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02 Dec

L'odeur de la pauvreté.

Publié par Circé  - Catégories :  #pauvreté politique austéritaire gouvernement PS(?), #Front de Gauche

L'odeur de la pauvreté...

La connaissez-vous cette odeur douceâtre, fade et écœurante ? Intolérable jusqu'à la nausée et qui vous secoue les tripes, vous vrille le cœur et l'âme, lorsque vous la reconnaissez ?

Je la croyais disparue depuis longtemps, même si je savais la persistance de personnes sans domicile fixe, en rupture de société, plus souvent pour des raisons personnelles et familiales ..Des "accidentés de la vie", disait-on alors pudiquement ...

Jusqu'à peu, j'ai comme nombre sans doute, éludé et amoindri cette réalité qui est en train de croître, enfler, grossir jusqu'à nous submerger, tel un raz de marée poisseux vous marquant du sceau de l’infamie.

Lorsque j'étais enfant, les petites filles qui habitaient le bidonville situé en limite de la ville où je demeurais alors, étaient scolarisées dans le même établissement que moi. Petites filles parce que les établissements n'étaient pas encore mixtes. Mais c'étaient mes copines, de classe, de cour d'école.

C'est là que j'ai découvert l'odeur affreuse de la pauvreté. Là-aussi, devrais-je préciser. Car j'y avais déjà été confrontée lorsque j'avais vécu plus tôt chez mes grands-parents.

Un père parti pour la guerre d'Algérie, et à son retour envoyé à Paris, parce que, comme tout bon fonctionnaire ayant été reçu à un concours à cette époque, il devait faire ses premières armes salariées à Paris. C'était le même traitement pour les travailleurs chez EDF, La Poste, la SNCF, ou bien dans les milieux hospitaliers ou autres. Ils grossiraient ainsi et nous avec, les rangs des banlieusards.

C'était leur lot, avant que de pouvoir éventuellement regagner leur campagne, région, des années plus tard par le jeu des mutations ou non. Certaines régions étant réputées inaccessibles au retour.

La pauvreté, la petite fille que j'étais, ne savait pas ce que cela signifiait, simplement que c'était bien la même odeur, à la campagne comme à la ville. J'allais juste lui donner un nom, comprendre enfin. L'épouvantable stigmate d'une société des laissez pour comptes, de celles et ceux qu'il convient de cacher, culpabiliser...

C'est ainsi en classe de CE1 que j'ai ouvert les yeux, posé un constat et compris.

Certaines attitudes des adultes m'avaient pourtant interpellées auparavant. Pourquoi demandait-on avec insistance à certaines élèves de se laver plus fort les mains avant d'entrer en classe, et même aussi de se laver le visage. Pourquoi l'état de notre chevelure était fréquemment vérifié, mais avec beaucoup plus d'acuité pour certaines que d'autres. Toujours les mêmes. Pourquoi certaines ne changeait pas de tablier d'une semaine à l'autre...

Déjà se faisait jour une espèce d'ostracisme que l'on nous imposait. " Si tu ne veux pas avoir de "totos", il vaudrait mieux que tu ne côtoies pas trop unetelle ou unetelle...". De même, partager le même banc de pupitre, avec celles-là, devenait synonyme de mesure coercitive ou punition déguisée.

Ma famille n'était pas pauvre, ni riche non plus, mais avec une possibilité réelle de progresser dans l'échelle sociale. Mes parents étaient aidés par nos grands-parents qui nous apportaient très régulièrement des légumes ainsi que des poulets ou lapins qu'ils avaient engraissés et tués pour nous. Ma grand-mère tricotait aussi et nous habillait donc de chaud, nous, ses petits-enfants.

Mais la pauvreté, j'en connais les stigmates...Ô que je l'avais oubliée cette odeur inhumaine et infamante. Et puis, et puis...


Dans mon association, et en tant qu'administratrice, représentante des locataires chez un bailleur social, nous constatons chaque jour la descente catastrophique des moyens de subsistance - pas de vie, non, de subsistance - de nombre de nos concitoyen-ne-s.

La chute est, dans cet enfer de la pauvreté, vertigineuse. Car oui, la pauvreté, la précarité sont des enfers. Et dans notre société, c'est bien pour continuer à enrichir certains, peu, très peu, au détriment d'un nombre qui va croissant.

En 18 mois, c'est à une catastrophe sanitaire et sociale à laquelle nous avons à faire face, mais les chiffres INSEE, bidouillés et tordus à volonté en y adjoignant le coût de matériel (hi-fi, téléphone portable, réfrigérateur, machine à laver etc...) qui ne s'achète pourtant pas tous les jours, mois, années...arrive à dire le contraire.

Je ne me demande pas pourquoi.

La hausse de la TVA au 1er janvier, l'impôt le plus injuste qui soit, va précipiter encore une fois, plus de personnes dans la précarité, la pauvreté. Et pas que la TVA, la hausse des loyers, des factures d'énergie, le gel des minima sociaux, une fiscalisation qui va étrangler les femmes retraitées, mères de trois enfants, au prétexte que ce sont les hommes qui bénéficieraient le plus des 10% de retraite supplémentaire, avec à la clé la perte d'APL, devenir imposable, cotiser à la CSG, en ayant toujours la même retraite...

L'odeur de la pauvreté...Si vous ne la connaissiez pas, vous allez la reconnaître très bientôt et il vous faudra vous y habituer.

Cette odeur écœurante, étouffante et intolérable, de nouveau je la sens partout autour de nous.

Dans le bus, les magasins où je fais mes courses alimentaires, l'hôpital, mes lieux de militance...Des hommes, des femmes, des enfants...

Sortez,, regardez, écoutez, sentez...Et agissez vraiment, avant qu'elle ne se saisisse de vous et vous étrangle vous-aussi.

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jo 25/12/2013 17:39

je crois que je ne comprends pas cet art ile car je suis pauvre mais ne sens pas mauvais ! et quand j’habitais un logement glacial et insalubre qui sentait mauvais : odeur de cave et moisi, je ne me pensais pas avec cette odeur sur moi une fois dehors ?

C’est Nabum 02/12/2013 21:07

C’est terrible et si vrai Je la devine chaque jour à l’école, je constate ue dégradation considérable des niveaux de vie et je sais que d’autres, loin du soucis du partage sont dans l’oppulence la plus honteuse. Oui la pauvreté à cette odeur inquiétante mais c’est bien la richesse qui pue !

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