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05 Dec

Dans l'Antre de Circé...

Publié par Circé  - Catégories :  #Ecriture, #Chroniques Circéennes, #Mythologie

C'est un endroit hors du temps, à l'abri de la fureur du Dieu Chronos et de son horrible festin de nuits et de jours fébriles et vains.

L'île, car c'en est une, est ceinte de plages de sable fin, où viennent mourir des rouleaux de jade couronnés de diadèmes d'écume mousseuse. Au-delà, des entrelacs de chemins et sentiers sillonnent entre des falaises abruptes et rocailleuses. Ils sont labyrinthe initiatique à celui qui n'a pas été invité en ces lieux. Ainsi tout voyageur naufragé qui voudrait s'y aventurer, se heurterait à jamais aux hermétiques parois rocheuses, sans jamais en trouver le libérateur passage.

Et c'est contraint et sans autre possibilité que de se laisser porter par les flots qu'il quitterait l'inaccessible contrée pour des cieux moins scellés.

Le lieu est réservé aux âmes fatiguées et cœurs éplorés qui viennent s'y ressourcer. Ciel et terre s'y confondent. La brume duveteuse qui y règne, les enlace d'un clair-obscur chatoyant, traversé de délicats et scintillants rais de lumière. L'air y est doux.

Le chant d'une source cristalline, jaillissant d'entre les pierres moussues qui lui font lit et chemin de vie, les apaise et les délivre d'un lourd passé qui les tient comme engeôlés, tandis que le doux Zéphyr s'amuse entre les branches des arbres, et mutin y ébouriffe l’ordonnancement silencieux de leurs feuilles trop sages.

Les soupirs d'argent et voluptueux bruissements qu'il fait alors naitre, réveillent le tempétueux bouillonnement de la force vitale qui renaît en leurs veines atones et mornes. En un évanouissement de poussières d'étoiles, les âmes libérées s'enfuient alors du lieu et réintègrent en notre monde leurs enveloppes charnelles, qu'elles avaient fuies de trop de lassitude et désespoir.

Cependant, parfois, un marin naufragé, malgré le lacis et l'enchevêtrement de raidillons formant dédale, arrive à percer le secret de l'entrée de l'ilet. Médusé, il assistera à l'étonnante fantasmagorie de la renaissance des âmes tourmentées.

Autour de lui, ce n'est que sous-bois enchanteur aux effluves odoriférantes de jacinthes et primevères sauvages, champs de blés mûrs ou s'étalent en corolles foisonnantes, coquelicots, marguerites et bleuets, trilles d'hirondelles qui en des ballets tourbillonnants rendent grâce aux filles de Zeus et de Thémis. En cette contrée elles ne font de Printemps et Été qu'unique saison. Et puis aussi, sauts gracieux de sauterelles aux couleurs de la messagère Iris...

Poussant plus avant la découverte du lieu, c'est derrière un entrelacement de floraison de clématite, chèvrefeuille et jasmin qu'il trouvera passage. Celui-ci le mènera au cœur d'une antre faite d'ombre et de lumière. Une trouée vers l'extérieur et en son sommet, laisse passer un luxuriant cône de clarté. L'antre se fait patio. Le sol est velours aux pieds fatigués du voyageur imprévu. Un bassin d'eau claire où dansent des reflets moirés invite au délassement du corps recru de fatigue, tandis qu'en un coin plus reculé, dans la pénombre tamisée, s'élève une mélopée fascinante qui s'insinue et vrille vos sens jusqu'au plus profond de votre être.

L'envie est grande alors pour lui de s'apaiser en la suave couche qui s'y trouve, au côté d'une table dressée, où tous les fruits de l'âge d'or s'étalent à profusion...

S'assoupir et rêver...

Ne cherchez pas ce lieu. Il n'existe nul part ailleurs que dans mon imagination. C'est l'antre de Circé.

C'est là que je vais me réfugier lorsque le fardeau de l'existence me devient lourd. J'y replonge alors avec délectation en mythologie.

Parfois aussi en bonheur peu et mal partagé. Il m'est arrivé de vouloir y emmener l'un de ces Ulysse, Don Quichotte de la vie. Aventurier autoproclamé, il n'était en fait que pusillanime et timoré passager, échoué en ces lieux comme à l'insu de son plein gré.

De ce qu'il y a trouvé, de tant de liberté il m'en a fait procès, injure, affront et trahison. Et en un symbolique bucher dressé après procès en inquisition, en un dévastateur autodafé il m'y a immolée.

Mais l'antre est toujours là. Tel Phénix, elle renaît de ses cendres, autre et pourtant semblable, plus dense et riche d'émotion, en écriture et évasion.

Dans l'Antre de Circé...
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" Pourquoi une Femme entière ne serait-elle qu'une moitié ? "