'histoire ne dit pas s'il en fut bien marri, mais à partir de ce jour, celles qui furent prises pour dinde et oie refusèrent de se faire farcir. Ce qui en période de l'Avent et sur les rives de Loire, fît révolution.

 

Mais la moralité de cette fable, c'est qu'envie, jalousie et luxure sont mauvaises compagnes de route. Aussi, si vous êtes un tantinet contrefait et que d’Apollon, vous n'avez pas les traits, écoutez cet avisé conseil, de votre don de volatile chanteur émérite ne faites pas mauvais artifice.

 

Vous y gagnerez en véritable respect et succès.

Fable de Loire : Le Vilain Mulard.
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valérie 21/12/2014 07:29

Ce matin la photo de l'arbre mort m'interpelle ! Je comprends la mort après la vie, mail nul doute que le 69 fonctionne aussi ici :-)
L'arbre mort est comme un oiseau déplumé, plus de feuille, plus de fleur pour l'honorer ;
Plus d'écorce pour le protéger des frimas et du soleil ;
Mais le pire étant finir foudroyé et brûlé au plus profond de son être
Sans espoir, sans qu'aucun oiseau ne puisse se poser espérant trouver un petit bourgeon de vie
Alors enfin, la nature peut le regarder à sa juste valeur, noir, sale, et se réduisant tout seul en cendres
Très bon dimanche à Vous et vos proches en prémices de l'annonciation d'une année merveilleuse qui se dessine

Circé 21/12/2014 09:04

Très belle et réaliste métaphore Valérie.
Belle fête à vous en cette journée de la fête du solstice d'hiver.

valérie 17/12/2014 12:46

Bille de haute volée ! Bravo Circé, vous vous élevez bien au-dessus de ces oiseaux de malheurs avec un atterrissage amorti par tous lurs plumages et duvet qu'ils auront perdus <3

Circé 18/12/2014 11:51

Merci Valérie.

J'apprécie à sa juste valeur votre grand compliment.
Je sais qu'il vient du cœur et qu'il est solidaire.

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