Quelques jours de silence, dans la colère la tristesse, l'amertume et surtout la déception.
La pire pouvant venir de personnes que vous pensiez proches, politiquement s'entend.
Le 17 janvier dernier une femme tombait
sous les coups de couteau de son ex-mari à Orléans.
La veille une autre décédait de la même façon à quelques kilomètres de là, dans le loir et cher.
La semaine précédente à Provins.
En début d'année toujours à quelques kilomètres de là, en limite de l'Eure et loir.
En décembre, encore dans le loiret.
Fin janvier, St Jean de La ruelle, une femme échappe de peu à la mort et se retrouve grièvement blessée à l'hôpital.
Celui qui se prétend son compagnon s'est écrié lors de la comparution immédiate ( le sang avait coulé !) " qu'après tout elle n'en était pas morte, que s'il avait voulu, il aurait pu l'achever
et puis que cela arrivait à 90 % des couples de se disputer..."
Les chiffres explosent dans notre région.
Ou du moins, je fais en sorte qu'ils soient visibles ces chiffres, que ces femmes ne soient pas des victimes anonymes ne faisant l'objet d'aucune visite spectaculaire d'un quelconque ministre du
battage médiatique ou de loi décrétée dans l'urgence politique.
Toujours faire croire que l'on s'en occupe...
Et puis, pensez donc, elles ont toutes pour la plupart, plus de 13 ans et moins de 80 ans, alors...
Pas très porteur tout çà, tout juste un peu gênant.
Alors quelques lignes discrètes dans les rubriques faits divers dans les journaux suffisent.
Du côté de nos gouvernants, le plus grand silence qui soit !
Le vendredi 22 janvier un rassemblement était organisé dans le quartier où cette femme,
cette mère de famille a perdu la vie.
Pour que plus jamais le silence ne recouvre du voile de l'anonymat ces meurtres.
Il paraît que je n'ai pas su me tenir, que j'aurais du contenir mon émotion.
Cela ne m'a pas empêché de rédiger la question orale sur les violences faites aux femmes qui a été posée en Conseil Municipal le 29 janvier dernier.
Curieux n'est-ce pas de rédiger à l'avance une question "orale" devant être posée en Conseil Municipal ?
Mais bon, le texte en a été le suivant :
Monsieur, le Maire,
Comme vous le savez sans doute l'année 2010 a été déclarée Grande Cause Nationale dans la lutte contre les violences
faites aux femmes.
Cette violence, outre les 157 femmes, décédées l'année dernière sous les coups de leurs conjoints, compagnons ou ex,
font chaque année près de deux millions de victimes :
Des femmes en sursis jusqu'aux prochaines violences et leurs enfants.
Notre Société se doit de tout mettre en œuvre pour éradiquer ce fléau indigne d'une Nation
civilisée.
Autour de ces crimes et assassinats, le silence, voyez-vous est de mise.
Silence qui cache pudiquement le désintérêt, voire l'indifférence des autorités, qu'elles soient municipales,
préfectorales, départementales, régionales, nationales, toutes confondues.
Si nous nous taisons, nous avalisons cette violence qui se perpétue donc en silence.
Monsieur le Maire, Lundi dernier, dans un quartier populaire de notre cité johannique, une femme a payé de sa vie ces
violences que l'on qualifie pudiquement de violences conjugales, domestiques ou de drame familial.
Les confinant à l'ordre de l'intime et de la cellule familiale, alors que c'est un problème de
société.
De domination d'un genre sur un autre.
Laissez-moi préciser ici, et c'est important que ces violences se produisent indifféremment dans toutes les couches
et catégories socio-professionnelles de notre pays.
Qu'elles existent dans tous les quartiers de toutes les villes, des plus populaires aux plus chics et
huppés.
Ceci pour ne pas laisser sous-entendre trop facilement, que seuls les quartiers populaires sont touchés par cette
violence.
Que ce n'est pas non plus la prévalence d'une culture sur une autre qui aboutit à ces actes
terribles.
Mais bien comme je vous l'ai indiqué précédemment la domination d'un être sur un autre et ici, en l'occurrence celle
d'un homme sur une femme.
Qu'il a considéré jusqu'à la mort comme un objet, une chose, son objet, sa chose devrais-je dire sur lequel il s'est
arrogé Droit de vie et de mort justement.
Dois-je vous rappeler, Monsieur le Maire, que la veille, un cas similaire s'est produit du côté de Blois, en début
d'année en Eure et loir, en décembre encore dans notre département, la semaine dernière à Provins...
Bref, le compteur où s'inscrit les meurtres de femmes commis par leurs compagnons ou ex, tourne, à vive
allure.
Au niveau local, alors que nous vous avons déjà interpellé à de nombreuses reprises sur ces violences et ce qui était
mis en place pour tenter au mieux d'y remédier, au pire d'en atténuer les effets, vous nous avez indiqués deux choses :
-
1) l'ouverture d'un lieu d'accueil et d'écoute pour les femmes victimes, le LAE.
-
2) l'augmentation de places d'hébergement d'urgence au sein de l'association l'Etape.
Or Monsieur le Maire, ces deux mesures, devant l'ampleur de la situation dramatique qui est faite aux Femmes ne sont
que des pis-aller.
En effet, ce lieu d'accueil et d'écoute tout en faisant un boulot formidable, n'est ouvert que du lundi au vendredi
aux horaires administratifs.
Devons-nous donc indiquer aux femmes qu'elles doivent se débrouiller pour se faire « dérouiller » aux jours
et heures dites, sachant que toutes les statistiques le montrent, c'est en soirée et le week-end que le pique des violences commises à leur égard a lieu ?
Les différents cas cités plus haut l'attestent.
Quant au quota de places d'hébergement d'urgence, passé de 5 à 10, celui-ci montre combien cette situation est
dramatiquement sous-évaluée.
Sur notre département, ce sont plus ou moins 1000 femmes qui ont besoin rapidement d'un hébergement
d'urgence.
Ce chiffre ramené à Orléans et son agglomération se réduit d'un peu plus de la moitié.
Ramené encore une fois à la seule ville d'Orléans, c'est donc plus de 200 places qui seraient nécessaires pour
prendre en charge, non seulement ces femmes mais aussi leurs enfants.
Nous sommes donc bien loin avec ces 10 places de la réalité de terrain.
Notre groupe peut d'ores et déjà vous proposer des mesures concrètes :
- Bien évidemment l'ouverture 24h/24 et 7jours sur 7 de ce lieu d'accueil et d'écoute,
- Des places
d'hébergement en plus grand nombre.
- Il y a quelques temps, un
projet qui n'a pas été retenu, le coût financier ayant été jugé trop élevé proposait une structure complète avec professionnels de santé, éducateurs, assistante sociale, personnel d'encadrement
etc...etc...
Quand aujourd'hui, j'en vois le coût financier, Monsieur le Maire, je ne peux que m'interroger sur le refus au
prétexte justement de coût trop élevé ?
Celui-ci étant moitié moindre que le budget alloué à l'Entente Orléanaise, pour l'année 2010, sans vous parler de
tous les projets de prestige en cours sur notre ville.
-
Ensuite, une politique de prévention à différents niveaux :
Affichage, dans toute la ville, ( en lieu et place par exemple, de cette affiche vantant une pilule amaigrissante dont le principe actif, même sous-dosé a été mis en cause la semaine dernière par
l'AFSSA suite au décès d'une femme) , puis aussi dans les services publics, les gares, les écoles, collèges, lycées, avec affichage d'un numéro d'appel simple à retenir, accessible lui aussi
24h/24, 7Jours sur 7 …
- une intervention systématique de la Police, dès la première violence, le premier appel au secours,
avec comparution immédiate de l'agresseur devant le juge et éloignement systématique de celui-ci du domicile conjugal.
Et ceci, tant pour les couples mariés que pour les autres. Ce qu'il est possible de mettre en œuvre pour prévenir la délinquance, doit pouvoir l'être pour protéger la vie de nos concitoyennes, qui
rappelons-le forment au niveau national comme au niveau municipal, un peu plus la moitié de notre population.
Ajoutant que 4 femmes sur 10, ont été, sont, ou seront victimes de violences, je vous laisse juge de l'ampleur du problème.
Il y a bien évidemment d'autres actions à mener et à mettre en place, et nous sommes bien conscients que la Municipalité d'Orléans seule, ne peut se battre contre ce fléau.
Il sera nécessaire de passer des conventions avec les collectivités territoriales, la préfecture, la
région.
La vie de nombreuses personnes est ici en jeu.
Notre groupe, ne doute pas un instant que toutes ces mesures et propositions soient du domaine du
possible.
Il en va de notre responsabilité collective, pour en finir avec ces meurtres « anonymes », où la victime
est réduite à un chiffre statistique morbide.
Pour finir, je voudrais que l'on pense ce soir à ces enfants aujourd'hui orphelins.
Et que nous fassions une minute de silence en hommage à leur mère, ainsi qu'à toutes les victimes de ces violences
inacceptables.
* les chiffres donnés ici, sont issus de l'association des Elu(e)s contre les Violences faites aux Femmes, ainsi que
d'autres associations dont Mix-cité, Femmes solidaires, MFPF, Commission Droits des Femmes/Féminisme du PCF...
Je vous
invite maintenant à écouter la réponse faite par Mme Alexandrine Leclerc via la vidéo du conseil
municipal à la 329ème minute.
En voulant évoquer les dispositifs mis en place ainsi que les moyens financiers accordés
aux associations, et répondre aux chiffres par des chiffres, elle a ainsi révélé à quel niveau de prise en compte se situe
cette Grande Cause Nationale qu'est devenue pour l'Année 2010, la lutte contre les violneces faites aux Femmes .
Je vous invite à tendre l'oreille, à écouter attentivement le montant accordé au LAE pour l'année écoulée ...
Soit 18 000 euros !
Pour ma part, je suis effondrée.
18 000 euros, le prix d'une seule caméra installée dans notre ville !
Peu de temps auparavant dans la soirée, Mr Montillot nous faisait l'apologie des chiffres de la délinquance en baisse depuis des années ( 2001 ! sic !) depuis qu'il est chargé de la
sécurité dans notre vile.
Pléthore d'agents de Police à disposition, inflation constante d'agents de la Police Municipale, caméras en veux-tu, en voilà, arrêtés anti-mendicité, anti-prostitution, couvre-feu pour les moins
de 13 ans...
Pour les femmes victimes de violence...18 000 euros pour le LAE.
A peine 9 000 euros pour le CIDFF...
Moins que pour l'installation de deux caméras...
Les violences faites aux femmes ne font décidément pas recette.
La réponse faite par Mr Serge Grouard semble déjà plus intéressante, encore que ...
Dans très peu de temps une loi-cadre devrait être présentée à l'Assemblée Nationale.
J'espère qu'il sera présent ce jour-là à l'Assemblée et qu'il votera toutes les mesures sans exception en ne cautionnant aucun amendement qui amoindrirait leur portée.
Voilà plus de deux années maintenant que des collectifs, associations, professionnels de la justice, de la santé, parlementaires y ont travaillé.
Et je suis très fière de dire que cette loi est portée par Mmes Marie-George Buffet et Martine Billard...
C'est au moins cela.
Pour l'heure, je vais retourner me coucher.
Moins fière de vivre ici.
Heureusement qu'il y a les Zatstrrouffettes et Zatstrrouffards, tiens ...
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